69 bonnes raisons de ne pas voter Sarkozy 2
16- La " philo " de Sarko La morale universelle, comme les grandes religions, commande : " Aide le plus faible ! " Dans la bouche de l’ex-ministre de l’Intérieur, cela donne : " La faiblesse est toujours une provocation. " Pour la tradition humaniste, la liberté est au fondement d’une vie authentiquement humaine ; aucun déterminisme (social, culturel, génétique, etc.) ne nous condamne a priori à une identité fixe. L’être humain n’est pas préprogrammé : il choisit, s’invente, résiste, devient. Dans la bouche de l’actuel candidat à la présidence, cela donne : " On ne choisit pas son identité. " M. Sarkozy ne se contente pas de naturaliser la faiblesse, ni de la stigmatiser, il la criminalise. Non seulement ils méritent leur état subalterne mais, surtout, ils doivent être tenus pour responsables des violences qu’ils subissent " inévitablement ". Inversion très bushienne, au demeurant : l’agresseur est en état de " légitime violence ". C’est là que le danger affleure, sacrifiant le bon sens pour la loi du plus fort, l’optique de la racaille. Les faibles n’avaient qu’à être forts. S’ils ne l’ont pas pu, c’est qu’ils ne l’ont pas voulu car ils préfèrent rester faibles – c’est-à-dire, pour M. Sarkozy : oisifs, assistés, profiteurs, resquilleurs, parasites, immigrés " subis ", voyous… Ils l’ont donc " bien cherché ". Sans doute étaient-ils prédestinés, mais les gènes de la faiblesse, de la délinquance et du multirécidivisme n’ayant pas encore été découverts, imputons-leur pour lors une mauvaise volonté. Cessons de les défendre, cessons de les aider, plaignons plutôt les plus forts qui n’ont pu résister à la tentation masochiste des faibles et les ont fatalement exploités, pourchassés, discriminés, licenciés, anéantis. Les faibles – chômeurs, sans-papiers, SDF, minorités… – méritent notre réprobation. M. Sarkozy nous invite donc à une course au harcèlement, à un match de boxe généralisé, à un écrasez-vous-les-uns-les-autres conforme à la ligne maniaco-répressive qui rythme compulsivement ses discours. À ce jeu, l’État policier sera toujours le plus fort. La société civile n’a qu’à bien se tenir. Ou mieux voter. par Vincent Cespedes, philosophe.
17- Pour apprendre à s’aimer les yeux fermés Je ne veux pas que Sarkozy soit mon président. Comme je suis lâche, mon fils me reprochera de ne pas aller lui dire en face tout le mal que je pense de ses méchantes idées. Ses idées toutes rikiki qui puent le rance, la naphtaline des beaux habits et le travail, famille, patrie. Je ne veux pas de lui comme président car j’ai chialé en entendant " la France tu la quittes ou tu l’aimes " juste après avoir vu Indigènes et aussi parce que la déviance dans les gènes, c’est vraiment un truc qui me gêne. Je ne veux pas de lui car j’aime les chansons d’amour, les poèmes de Garcia Lorca, les mélodies raï et la voix d’Ismaël Lo. Je ne veux pas de lui car j’aime les pelouses vertes, les drapeaux rouges ou noirs et les rires des enfants. Tiens, parlons-en des enfants. Les gosses ont toujours la trouille qu’un croquemitaine soit planqué sous le lit. Va leur expliquer que le chef des croquemitaines va pioncer cinq ans à l’Élysée. Les gosses, je veux qu’on leur prépare un pique-nique dans les champs, pas un déjeuner d’affaires. Je veux qu’on leur apprenne à s’aimer les yeux fermés pas à s’échanger des cartes de séjour dans la cour de récré. Je veux pas qu’on leur dise qu’ils sont cons à la première dictée parce que leur père marche nus pieds. Les gosses, je veux leur apprendre à rêver toute leur vie, le nez dans le vent et la tête au soleil. C’est bien de rêver, même quand on est grand, ça permet d’imaginer qu’on n’aura jamais la tronche d’un mec comme lui accrochée dans les mairies. par Arnaud Gobin, romancier.
18- Ne pas serrer la main du diable Pour sûr, ce n’est pas la peine d’affubler Nicolas Sarkozy d’une petite moustache comme on le voit sur les affiches des panneaux électoraux, je sais faire la différence entre un extrémiste qui fonde son projet sur le racisme et un homme de droite qui essaie de se maintenir dans le champ démocratique. Mais cette droite dure qui veut baptiser un de ses ministères de l’appellation la plus ambiguë qui soit, " Immigration et Identité nationale ", joue avec le feu. Il ne faut pas serrer la main du diable, disait-on chez moi, c’est toujours lui qui l’emporte, et je n’aime pas la main droite que Sarkozy tend à ceux dont il veut récupérer les voix. Je ne fais pas confiance à cet homme à l’ego surdimensionné, capable, avec de tels dérapages, de se prendre les pieds dans la mue de sa prochaine métamorphose et d’entraîner ses électeurs dans sa chute. Je n’aime pas ceux qui mettent en place une société d’exclusion, de confrontation et de mépris. Tant d’années à le voir élaborer sa stratégie politique à partir du ministère de l’Intérieur, tant d’années à le voir appeler les journalistes au chevet de son gynécée, puis de les faire virer quand ils révèlent ses états d’âme. Je ne veux pas d’une France fascinée par la propre image de sa frénésie au point de renier son humanisme. Je ne voterai pas pour Nicolas Sarkozy. par Franck Pavloff, écrivain.
19- Je ne voterai pas par rejet. Je ne souscris pas au " tout-sauf-Sarko ". Si je ne vote pas pour lui, c’est tout simplement parce que celle qui se présente en face de lui me séduit. par Jacques Duquesne, journaliste.
20- Nicolas Sarkozy est véritablement dangereux dans le sens où il a révélé son vrai visage : celui de l’extrémisme. On l’a vu faire des appels du pied aux électeurs du Front national en cultivant les thèmes de l’immigration et en mettant en avant son projet de ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration. Cette idée de classer les immigrés comme du bétail m’indigne profondément. La deuxième raison est sa politique étrangère. Son soutien affiché à Bush est un grand péril pour la France. Notre pays a, jusqu’alors, évité l’affrontement avec les groupes terroristes, je crains qu’une telle alliance ne change cette donne. La conjoncture d’une politique répressive à l’intérieur du pays et d’une politique aventureuse et guerrière à l’extérieur représente une véritable bombe à retardement. Les électeurs qui ont voté pour M. Sarkozy se sont faits duper. J’espère que le bon sens va jouer au second tour. Vivre ensemble en paix doit être le message d’un président. On peut aimer profondément la France, ses valeurs, ses habitants, sans choisir quelqu’un de dangereux et de manipulateur. par Rachida Khalil, comédienne.
21- Vous ne serez jamais mon Président Le 24 juillet 2006, un " détail " me fit comprendre combien mes craintes de le voir arriver au pouvoir étaient justifiées. Interpellé par la police à la suite d’un PV bidon que j’avais osé contester, menotté aux pieds et aux chevilles, embarqué par douze policiers déchaînés, méprisant la déontologie, après que je me fus rebellé, l’un d’eux, coup de matraque dans les côtes, me glissa à l’oreille un menaçant : " T’as de la chance qu’Il soit pas président ! " faisant froid dans le dos. Ces violences policières m’ont incité à écrire (et publier) une Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, ministre des Libertés policières, ignorée des médias, à laquelle ledit ministre n’a pas daigné répondre. Car Nicolas Sarkozy, contrairement à ce que pourraient laisser croire ses gesticulations, ne connaît ni le courage, ni la courtoisie. Deux raisons de plus à mon aversion, qui me laissent penser que cet homme-là est tout sauf un homme d’État. Il y a cinq ans, l’extrême droite était au second tour. En 2007 aussi. Mais ça se voit moins. à la place d’un borgne haineux, anti-sémite, xénophobe, nous avons un petit homme bien élevé, souriant, capable, le temps d’une campagne, d’abandonner au fond de sa poche ses principes de rupture. Mais ce qu’il y a, en vérité, au fond de sa poche, c’est une boîte de Pandore. Cet homme-là porte en lui les germes du totalitarisme et de la guerre civile. Si par malheur il était élu, il faudra entrer en RÉSISTANCE. Nicolas Sarkozy, dussiez-vous être élu, vous ne serez JAMAIS mon président. Car moi, pendant cinq ans, je me considérerai comme un citoyen APATRIDE. Et nous serons nombreux dans ce cas. par Jean-Jacques Reboux, écrivain.
22- Une France alignée sur les États-Unis Avec Sarkozy au pouvoir, nous courons le risque de subir la continuité de la politique menée par la droite française (Villepin et consort), mais avec des mesures néolibérales encore plus dures. Sur le plan international, c’est aussi le risque de voir la France plus que jamais alignée sur les États-Unis. par Christophe Aguitton, militant altermondialiste.
23- L’oraison du plus mort est toujours la meilleure Le 6 mai, je ne voterai pas la " Peur ". La " Peur " a peur de tout. Depuis son enfance, elle court, elle fuit les fantômes hongrois d’un château qui n’existe pas, comme le père de la " Peur " fuyait à l’après-guerre les spectres de sa collaboration avec l’occupant. La " Peur " depuis son plus jeune âge ressemble à Dolfi, le jeune héros du K de Buzzati, tremblante et humiliée, cultivant la cécité sur un douloureux passé. Elle est si rapide que même son ombre ne parvient pas à la suivre. De toute façon, elle ne supporte pas la gémellité. C’est un éternel Caïn, poursuivi par le regard d’Abel. Son futur est déjà son passé. La " Peur " est mauvaise conseillère. Elle n’aura donc pas de conseiller. La " Peur " a grandi. Elle déplace maintenant ses terreurs de citadelles en places fortifiées : de Neuilly jusqu’aux grands ministères. Comme elle craint les pauvres, comme elle craint d’être pauvre, la " Peur " a pris comme copains deux lingots : Martin le communicant et Arnaud l’argentier. Ils lui tiennent la main, la béquillent, mais n’apaisent toujours pas son désarroi, quand elle part à la conquête de la fonction suprême. Afin de mieux armer le bras de son projet, elle commence par distiller son pathos mortifère auprès d’un public hébété, fragile et perméable ; elle fracture et violente les inconscients. La " Peur " devient soudain partageuse et distributive, s’affichant avec un masque débonnaire encore fragile. Mais rien n’y fait, des entités menaçantes peuplent son imaginaire. Elle est déjà plus loin, et les senteurs musquées des jardins de l’Élysée ne seront qu’une étape, et un miroir aux alouettes pour les lecteurs de Gala. Elle en est maintenant persuadée : la paix, sa paix, est ailleurs, dans les entrailles de la terre, dans l’abri anti-atomique de Taverny. Allez ! Faites un effort ! Essayez d’imaginer ! La " Peur " caresse de l’index le bouton nucléaire ; elle se sent pour la première fois pacifiée par ce contact sensuel et moelleux, comme une réminiscence de l’aréole maternelle. C’est décidé ! Le 6 mai, je ne voterai pas Nicolas Sarkozy. par Jean-Michel Ripaud, écrivain.
24- Que sera demain ? Les jeunes des banlieues, pendant les émeutes, nous ont tendu un miroir, qui nous renvoyait une image cruelle de notre société. Une société où les entreprises licencient tout en amassant de gros profits. Une société qui n’a plus d’argent pour son éducation et sa santé, mais qui allège les impôts des gros revenus. Une société qui crée des besoins et incite à consommer toujours plus, mais qui fabrique des exclus à qui elle refuse le minimum vital. A la colère des jeunes a répondu l’arsenal répressif : police, tribunal, condamnations, incarcérations, expulsions… Le couvercle a été remis sur les banlieues, mais le feu couve toujours. On sait que la manière dont on traite les immigrés est un test pour la société. La politique sécuritaire de l’ancien ministre de l’Intérieur a fait des étrangers un problème et une menace. Ils ont été stigmatisés. La chasse aux enfants des familles sans papiers est une régression des droits humains qui soulève l’indignation et provoque la mobilisation de beaucoup. Si les droits humains des familles sans papiers sont ainsi bafoués, qu’en sera-t-il demain pour les nôtres ? par Jacques Gaillot, évêque de Partenia.
25- Il cultive la loi du plus fort En tant que syndicaliste, les raisons de ne pas voter pour Nicolas Sarkozy sont nombreuses. Il est notamment porteur d’un projet ultralibéral, de régression sociale et d’attaques contre le droit de grève. Mais fondamentalement, la raison qui me conduira au bureau de vote le 6 mai est mon refus du projet de société dont il est porteur : un projet qui développe la peur de l’autre, de l’étranger, du différent ; un projet qui cultive la loi du plus fort, celle du mérite personnel et de la compétition entre les individus, entre les groupes ; un projet qui favorise le repli identitaire et exacerbe les communautarismes au lieu de construire de la solidarité et de l’égalité. Un projet qui rejette, exclut et stigmatise les plus fragiles, les plus faibles. Un candidat qui, face aux inquiétudes de toutes sortes qui traversent la société française, se pose en homme providentiel qui porterait dans ses gènes son destin de président de la République ! S’opposer à Nicolas Sarkozy le 6 mai ne règle évidemment pas la question qui nous est posée de construire de réelles alternatives aux politiques libérales : mais c’est, à mon sens, une condition pour pouvoir demain encore développer des mobilisations sociales. par Annick Coupé, syndicaliste.
26- Je me souviens de " Zéro de conduite " de Jean Vigo Sarkozy n’en est plus au projet, au programme, mais à la mise en œuvre. Le flash-back est déjà là. Deux points de montage : 1/ Le mariage du passéisme et du capital, de l’école du Petit Chose (A. Daudet, 1868) et du Medef : comment ne pas y voir un retour en arrière idéologique qui ne sert qu’à masquer – c’est-à-dire à accélérer – la destructrice marche du marché ? C’est une imposture de déguiser le capital mondialisé en vertueux patriote, défenseur de la veuve et de l’orphelin. Je me souviens de Zéro de conduite de Jean Vigo, qui date de…1933 (longtemps avant Mai-68). Faut-il " plus de respect " ? Je suis du temps de l’irrespect. 2/ Pied-noir, fils, petit-fils et arrière-petit-fils d’Italiens immigrés en Algérie, je peux dire que je suis consterné par la volonté sarkozienne de remplacer l’Histoire par le mythe. Propager la fable pour blancs bébés d’une colonisation généreuse et nourricière, lavée du sang qu’elle a fait couler, c’est nier les massacres, parmi tant d’autres, de Nouvelle-Calédonie (1917), de Sétif (1945) ou de Madagascar (1947), c’est refouler les guerres coloniales, celle d’Indochine, celle d’Algérie. Mais pourquoi, diable, les colonisés se sont-ils soulevés contre une France qui les traitait avec tant d’aménité ? Je me souviens de Moi, un Noir, de Jean Rouch (1959). Je suis du temps de l’insurrection contre les Empires coloniaux des Visages Pâles, ceux d’avant le multimédia, et depuis. par Jean-Louis Comolli, cinéaste.
27- " La première raison relève de l’esthétique morale, et toutes les autres en découlent. " par Frédéric H. Fajardie, écrivain.
vendredi 4 mai 2007
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