Editorial par Pierre Laurent
Tout va bien…
Pour Nicolas Sarkozy, tout va bien. Ses vacances
aux États-Unis auront bien été ponctuées de la visite privée chez les Bush à laquelle il aspirait plus que tout. Le voilà adoubé, coopté dans le cercle fermé
des chefs d’État étrangers, officiellement déclaré « ami » du président américain. Avant d’aller croquer hot-dogs
et hamburgers sur le pouce dans la résidence des Bush
à Kennenbunkport, le chef d’État français a relu La Fayette et déployé en son nom l’étendard
de l’inébranlable amitié franco-américaine, histoire d’effacer une bonne fois pour toutes les malentendus de
la guerre en Irak. Il est vrai que le candidat Sarkozy avait déjà bien entamé le travail, quand en septembre 2006,
déjà en visite aux États-Unis, il avait tout fait pour se faire photographier serrant la main du même George Bush, dénonçant l’« arrogance » de la diplomatie française.
Tout va bien, donc, et qu’importe si l’Irak et l’Afghanistan demeurent plongés dans un chaos dont
on ne voit pour le moment pas l’issue, et si la poursuite
de l’engagement militaire des États-Unis est désormais largement désavouée
par le peuple américain
lui-même. Ce n’était manifestement pas l’heure d’en parler.
Le pique-nique présidentiel était paraît-il très décontracté. Une seule ombre au tableau pour Nicolas Sarkozy
et les journaux people :
son épouse Cécilia a raté
le rendez-vous, clouée
au lit par une angine blanche. Décidément, c’est pas de chance ! Consolation : le président américain n’a pas exclu de passer un jour
des vacances en France, si son nouveau copain lui trouvait « un endroit pour faire du VTT ». George Bush en vacances en France, la consécration ! Mais l’« ami » Sarkozy devra encore plaider les charmes de notre beau pays. Le chef de la Maison-Blanche a avoué
qu’il préférait de loin son ranch texan.
Tout va bien, donc, même si les Bourses mondiales sont au bord de la crise de nerfs, si le krach immobilier américain est en train de révéler des failles beaucoup
plus profondes dans la santé économique et financière mondiale que celles que veulent bien nous avouer depuis une semaine les grands argentiers du monde. L’affaire
a déjà englouti plus de cent cinquante milliards d’euros tirés des réserves de la Banque centrale européenne,
mais cela ne valait sûrement pas la peine de gâcher
un aussi beau pique-nique.
Non vraiment, décidément, tout va bien… Regardez
le sondage IFOP réalisé pour le Journal du dimanche paru hier. Les premières mesures du programme présidentiel mises en oeuvre recueilleraient l’adhésion
des Français. Les mesures fiscales, notamment, dont
le caractère profondément inégalitaire a manifestement été habilement brouillé. En revanche, cela bute déjà
sur le non-remplacement des départs en retraite
des fonctionnaires, très majoritairement réprouvé
par les sondés. Un signe qui n’a pas échappé à l’ancien premier ministre ; Jean-Pierre Raffarin, qui commente dans les mêmes colonnes : « Pour l’instant, Nicolas Sarkozy va plus vite que la contestation. Cela fait partie de sa méthode. » Et ajoute, fort de son expérience :
« Les premières réformes ne sont pas les plus difficiles. Avec l’état de grâce, la dynamique est encore intacte. »
Et le prédécesseur de François Fillon de mettre
une nouvelle fois en garde sur le projet de TVA sociale.
Nicolas Sarkozy, lui, ne veut pas douter. C’est, paraît-il, sa méthode. Quand les salariés vont commencer à faire leurs comptes, ils pourront s’apercevoir que l’addition
va se payer très cher. Les plus faibles, eux, n’ont pas
eu besoin d’attendre. La chasse aux travailleurs immigrés sans papiers a repris de plus belle. Le jeune Ivan a failli le payer de sa vie à Amiens en tombant du quatrième étage. Mais qu’importe, à Kennenbunkport, tout va bien…
Par Pierre Laurent
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