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« La lutte unitaire a payé contre la politique de Nicolas Sarkozy »
Quelle leçon retenez-vous du conflit de Cachan ? WWWWWWWWW Jean-Claude Amara. Cachan reste un symbole de la politique de Nicolas Sarkozy : faire de l’agitation pour interpeller son électorat sur le dos des immigrés ou des sans-papiers… Puis reculer, dès lors qu’il y a une mobilisation exemplaire, comme ce fut le cas à Cachan. Cla leçon principale de ce conflit. La lutte unitaire et déterminée a mis au jour l’hypocrisie du gouvernement, et cela a payé. À nous de faire en sorte, désormais, que les combats que nous aurons à mener s’inscrivent dans le sillage de celui de Cachan. Je pense notamment au mouvement des sans-papiers qui manque cruellement d’unité. Les collectifs fourmillent, sans coordination ni convergence. En même temps, depuis un an, on sent poindre une sorte de résistance citoyenne face à la stigmatisation des immigrés, qui dévoile le vrai visage du gouvernement.
Ne redoutez-vous pas, tout de même, que le discours de Nicolas Sarkozy finisse par imprégner les esprits ?
Jean-Claude Amara. Il ne faut pas sous-estimer Nicolas Sarkozy. C’est une personne intelligente avec beaucoup de réseaux et une force de persuasion très importante. Il a actuellement une image plutôt positive auprès des Français, avec une politique qui tend à désacraliser les richesses et le profit. Sur le fond, il parvient à mettre en opposition entre elles les catégories les plus démunies : le smicard contre le chômeur, le chômeur contre le érémiste, le érémiste contre le travailleur sans papiers… Retisser des solidarités autour des plus pauvres est donc fondamental pour les luttes à venir.
La lutte de Cachan a-t-elle modifié la politique du gouvernement concernant l’accueil des migrants ?
Jean-Claude Amara. Sûrement pas ! Notre association fait partie de celles qui refusent de reconnaître le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Traiter l’immigration à part dans la société française est un réel danger pour la démocratie. Nicolas Sarkozy a, par ailleurs, fait passer une loi sur l’immigration choisie. Il entend compenser ainsi le manque cruel de main-d’oeuvre alors que, d’un autre côté, des centaines de sans-papiers sont exploités en France pour le plus grand bonheur du patronat ! Ces sans-papiers font déjà partie intégrante de l’État de droit français et de son économie, dans des secteurs d’activité précis qu’ils connaissent, comme l’a montré l’affaire Buffalo Grill. Il faut donc commencer par régulariser ces sans-papiers qui travaillent en France depuis des années. À nos yeux, ce dossier ne doit plus être la chasse gardée du ministère de l’Intérieur qui le traite sur le mode gestionnaire, pénal et répressif, mais relever du ministère du Travail. C’est là que nous nous rendrons, d’ailleurs, le 29 août prochain, afin d’exiger une régularisation qui, seule, peut sortir les sans-papiers de cet esclavagisme du troisième millénaire.
En attendant, la traque des sans— papiers s’est encore accélérée depuis l’année dernière…
Jean-Claude Amara. On a assisté effectivement à des dizaines et des dizaines de rafles. C’est une vraie chasse aux sans-papiers. À Droits Devant !!, par exemple, nous avons recensé quinze arrestations en un mois. J’étais au tribunal administratif vendredi dernier. On assiste clairement à une justice d’exception, d’abattage, qui peut conduire au pire, comme on a pu le voir jeudi, à Amiens, avec l’accident dramatique du jeune Tchétchène. La peur s’instaure chez les sans-papiers et nous constatons, dans les centres de rétention, de plus en plus de tentatives de suicide. L’antidote reste, encore une fois, la mobilisation, large et unitaire, à l’image de celle de Cachan. À nous, mouvements associatifs, de réveiller la citoyenneté silencieuse par des manifestations, des campagnes de parrainage. Ce travail-là, nous allons le continuer et même l’accentuer.
Entretien réalisé par L. M. et Adrien Viguier
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