Entretien avec Radim Gonda, vice-président de la Jeunesse Communiste Tchèque (KSM), au sujet de la lutte en République Tchèque contre l’établissement d’une base militaire américaine et à propos de la répression étatique contre l’opposition communiste en République Tchèque pour Junge Welt, le 6 mai 2007, No.104. Titre original « Black is white and oppression is freedom». Traduction par nos soins, PCF Paris 15
Le débat à propos de l’installation de bases de missiles américaines est un des sujets qui occupe le devant de la scène politique tchèque. Comment la population tchèque accueille-t-elle ce projet
d’installation d’une base Américaine ? Existe-il réellement une forte opposition à ces plans militaristes de Topolanek [chef du gouvernement tchèque] et des Etats-Unis ?
D’après plusieurs sondages d’opinion, entre 68 et 82% des Tchèques sont opposés au plan de construire une base militaire américaine en République Tchèque et une large majorité de la population demande un référendum sur cette question. De plus, les habitants des villages proches du lieu où la base américaine devrait être installée ne veulent pas de cette base. Les habitants du village de Trokavec ont déjà organisé un référendum local dans lequel une très large majorité [presque 100% d’après Radio Prague] d’entre eux ont exprimé un Non très clair à la base militaire américaine. Seulement une personne à Trokavec a voté pour la base américaine. Les élus locaux luttent également activement contre la base militaire américaine.
D’après plusieurs sondages d’opinion, entre 68 et 82% des Tchèques sont opposés au plan de construire une base militaire américaine en République Tchèque et une large majorité de la population demande un référendum sur cette question. De plus, les habitants des villages proches du lieu où la base américaine devrait être installée ne veulent pas de cette base. Les habitants du village de Trokavec ont déjà organisé un référendum local dans lequel une très large majorité [presque 100% d’après Radio Prague] d’entre eux ont exprimé un Non très clair à la base militaire américaine. Seulement une personne à Trokavec a voté pour la base américaine. Les élus locaux luttent également activement contre la base militaire américaine.
Il y a eu de nombreuses manifestations contre la base de missiles en République Tchèque. Pouvez-vous me donner une vue d’ensemble de ces manifestations. Ont-elles été nombreuses et régulières, combien de personnes y participent ?
Oui, vous avez raison, il y a eu dans tout le pays un grand nombre de manifestations auxquelles plusieurs milliers de personnes ont participé. Ces manifestations ont été organisées par diverses forces politiques comme la Jeunesse Communiste Tchèque (KSM), le Parti Communiste de Bohème et Moravie (KSCM) et un large mouvement issu de l’initiative appelée « Non aux bases militaires » dans laquelle la KSM a joué un rôle actif et à laquelle le KSCM a apporté son soutien.
C’est important de souligner que les autorités face à la mobilisation populaire contre la base militaire américaine n’ont pas hésité à employer des mesures ouvertement anti-démocratiques. Ils sont allés jusqu’à interdire deux manifestations organisés par le mouvement « Non aux bases militaires ». Malgré cette interdiction, le mouvement, avec une participation active de la KSM , a quand même organisé ces manifestations. Je veux vous montrer la tendance à limiter les droits démocratiques fondamentaux dans notre pays qui a commencé avec la chasse aux sorcières anti-communiste et qui vise petit à petit, également, d’autres forces politiques, ce que la KSM avait prévu et contre lequel elle avait, depuis longtemps, mis en garde les autres forces politiques.
Quels partis et quelles forces politiques organisent la résistance contre la base de missiles ? Quel rôle joue la KSCM dans l’organisation des manifestations et des autres formes de
résistance ?
Parmi les partis politiques, seul le Parti Communiste de Bohême et Moravie mène une campagne active contre la base militaire américaine en République Tchèque. Le KSCM coopère étroitement avec la KSM dans cette campagne réussie, dans laquelle, ensemble, nous organisons des manifestations, des débats qui nous permettent de rencontrer et de discuter avec les citoyens et aussi une campagne de signature d’une pétition. Mais, je crois qu’il est utile de mentionner les attitudes de deux autres partis présents au Parlement – les Verts et les sociaux-démocrates.
Les Verts qui participent au gouvernement de Topolanek [qui est un gouvernement de droite] et qui, à l’origine, était favorable à un référendum dans ses promesses pré-électorales et qui se définit lui-même comme un parti politique anti-militariste a trahi ses promesses, qui avaient pourtant attirées à lui un nombre significatif de jeunes, et à préférer s’aligner sur la position gouvernementale, le soutien sans scrupules à l’installation de la base américaine avec comme ridicule condition préalable que la base fasse partie du système de bases de l’OTAN. La position des Verts en République Tchèque sur la question des bases militaires aussi bien que sur son comportement anti-communiste en fait la cible principale des critiques des partis Verts étrangers.
Par ailleurs, les positions que tiennent le Parti Social-Démocrate Tchèque à propos de la base militaire américaine mérite d’être commentées de manière plus détaillée. Les négociations à propos du projet d’établissement d’une base militaire américaine en République Tchèque ont commencé pendant le temps où les sociaux-démocrates étaient au pouvoir. De plus, le président du parti social-démocrate Jiri Paroubek, après quelques premières déclarations très vagues, a déclaré qu’il soutenait l’installation de la base américaine dans le pays. Néanmoins, quand le parti social-démocrate a été évincé du pouvoir, le parti a officiellement déclaré son opposition au projet de base américaine et a soutenu verbalement l’idée de référendum sur cette question. Dans le même moment, de nombreuses voix à l’intérieur du parti social-démocrate se sont exprimées en faveur de la mise en place de la base militaire américaine. En général, on peut dire que la position du parti social-démocrate est déterminée par sa participation ou non au gouvernement, et qu’il poursuit une logique de maximisation de son potentiel électoral tirant profit d’une situation où une large majorité de la société s’oppose au projet de base militaire américaine pour s’afficher dans une posture d’opposition et gagner ainsi des voix. Comme je l’ai déjà souligné, le seul opposant de poids à la base militaire américaine, parmi les partis politiques, est le Parti Communiste de Bohême et Moravie.
Le Parti Communiste a-t-il lancé des initiatives parlementaires pour combattre l’installation de bases radar américaines ? N’aviez-vous pas proposé un projet de loi qui permettrait d’exiger un référendum sur cette question ?
Le Parti Communiste de Bohême et Moravie a présenté un projet de loi pour un référendum à propos de la base américaine qui a été cependant rejeté par le Parlement. Mais, en ce moment, les députés du KSCM préparent un nouveau projet de loi sur le référendum qui doit être proposé à nouveau. La question du référendum et de la mise en pratique de la démocratie directe est révélatrice, elle distingue ceux qui luttent réellement pour un pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, et ceux qui usent et abusent du mot démocratie mais qui, dans le même moment, luttent contre toute tentative de donner le pouvoir réel de décision au peuple. J’ai déjà mentionné l’attitude opportuniste des Verts et des sociaux-démocrates à propos du référendum et sur la question de la démocratie directe. Et l’attitude des partis de droite à propos du référendum ? Le Parti Démocratique Civique (ODS), de droite, présidé par Topolanek refuse généralement la mise en place démocratique du référendum, affirmant que les citoyens ne sont pas compétents pour décider sur les questions de sécurité nationale comme cette question cruciale des bases de missiles américaines et lutte ardemment pour les intérêts américains pour montrer leur loyauté à leur allié. Un autre parti de gouvernement, de centre-droit, le Parti Démocrate-Chrétien – Parti du Peuple Tchécoslovaque soutient généralement la ligne suivie par l’ODS.
L’attitude vis-à-vis de la demande d’un référendum national révèle l’état d’esprit face à la question de la démocratie des principaux partis politiques en République Tchèque, où le Parti Communiste dans les débats politiques télévisés est mis en accusation par les autres partis politiques pour son supposé non-respect des valeurs démocratiques – un argument qui est utilisé et instrumentalisé comme un moyen de décrédibiliser leur principal adversaire politique. Vous pouvez voir que les forces politiques anti-communistes menacent le peuple avec les communistes, prétendument anti-démocrates, qui luttent pourtant depuis de longues années pour la mise en place du référendum. Vous pouvez voir que l’Etat interdit la KSM – une organisation de jeunesse interdite officiellement parce que ces jeunes gens veulent mettre les moyens de productions dans les mains et sous contrôle des travailleurs et arracher ses moyens de production des mains des groupes capitalistes exploiteurs qui décident de la vie de millions de personnes sans être soumis à aucun contrôle démocratique. L’Etat déclare que la défense du capitalisme par l’Etat capitaliste, y compris en violant les droits démocratiques, est une défense de la démocratie. Il faut toujours masquer l’oppression sous le voile de la liberté.
L’organisation de jeunesse du KSCM, la KSM , a été interdite par l’Etat Tchèque récemment. Néanmoins, la KSM a été active dans la résistance contre la base militaire malgré cette répression.
Comment la KSM arrive-t-elle à lutter contre la base américaine ?
L’Union de la Jeunesse Communiste était en fait la première organisation dans notre pays qui a commencé une campagne contre le projet d’établir une base militaire américaine en République Tchèque ! La KSM fait campagne contre la base militaire américaine sur deux points : 1/ La KSM organise sa propre campagne communiste ensemble avec le Parti Communiste de Bohême et Moravie et quelques autres associations civiques 2/ La KSM participe activement à l’initiative « Non aux bases militaires », qui est une coalition plus diverse politiquement. La KSM demande, dans sa campagne, la publication de tous les documents des négociations secrètes au sujet du projet d’installer une base militaire américaine dans notre pays, elle s’oppose à ce projet et demande un référendum sur cette question cruciale qui concerne tous le pays et ses habitants. La campagne anti-base américaine menée par la KSM a été un succès. La KSM a organisé un grand nombre de manifestations, de débats avec les citoyens, et a aussi fait signer une pétition, pour laquelle elle a collecté plus de 120 000 signatures. C’est un grand succès, si on prend en compte que c’est une pétition organisée par la KSM – une organisation de jeunesse qui a été officiellement dissoute par l’Etat. Le travail de la KSM parmi les gens de la rue est important aussi parce qu’il leur montre que c’est cette organisation de jeunesse, interdite, qui lutte en première ligne pour leurs revendications concrètes.
Y-a-t-il eu des actes concrets de répression d’Etat commis contre la KSM , ou l’interdiction a-t-elle été un acte formel, destiné à semer le doute, la confusion et la peur dans vos rangs ?
Des membres de la KSM ont-ils été harcelés ou les a-t-on empêché de militer ? La KSM est-elle capable d’organiser toutes les manifestations publiques que vous avez mentionnées sous son vrai
nom ?
L’interdiction de la KSM n’est pas qu’un acte formel. Cela fait partie des projets visant à détruire le mouvement communiste dans notre pays. Si la Cour Suprême soutient la décision du Ministre de l’Intérieur, et que la KSM continue son travail, les membres de la KSM pourraient être poursuivis personnellement car ils violent la décision de la Cour Suprême. Donc, il y a un vrai danger d’emprisonnement des jeunes communistes en République Tchèque. Dans les dernières années, il y avait déjà eu des tentatives comme le procès contre David Pecha, il y a quelques années [En 2003, il avait été mis en accusation pour propagande communiste - http://www.radio.cz/fr/article/46094]. La politique anti-communiste de l’Etat devient de plus en plus répressive. Les pressions contre les communistes s’intensifient. Je dois aussi mentionner qu’il n’y a pas si longtemps, par exemple, le virulent sénateur anti-communiste Martin Mejstrik a demandé l’incarcération du président de la KSM à la télévision. Il y a eu des cas où des membres de la KSM ont été mis en garde à vue pour des raisons absurdes. Nos activités publiques sont organisées sous notre propre nom et elles sont sous la surveillance étroite de la police.
Les structures répressives de l’Etat ont recours aussi à des provocations et à l’usage de déclarations mensongères visant à discréditer la KSM et à bénéficier d’un soutien de l’opinion publique pour pouvoir dissoudre notre organisation de jeunesse. De tels mensonges, visant à la désinformation, sont par exemple ceux diffusés par le porte-parole officiel du Ministre de l’Intérieur qui a communiqué aux médias le fait qu’un membre de la KSM avait été arrêté par la police à cause de violences supposées contre la police pendant une manifestation anti-fasciste. Cette déclaration mensongère a été dénoncée par la KSM et aussi par la personne arrêtée, elle-même, qui a fait une déclaration publique dans laquelle il a expliqué qu’il n’était pas un membre de la KSM , et qu’il ne l’avait jamais été. C’est de sales pratiques auxquelles nous devons faire face. Nous rencontrons aussi un effort croissant de la part des services secrets pour infiltrer notre organisation de jeunesse et nous avons pris des mesures contre cela.
La KSM fonctionne maintenant dans une situation de semi-clandestinité. Donc, nous avons pris des mesures nécessaires pour ajuster notre fonctionnement interne à cette situation. A l’avenir, la KSM n’écarte aucune éventualité.
La KSM doit-elle affronter la répression de l’Etat tchèque, à l’heure actuelle ? Y-a-t-il une menace réelle d’interdiction du KSCM ?
Il y a eu une menace permanente d’interdiction du KSCM.
Je pourrais mentionner juste quelques exemples concrets, récents d’actes anti-communistes visant à mettre hors-la-loi le KSCM ou à créer les conditions favorables pour parvenir à cette fin.
Par exemple, en février 2007, il a été organisé un festival anti-communiste qui a reçu un soutien institutionnel de l’Etat exprimé, par exemple, par le fait que le président du Sénat de République Tchèque en était l’instigateur et qu’une partie du festival se déroulait dans le Sénat.
Le festival s’est terminé par un « acte de purification spirituelle du mal et de la violence contenue dans ce lieu », au balcon du Palais Kinsky où Klement Gottwald, chef du Parti Communiste de Tchécoslovaquie et premier ministre a annoncé, le 25 février 1948, qu’il acceptait la démission des ministres anti-socialistes remise par Edvard Benes, ce qui a marqué le début d’une période de construction du socialisme en Tchécoslovaquie. Cette « purification » a été réalisée par Mgr. Jan Maly, évêque de Prague, Pavel Bem, maire de Prague et le vice-président du parti au pouvoir, le parti de Topolanek, l’ODS, ainsi que Nadezda Kavalirova, la présidente de la Confédération des prisonniers politiques qui a appelé publiquement à l’interdiction du Parti Communiste de Bohême et de Moravie. Un autre exemple : Ivan Langer, Ministre de l’Intérieur, représentant le plus puissant des partis de droite, le Parti Démocratique Civique (ODS) a récemment annoncé une initiative visant à mettre en place une Institut de la Mémoire Nationale qui était appelée, dans le débat public, Ministre de la Vérité , une référence explicite à George Orwell [Le projet : http://www.radio.cz/en/article/68496/limit]. Le projet de loi a déjà passé une première lecture à la Chambre des Députés de République Tchèque. Pour vous éclairer sur les idées politiques de ces têtes d’affiches de la lutte anti-communiste au sein de l’Etat, on peut évoquer par exemple Pavel Zacek, directeur des Archives des forces de sécurité du Ministre de l’Intérieur et le probable directeur de cette Institution pour la Mémoire Nationale , qui est pour l’instant un conseiller, Milan Paumer – un membre du gang armé meurtrier, les frères Mosin, qui ont mené des opérations de sabotage, qui ont volé de l’argent dans des agressions à main armée et qui ont commis de nombreux meurtres, tant en Tchécoslovaquie qu’en RDA, et qui se sont finalement réfugié aux Etats-Unis dans les années 50 [cf http://www.radio.cz/fr/article/65448].
Cette Institut de la Mémoire Nationale doit servir à fabriquer une interprétation strictement idéologique, de droite, de l’histoire de l’après Seconde Guerre Mondiale en Tchécoslovaquie. Dans le même moment, cette Institution doit être capable d’influencer non seulement les sphères politiques et culturelles, mais aussi l’étude de l’histoire et les autres domaines des sciences sociales sans oublier leur influence sur les tribunaux et sur les corps d’Etat à travers les rapports d’experts, les avis ou recommandations de ces, soi-disant, experts, qui sont censés avoir une validité scientifique.
Je pourrais aussi évoquer le fait que la police de la République Tchèque a lancé une enquête sur Vojtech Filip, président du KSCM à cause de son discours lors de la 13ème session du Comité central du KSCM, à la fin du mois de février de cette année, où il a soulevé la question de savoir si le KSCM était capable de réaliser un changement révolutionnaire de société, tout en faisant référence à Lénine. Il a été accusé de violer la loi en évoquant à la fois la révolution et Lénine.
Nous ne devons pas oublier, aussi, qu’une Commission du Sénat a été mise en place pour examiner la constitutionnalité du KSCM.
Mais l’acte le plus flagrant visant à rendre le KSCM illégal a quand même été l’interdiction de la KSM en Octobre 2006.
Comme vous l’avez vous-même expliqué, le KSCM est la principale force politique qui organise la résistance sociale en République Tchèque. Pensez-vous qu’il y ait un lien entre ce fait, et la répression étatique contre les communistes en République Tchèque ?
Oui, bien sûr. Le KSCM et la KSM sont dangereux pour le système capitaliste parce qu’ils ont comme but programmatique la construction d’une société socialiste, c’est-à-dire une société basée sur la propriété collective des moyens de production, parce qu’ils disent que le coeur des problèmes de notre société, c’est le système capitaliste, parce qu’ils s’opposent, à chaque fois, aux agressions impérialistes, et que la base militaire américaine participe à ce système impérialiste. Ce sont les raisons qui expliquent les tentatives d’interdiction du KSCM et l’interdiction déjà réalisée de la KSM.
Tomasz Konicz
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)