Politique
Lagarde offre aux riches « la clé du paradis fiscal »
Christine Lagarde a-t-elle voulu donner des gages à la majorité des membres de la commission des Finances, à défaut de reprendre tous leurs amendements ? Toujours est-il qu’elle a tenu, hier, un langage apte à combler d’aise les plus libéraux des députés de l’UMP et du Nouveau Centre. La ministre de l’Économie présentait le projet de loi sur « le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat » à l’Assemblée nationale, premier d’une série de cinq grandes réformes économiques et sociales, touchant notamment la fiscalité et le marché du travail, a-t-elle annoncé.
Allègement de l’ISF
Défendant la facilitation du recours aux heures supplémentaires, Christine Lagarde a estimé que les Français ont voté pour dire qu’« ils ne veulent pas du pain et des jeux », allusion grossière aux trente-cinq heures. Pour la ministre de l’Économie, il faut « cesser d’opposer riches et pauvres, il n’y a pas deux camps ». Pourtant, c’est bien du côté du camp des riches que se place le gouvernement (lire ci-dessous), la ministre voulant « ouvrir les portes » à ceux qui « cherchent la clé des paradis fiscaux » et faire rentrer en France « tous ces banquiers français partis travailler à la City (à Londres - NDLR) et tous ces exilés fiscaux réfugiés en Belgique »… Quant aux successions en franchise d’impôt pour tous les patrimoines sans plafond, elles sont le « développement durable des familles », a-t-elle osé.
Le gouvernement a franchi un nouveau cap, hier, avec l’accord de François Fillon pour s’attaquer à la part de la résidence principale dans l’assiette de l’ISF. Outre l’exonération des placements dans une PME et le bouclier fiscal, dont le taux réel d’imposition maximale est abaissé de 60 % à 39 % des revenus (50 % compte non tenu de la CSG et de la CRDS, mais qui seront désormais incluses dans le bouclier), ces contribuables profiteront d’un abattement sur la valeur de la résidence principale passant de 20 % à 30 % dans leur déclaration d’ISF. Un pas vers l’exonération totale de la résidence principale, combat mené sans succès jusqu’alors par les députés UMP, au nom des effets de la flambée de l’immobilier dans la valorisation des patrimoines modestes. Un prétexte pour baisser fortement la part taxable des patrimoines les plus élevés, l’ISF sur la première tranche présentant un taux très faible (0,55 % jusqu’à 1 220 000 euros).
Premier orateur de l’opposition, Didier Migaud (PS), président de la commission des Finances, a dénoncé la volte-face des députés UMP, dont le rapporteur général Gilles Carrez, hier chantre de la rigueur budgétaire, et aujourd’hui enthousiaste devant une loi dont la facture s’élèvera à 13,6 milliards d’euros annuels à plein régime, selon Christine Lagarde. Le président de la commission des Finances y voit la raison dans une certaine continuité avec « les baisses d’impôt accordées, élevées et ciblées sur un petit nombre de personnes » déjà décidées en 1993 et 2002.
Cadeau pour le CAC 40
Jean-Louis Idiart (PS) a ensuite présenté une motion contre un texte où « il n’est question ni d’emploi, ni de pouvoir d’achat, ni même de travail, mais uniquement de conditions de travail en grande partie imposées aux salariés, de cadeaux fiscaux à une infime minorité, et de mesures non financées qui pèseront inévitablement sur les comptes publics ». De son côté, le porte-parole des députés communistes et républicains, Alain Bocquet, a estimé que ce projet est « un paquet cadeau pour les plus riches de ce pays, pour le CAC 40, pour les gens du MEDEF, mais c’est un paquet empoisonné pour la majorité des Français ». « Plus on a fait de cadeaux au patronat, aux grandes sociétés financières et industrielles, plus il y a eu de chômage, de difficultés et de pauvreté », a déclaré le député du Nord. Les débats reprendront cet après-midi.
Sébastien Crépel
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)