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Article paru le 11 juillet 2007 dans l'Humanité

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Pour obtenir un visa, mieux vaut être patient et riche

Les démarches pour rendre visite à sa famille en France est un chemin ardu. Les Algériens ont une chance sur deux de se le voir refuser.

« Des visas ! Des visas ! » La foule algéroise avait ainsi accueilli l’ancien président de la République, Jacques Chirac, lors de sa visite en Algérie en mars 2003. Quatre ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée, malgré l’importance des liens familiaux et culturels qui existent entre le Maghreb et la France. Alors qu’il faut quelques jours à un Français pour avoir un visa pour le Maghreb, n’importe quel Africain se présentant au consulat de France de son pays, afin d’obtenir un visa, sera systématiquement suspecté d’être un immigrant potentiel. Ainsi pour l’année 2005, le rapport de l’Observatoire statistique de l’immigration et de l’intégration estime à près de 34 % le taux de refus des demandes de visa pour le Maghreb. Un pourcentage qui monte à 50 % pour l’Algérie.

Pourquoi un tel chiffre ? André Moquet, président de l’association Intercapa (coordination nationale d’étudiants de capacité en droit) qui aide les étrangers et les familles à monter des dossiers judiciaires et qui s’occupe principalement de familles algériennes qui font face à des refus de visas, explique que les modalités de dossiers changent d’un consulat à l’autre. Tout demandeur doit déposer un dossier comportant non moins d’une vingtaine de pièces officielles pour un visa court séjour (moins de 90 jours) : photocopies du passeport, des actes d’état civil, de naissance, de mariage, des bulletins de salaire, des relevés de notes en cas de diplôme, etc.

Pour un visa long séjour (plus de 90 jours), la liste des pièces indispensables s’allonge et atteint une quarantaine de papiers à fournir. La vérification de toutes ces pièces ne peut que prendre du temps : l’attente pour une réponse est de plus de deux mois ! Et est parfois accompagnée d’une enquête domiciliaire, sorte d’enquête de moralité pour « comprendre les causes qui motivent le séjour en France ». Mais le casse-tête ne s’arrête pas là, puisque le dépôt du dossier a un coût, et pas le moindre. Il faut débourser, en début de procédure, entre 50 et 99 euros non remboursables en cas de refus. Faire appel à la Commission d’examen de refus des visas signifie engager un avocat spécialisé pour lequel il faudra alors payer 500 euros et plus.

Difficile d’établir une cartographie exacte des refus des visas, leurs motifs n’étant jamais exposés au demandeur. Toutefois, André Moquet explique que les visas sont souvent refusés « aux jeunes femmes célibataires de moins de trente-cinq ans à la capacité d’intégration évidente et cela par peur de les voir s’installer en France ». Par « capacité d’intégration évidente », il faut ainsi comprendre une « mentalité occidentale, trop proche de celle des Français ». Par contre, le taux de rejet pour les femmes mariées de plus de quarante-cinq ans est faible. André Moquet souligne également que « les enfants des hauts fonctionnaires algériens ne voient presque jamais leurs demandes refusées car, vu la place qui les attend dans leur pays, ils ne risquent pas de s’installer en France ».

Fatima Rougi

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Tag(s) : #Société
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