L’Humanité des débats
La réforme des universités creuse-t-elle les inégalités ?
Conforme aux souhaits de François Fillon, la loi votée jeudi à l’Assemblée impose à chaque fac d’accéder, d’ici cinq ans, à l’autonomie budgétaire et de gestion des personnels. Les universités devront développer leurs fonds de ressources propres, en faisant appel au privé et aux collectivités locales. Elles pourront devenir propriétaires de leurs murs,et les vendre, le cas échéant. Les présidents des universités disposeront de pouvoirs accrus, et même d’un droit de veto quant à l’embauche de contractuels (CDD et CDI) et à l’affectation des titulaires. Le mode de recrutement des enseignants-chercheurs, enfin, sera modifié.
Si la nécessité d’engager une réforme fait l’unanimité parmi les universitaires, celle présentée ici ne fait pas consensus. Certains, singulièrement chez les présidents de fac, y lisent l’opportunité de rendre plus performant un système universitaire asphyxié financièrement et sclérosé dans son mode de fonctionnement. D’autres, nombreux parmi les enseignants-chercheurs et les personnels Biatos (bibliothécaires, administratifs et techniques), la réprouvent résolument. Le nouveau mode de recrutement et la toute puissance des présidents les affolent. Plus globalement, ils dénoncent une réforme qui, en engageant les universités dans une course aux financements, accentuera leur mise en concurrence. Si les gros établissements et les recherches les plus prisées devraient s’en tirer à bon compte, les petites facs pluridisciplinaires et les filières estimées moins rentables
(les sciences humaines, par exemple, ou encore les maths pures) seraient les perdantes de cette transformation, entraînant dans leur chute une grande masse d’étudiants. Une deuxième réforme devrait être présentée à l’antenne pour compléter le dispositif. Objectif : accentuer la sélection des étudiants.
Marie-Noëlle Bertrand
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