Jeune militant communiste de 26 ans, Ulrich Savary anime le blog http://ulrichsavary.gauchepopulaire.fr dans le Nord de la France. Impliqué dans les instances du parti, il nous livre aujourd’hui les raisons de son engagement. Son départ de la LCR d’Olivier Besançenot pour le Parti Communiste. Et son usage militant de l’internet. Témoignage

Viatolosa.net En 2007 comment en pratique vivez vous votre engagement, votre militantisme ? Le Web est il un nouveau lieu d’agit prop ?

Ulrich Savary: Comme tout bon militant : discussions, distributions de tracts et vente de l’huma’. C’est un engagement quotidien. Internet est devenu un outil de « propagande » primordial. Tous les partis l’ont bien compris. En même temps, c’est un lieu de rencontre où les discussions peuvent être enrichissantes. Souvenons-nous du rôle d’internet durant la campagne pour le non au référendum en 2004. Tous les médias faisaient campagne pour le Oui, alors les gens sont venus sur le net, pour obtenir un autre point de vue. Néanmoins, je ne pense pas qu’une campagne électorale se gagne qu’avec le net. Il faut un programme.

Viatolosa.net Pourquoi, aujourd’hui, militer au PCF et non à la Ligue Communiste Révolutionnaire ou aux côtés de José Bové ?

Ulrich Savary : Mais justement, je viens de la LCR ! J’étais secrétaire de cellule à Lille Wazemmes. Mais la LCR n’est pas une organisation politique très sérieuse. Quand j’y militais, on me disait c’est formidable on a franchi le cap des 3000 adhérents en France ! On est l’avenir ou encore, « il faut intervenir dans les quartiers populaires » et dès que l’on y aller, j’entendais des réflexions terribles de la part de de certains militants de la LCR du genre « ces gens ont du yaourt dans la tête, ils croient que le PS est à gauche, c’est des cons ». C’était en 2003. Mais ce qui m’a le plus décontenancé avec la LCR, c’est le manque de cohérence politique. Je vais prendre un exemple: en France la LCR refuse d’appeler à voter pour le PS ou à soutenir un gouvernement de gauche. Or, la LCR fait partie d’une organisation internationale et dans de nombreux pays, les organisations « soeurs » de la LCR participent à des gouvernements. C’est le cas au Brésil. Ils soutiennent le gouvernement de Lula (le président du pays) qui mène une politique économique libérale avec le soutien du patronat et d’une partie de la droite. C’est complètement incohérent. Pour autant, il y a des militants très sérieux dans la LCR. Et très souvent, nous militons ensemble!. Quant à Bové, sans commentaires.

J’ai rejoins le PCF après une longue réflexion. Le PCF est le troisième parti de France en nombre d’adhérents. Dans notre département, le PCF pèse plus de 7500 militants. Nous sommes aussi le 3ème parti en nombre de voix depuis les législatives. Nous avons fait près de 10 % des voix, soit 1% de plus qu’en 2002. Donc ce parti reste une force populaire qui compte. Pourtant, le PCF doit absolument se rénover pour retrouver le vote des classes populaires. Mais la rénovation ne veut pas dire l’abandon de toute référence au communisme. Au contraire, le PCF doit retrouver sa raison d’être. Il faut revenir aux principes communistes. Il y a déjà un parti réformiste en France (le PS) il n’y a pas la place pour un deuxième PS.

Viatolosa.net Que pensez vous de l’état de la Gauche en France et de l’idéal communiste dans le Monde ?

Ulrich Savary : La gauche française est au croisé des chemins. Le PS a fait « du réformisme sans réformes » durant la campagne présidentielle. Le programme socialiste s’est résumé au seul vote utile et à des phrases chocs . Le PS s’est retrouvé au 2ème tour en asséchant complètement la gauche au 1èr tour. Mais le problème, c’est qu’en face M. Sarkozy avait un programme alors que Ségolène Royal n’avait rien. Le résultat fut une défaite terrible pour toute la gauche.

Ce qui a suivi a été des plus instructifs. Kouchner a rejoint Sarkozy ainsi que le maire de Mulhouse. Besson les avait tous précédés.

Si d’autres « socialistes » de cette espèce veulent les suivre, nous ne pouvons que les y encourager. Les « socialistes » bourgeois tels que Kouchner ont sciemment détourné le Parti Socialiste de ses objectifs. Ils n’ont rien à voir avec le mouvement ouvrier. Pour eux, le PS n’a jamais été autre chose que l’instrument de leur propre carrière. Dévoués corps et âme à « l’économie de marché », c’est-à-dire au capitalisme, leur place naturelle est effectivement aux côtés de Sarkozy.

Cependant, ces défections ne sont que l’illustration la plus flagrante de la politique menée par les dirigeants du Parti Socialiste les plus ouvertement pro capitalistes. Rocard prône depuis longtemps une alliance avec la droite. Védrine n’avait pas d’objection de principe à l’idée d’intégrer le gouvernement Fillon. Simplement, le poste qu’on lui proposait ne lui convenait pas. Quant à Ségolène Royal, elle n’a cessé de souligner son accord avec l’UDF sur un large éventail de sujets. Elle ne voit aucune raison de perpétuer la lutte entre la gauche et la droite, « bloc contre bloc », pour reprendre son expression. Strauss-Kahn voulait une rénovation « social-démocrate » du PS, avant de devenir le champion de Sarkozy pour la direction de l’OMC et Hollande propose de créer un nouveau parti incluant le « centre » – c’est-à-dire une partie de la droite.

Ce rapprochement avec la droite est un nouveau coup de poignard dans le dos des militants du Parti Socialiste. Ils ont mené campagne après campagne et fait des sacrifices importants pour propulser leurs « chefs » dans les institutions de l’État, en espérant que cela ferait avancer la lutte contre la droite et l’injustice sociale. Si la base du parti laisse faire les dirigeants droitiers, cette politique désastreuse compromettra irrémédiablement l’avenir du parti et les aspirations qu’il est censé incarner.

Vous me demandez qu’est-ce que l’idéal communiste dans le monde ? Il reste inchangé depuis le début du capitalisme. Il faut libérer le genre humain de l’exploitation de l’homme par l’homme. Donc, il faut abattre le capitalisme. Cela vous paraît peut être « utopiste » ? Je vais donc prendre un exemple concret.

Dans le monde comme en France les salariés se posent souvent une question primordiale pour eux: comment lutter contre les délocalisations? Voilà une question importante qui concerne au premier plan les salariés. Je crois que la seule façon d’empêcher les fermetures et les délocalisations, c’est l’occupation de l’usine et la lutte – faisant appel à la solidarité active du mouvement ouvrier et de la population en général – pour la nationalisation de l’entreprise sous le contrôle et la gestion des travailleurs. Voilà le programme que le PCF devrait défendre et s’efforcer de populariser. Mais la nationalisation ne cadre pas avec le réformisme « anti-libéral » actuellement en vogue dans les instances dirigeantes du parti. En conséquence, elles se retrouvent à implorer les patrons de changer d’avis – avec des cadeaux financiers à la clé – ou à chercher des repreneurs capitalistes. Là , on est loin de l’idéal communiste.