événement
Union méditerranéenne et Europe forteresse
Alger, envoyée spéciale.
Pour son premier déplacement hors d’Europe, Nicolas Sarkozy était reçu hier à Zeralda, une station balnéaire près d’Alger, par son homologue Abdelaziz Bouteflika. Une escale éclair de quelques heures seulement, avant que le président français ne s’envole, en fin d’après-midi, pour Tunis, l’étape marocaine ayant été « reportée ». Cette « visite de travail », a annoncé Nicolas Sarkozy à l’issue de l’entretien, est le prélude à une visite d’État prévue dans le courant du mois de novembre prochain. En revanche, le président français n’a pas confirmé le projet d’un « accord cadre » devant sceller un « partenariat privilégié » en lieu et place du traité d’amitié mort-né, évoqué par des sources diplomatiques. « On ne veut pas qualifier un accord, on veut d’abord donner un contenu » à la relation entre les deux pays, a-t-il justifié lors d’une conférence de presse pendant laquelle le président Bouteflika a gardé le silence.
engagements de campagne
Nicolas Sarkozy a exposé à son homologue algérien sa vision d’une Union méditerranéenne bâtie sur le modèle de l’Union européenne, réponse du président français à l’échec du processus de Barcelone, mais aussi alternative à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, une perspective à laquelle il est opposé. Pour « donner corps » à cette Union, Nicolas Sarkozy veut proposer aux pays du pourtour méditerranéen un sommet des chefs d’États et de gouvernements, qui pourrait se tenir au premier semestre 2008. Le chef de l’État, rappelant ses engagements de campagne, a également dit attendre « une coopération sans faille pour lutter contre l’immigration illégale et les filières clandestines », rejoignant ainsi les projets européens d’externalisation du contrôle des migrants hors des frontières de l’UE. « Je souhaite résoudre cette question de façon concertée avec les pays d’origine et avec le maximum d’humanité. Mon objectif est de faciliter, et non pas de rendre difficile la circulation des deux pays », a-t-il assuré, alors que la question des visas, délivrés avec parcimonie et dans la plus grande confusion, reste brûlante. Si Nicolas Sarkozy met en avant la levée de la consultation Schengen, la réouverture du consulat général d’Oran, prévue en septembre, et l’exemption de visa pour les diplomates, qui a fait l’objet d’un accord, il n’envisage de véritable assouplissement, en matière de liberté de circulation, que pour « les Algériens, hommes d’affaires et universitaires notamment, qui contribuent à nourrir la relation bilatérale ». Cette sélectivité témoigne de la suspicion qui prévaut à l’égard de tous les autres. Une suspicion qui irrite, c’est un euphémisme, les très nombreux Algériens qui ont des attaches amicales et familiales en France. Ceux-là gardent en tête les discours musclés du candidat UMP, pendant la campagne présidentielle française, sur l’immigration, ainsi que ses provocations sur « la racaille » et le « Karcher ». Et se plaisent à souligner, avec malice, le contraste entre cette visite express et les images de l’accueil chaleureux que les Algérois réservèrent à Jacques Chirac, lors de sa visite d’État en mars 2003.
paris veut regagner du terrain
Au chapitre des relations économiques, Nicolas Sarkozy a noté que les échanges ont tendance à s’éroder. Pourtant la hausse des prix des hydrocarbures et l’amélioration de la situation sécuritaire décuplent le potentiel de l’Algérie. « Nos entreprises font face à une vive concurrence, et c’est une bonne chose pour l’Algérie », constatait-t-il, hier, dans un entretien aux quotidiens indépendants El Watan et El Khabar, en admettant que la France n’est plus « en terrain conquis » dans une Algérie qui veut être considérée comme un pays « émergent » Si elle reste son premier fournisseur en 2006, avec une part de marché de 20,6 %, les exportations de la France vers l’Algérie, en hausse continue pendant dix ans, ont baissé pour la première fois, l’an dernier, de 13,7 %. Toujours en 2006, la France, jusque-là excédentaire, est devenue déficitaire vis-à-vis de l’Algérie à cause de la hausse des prix des hydrocarbures, combinée à cette baisse des exportations. Paris veut également regagner du terrain sur le terrain des investissements. Si les investissements français en Algérie ont crû de 111 % l’an dernier, les entreprises françaises sont toujours suspectées de préférer les partenariats commerciaux aux investissements productifs créateurs d’emplois.
Parmi les autres dossiers évoqués par les deux chefs d’État : la question énergétique. Sur ce point, les deux chefs d’État n’ont pas commenté, à l’issue de leur entretien, la proposition de Nicolas Sarkozy d’oeuvrer à « un rapprochement entre les compagnies françaises - GDF, mais aussi Suez et Total - et la Sonatrach », dans la perspective de « sécuriser les approvisionnements énergétiques » de la France. Alors que, selon les termes du président français, l’Algérie « pense déjà à l’après-hydrocarbures », Paris promet, en contrepartie, une coopération entre les deux pays en matière de nucléaire civil.
Rosa Moussaoui
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)