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La gauche a-t-elle perdu les couches populaires ?

Rappel des faits La gauche vient une nouvelle fois de vaciller sur son socle idéologique. Battue. Et en mal de projet. La rupture est-elle consommée avec ceux qui constituaient jadis le coeur de son électorat ?

 

 

La France s’enrichit considérablement, mais les Français pensent que leurs enfants auront une vie plus difficile que la leur. Ils n’ont pas tort. L’écart de revenus entre les trentenaires et les quinquagénaires est passé de 15 % il y a trente ans à 40 % aujourd’hui. De même, si l’on en croit les plus récentes études de l’INSEE, près d’un quart de la population française se trouve en situation de pauvreté. Un taux qui ne fléchit plus vraiment depuis quinze ans et affiche au contraire un nouveau visage : aux populations marginalisées et/ou exclues s’ajoutent désormais les travailleurs pauvres. Sachant par ailleurs que l’ascenseur social s’est totalement grippé, que les inégalités d’accès aux statuts supérieurs s’accroissent et que les « classes moyennes », dans le même mouvement, sont elles aussi éclatées et tirées vers le bas, la situation des couches dites « populaires » a rarement été aussi précaire.

Historiquement, le champ social a toujours été labouré par la gauche. C’est sa « fonction », sa raison d’être. Pourtant, les classes populaires ne se sentent plus portées par une dynamique de la gauche, notamment vis-à-vis de la gauche de transformation sociale. Refondation, rénovation, reconstruction, redéfinition, etc, depuis l’élection présidentielle les mots ne manquent pas pour évoquer l’avenir de la gauche dans son ensemble, plus que jamais au pied du mur. Idées fondamentales, programmes, stratégies, activités militantes, tout est désormais sur la table et pas seulement au PS ou au PCF. Beaucoup pensent que l’« ouverture au centre » ou la voie sociale-libérale sont les seuls chemins possibles. D’autres, pas moins nombreux, affirment au contraire que le réalisme n’est pas dans l’acceptation de la norme de l’économie libérale, mais dans sa contestation et dans la recherche patiente de son dépassement. Car le coeur du débat, lui, ne varie pas : il s’agit bien toujours de la question sociale. Si la gauche ne sait plus répondre à cet enjeu-là, elle n’est plus la gauche. Et si la gauche la met de côté, en renonçant à elle-même, peut-elle seulement redonner confiance et espoir à ces couches populaires ?

Jean de Leyzieu

Article paru dans l'Humanité du samedi 23 juin 2007

 

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Tag(s) : #DEBAT après le 17 juin 2007
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