Derrière la brouille avec Moscou, une odeur de pétrole !
Guerre d’influence Etats-Unis - Russie pour le contrôle des ressources de la mer Caspienne.
Envoyé spécial.
Article paru dans l'Humanité du mercredi 6 juin 2007
Il y a comme une forte odeur de gaz et de pétrole derrière le bras de fer entre Moscou et les grandes puissances occidentales sur le bouclier antimissile. À y regarder de plus près, la passe d’armes actuelle trouve en effet son origine, en grande partie, dans la course à l’accès aux immenses ressources en hydrocarbures de la mer Caspienne. Washington et les majors (les grandes compagnies pétrolières anglo-saxonnes) ont déployé beaucoup d’efforts pour s’installer dans une région que Moscou entend maintenir dans son pré carré. Et une véritable guerre d’influence où tous les coups sont permis bat son plein depuis quelques années dans cette zone.
Washington use de tous les registres - diplomatique, idéologique, économique et militaire - pour mener à bien son offensive. Avec des avancées notables : Oncle Sam dispose désormais de bonnes relations avec plusieurs régimes de la région qui lui ont permis d’installer un réseau assez dense de bases militaires sur place. Avec une approche à géométrie variable : peu regardante sur les droits de l’homme en Ouzbékistan, la Maison-Blanche a soutenu, comme en Ukraine, les " révolutions " dites colorées du Kirghizistan et de Géorgie. En parallèle, des sommes fabuleuses ont étéinvesties par Exxon, Chevron et autres Texaco dans desgazoducs ou oléoducs pour contourner les voies traditionnelles d’acheminement du brut et échapper ainsi au contrôle de la Russie en évitant son territoire.
Les derniers exemples de ce formidable effort de captation des ressources énergétiques de la Caspienne sont très récents. Le 15 mars dernier, un accord a été signé pour la construction d’un oléoduc qui acheminera l’or noir de la Caspienne vers la ville grecque d’Alexandroupolis, via la Bulgarie. Le gazoduc reliant Bakou à la ville turque d’Erzutrum (via Tbilissi en Géorgie) est désormais opérationnel. Tout comme l’oléoduc qui relie les terminaux pétroliers de la même ville de Bakou au port turc de Ceyhan, sur la Méditerranée.
La contre-offensive russe n’en est pas moins intense. Elle touche, elle aussi, à la construction d’infrastructures et à la prise d’influence dans des pays clés comme le Kazakhstan. Elle a pu prendre, il y a quelques mois, la forme de chantages spectaculaires à la fermeture des robinets gaziers ou pétroliers pour les pays qui manifesteraient par trop de bonne volonté à s’intégrer dans le " grand jeu " régional de Washington.
L’affrontement revêt ainsi tous les attributs classiques d’une lutte impérialiste au couteau pour l’accès aux matières premières. L’Europe pourrait faire valoir un tout autre type de relation avec la Russie en défendant l’instauration d’un vrai système de régulation internationale pour sécuriser et faciliter l’accès de tous aux diverses sources d’énergie. Angela Merkel, qui préside aujourd’hui l’UE, semble hélas vouloir tourner le dos à cette option-là, préférant d’évidence s’installer dansles fourgons de Washington quand elle clame que la " coopération énergétique " constitue l’un des principaux objectifs de l’union économique et commerciale transatlantique qu’elle appelle de ses voeux.
B. O.
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