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International - Article paru le 14 août 2007

Monde

L’Inde affiche sa soixantaine conquérante

La commémoration de l’anniversaire de l’indépendance (15 août 1947) donne lieu à un exercice de célébration du dynamisme du sous-continent.

L’Inde sera-t-elle la superpuissance de demain ? La commémoration du soixantième anniversaire de l’indépendance du pays de Ghandi, accordée le 15 août 1947, donne lieu à des exercices d’autocélébration sur tout le territoire. « Le monde est à nos pieds », écrit le quotidien Times of India. « L’Inde est sans nul doute la prochaine superpuissance mondiale », affirme l’Hindustan Times. « L’avenir, c’est l’Inde », lance le ministre du Commerce, Kamal Nath. Les médias ne se lassent pas de répéter les prédictions des banques étrangères qui propulsent leur pays au troisième rang mondial en 2025, devant le Japon. New Dehli pense même ravir la première place en 2050 aux États-Unis, dans un coude-à-coude avec la Chine.

À soixante ans, forte de son milliard d’habitants et de ses performances économiques, l’Inde est gonflée d’optimisme et nourrit les espoirs les plus fous. Pour l’instant, ce géant démographique pointe à la onzième place, avec un produit intérieur brut qui dépasse 1 000 milliards de dollars. Avec une croissance de 9,4 %, il connaît le deuxième plus fort taux au monde, derrière la Chine. Sur 1,1 milliard d’Indiens, plus de 100 000 sont millionnaires en dollars et 70 millions ont des salaires équivalents à ceux pratiqués en Occident. La Bourse est euphorique. Les investissements étrangers affluent. Depuis quelques années, des conglomérats familiaux comme Mittal Steel s’emparent d’entreprises occidentales. Les grands patrons comme Lakshmi Mittal, à la tête du numéro 1 mondial de l’acier et cinquième fortune de la planète selon le magazine Forbes, sont célébrés comme les nouveaux maharadjahs de l’Inde moderne. Leur réussite rejaillit sur tout le pays et place l’Inde sous les projecteurs.

Ce décollage économique coïncide avec le retour sur la scène diplomatique de cette puissance nucléaire. New Dehli est devenue une étape incontournable pour les chefs d’État américain, russe, chinois ou européens. Aux côtés du Brésil, elle est en première ligne dans le bras de fer entre pays riches et émergents à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Après les tensions de la guerre froide, l’Inde et les États-Unis ont parachevé leur rapprochement en signant un accord sur le nucléaire civil.

L’Inde va devenir « une grande, mais pas une superpuissance », tempère toutefois Maria Misra, professeure à Oxford. « L’Inde devrait satisfaire l’ambition de ses élites en gagnant sa place parmi les grandes puissances, mais restera un hybride unique de l’histoire, le produit d’une conjonction curieuse entre culture ancienne, colonialisme et modernité », explique-t-elle. Le sous-continent demeure encore un champion de la misère et des inégalités. Le premier ministre, Manmohan Singh, du Parti du Congrès, élu en 2004 pour réduire la pauvreté, ne se prive pas de le rappeler. Quitte à doucher régulièrement l’enthousiasme en rappelant les fléaux du sous-développement.

Sur 457 millions de travailleurs, près de neuf sur dix gagnent moins d’un demi-dollar par jour. 46 % des enfants de moins de trois ans souffrent de malnutrition. Le taux d’alphabétisation plafonne à 60 % et 78 % des Indiens n’ont pas de toilettes. L’Inde compte également le plus grand nombre de séropositifs au monde. Sur l’indice de développement, le pays se traîne à la 126e place mondiale. L’Inde semble sur le bon chemin, mais celui-ci est encore long.

Damien Roustel

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Tag(s) : #Monde
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