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La régression sociale au programme de la droite paru dans La Marseillaise du 16 avril 2007

 

" Je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas, je ne vous trahirai pas ". Jeudi matin, sur Europe 1, Nicolas Sarkozy a dit en substance - et sans surprise - qu’il appliquerait le programme qu’il décline depuis son investiture en janvier. Si le candidat de l’UMP accède à la présidence de la République, nul ne pourra ensuite soutenir qu’il a été volé sur la marchandise. Sa lettre aux Français intitulée " mon projet " détaille un programme néo-conservateur qui allie mesures économiques ultra-libérales à une conception de la société qui puise dans le corpus idéologique de la droite la plus dure. Ces déclarations sur le caractère " génétique " de la pédophilie et du suicide des jeunes en sont un énième avatar.
Pour Nicolas Sarkozy, l’autorité doit être le premier pilier de son action qui lui permettra de faire tenir le second : ouvrir un peu plus grandes les vannes de l’ultralibéralisme par des mesures économiques et fiscales qui font la part belle aux nantis.
Dans les premières lignes de sa lettre aux Français, il ne se réfère pas à la devise de la République – liberté, égalité, fraternité – mais place au premier rang des "valeurs qui fondent (son) projet ", " le travail, l’autorité, l’honnêteté ", la " fraternité " arrivant en 4e position pour tenter d’équilibrer, sans doute, les trois premiers termes.
Son concurrent dans le camp conservateur, François Bayrou, candidat de l’UDF, a beau vouloir se démarquer, nombre de ses propositions, notamment économiques et sociales, sont quasi-identiques. Comptables du bilan de la droite, ils veulent chacun à leur façon incarner le " renouveau ", la " rupture " avec un système dont ils furent les principaux acteurs ces dernières décennies. Passage en revue de leurs principales propositions.
Droit de grève. Avant tout, le candidat de l’UMP veut s’en prendre à un des piliers de la démocratie française : les syndicats. Se saisissant opportunément du débat sur leur représentativité, il propose d’instituer " la liberté de présentation au premier tour des élections professionnelles ". Une mesure qui revient à ouvrir la porte aux syndicats " patronaux ". Nicolas Sarkozy remet aussi en cause le droit de grève, inscrit dans la Constitution, à travers deux mesures : rendre obligatoire un vote à bulletin secret " après huit jours de grève " et faire voter une loi sur le service minimum garanti dans les services publics et ce " dès l’été ". François Bayrou propose la même mesure : " mettre en œuvre, dans le respect du droit de grève, un service minimum garanti dans les transports publics. "

Sarkozy promet des lendemains qui déchantent en s'attaquant nottament aux droits des salariés. Quant à François Bayrou, ses recettes économiques sont nourries au même lait : le libéralisme. Droit du travail. Affaiblir les organisations de salariés est indispensable pour les deux candidats qui veulent s’en prendre au droit du travail. Ainsi, Nicolas Sarkozy veut abolir le CDI pour mettre en place " un contrat unique ", en fait un CDD généralisé, qui permettrait de licencier plus facilement. François Bayrou reprend ce concept en proposant " un CDI universel " où la période d’essai serait de 6 mois renouvelable, donc d’une année.

Salaire et pouvoir d’achat.
Pour la droite, en plus d’être flexibles, les salariés doivent être corvéables pour espérer voir leur salaire augmenter. Pour relancer le pouvoir d’achat exsangue de la grande masse des Français, les deux candidats ont la même recette : augmenter les heures supplémentaires et réduire un peu plus les cotisations sociales des entreprises. Le " travailler plus pour gagner plus " est un slogan sarkozyste qui va comme un gant à Bayrou. Le premier veut que les heures supplémentaires soient payées " au moins 25% de plus que les heures normales " et qu’elles soient exonérées " de toute charge sociale et de tout impôt. " François Bayrou propose " de payer les heures supplémentaires 35% de plus que les heures normales (sans coûter plus cher à l’entreprise) ".

Mais il est un fait que les deux candidats cachent aux électeurs : en octobre 2002, l’UMP et l’UDF ont augmenté le quota d’heures supplémentaires – une attaque contre les 35 heures- et voté une baisse de leur rémunération - qui était de 25% - (loi Aubry votée en 2000) à 10% ! Ils proposent aujourd’hui aux Français de revenir sur une mesure qu’ils avaient tous deux abolie mais en faisant un cadeau aux entreprises.

Fiscalité. Dans le droit fil de ce que demande le Medef, les deux candidats sont pour un allégement de la fiscalité des entreprises. Nicolas Sarkozy propose de baisser l’impôt sur les sociétés (IS) et François Bayrou de " permettre à toutes les entreprises de créer deux emplois nouveaux en CDI, sans charges sociales (sauf 10% pour les retraites) pendant 5 ans. "

Sarkozy et Bayrou soutiennent l’idée, fausse, que les entreprises croulent sous les charges


Ils soutiennent l’idée - répandue par le Medef mais fausse - que les entreprises croulent sous les charges. Or, comme le faisait remarquer dans son édition du 12 avril le quotidien économique La Tribune, le taux effectif d’imposition des entreprises françaises " avoisine plutôt les 7% ". En 2005, les 6000 dispositifs d’aide aux entreprises ont coûté 65 milliards d’euros parmi lesquels 20 milliards d’allègement de charges sociales et ce sans effet sur le chômage ou l’embauche. Cet effort financier de la nation au bénéfice des entreprises est " plus important que celui consenti pour l’Education nationale et trois fois plus élevé que celui en faveur de l’enseignement supérieur et de la recherche. "

La politique fiscale à l’égard des ménages est de la même eau et bénéficie aux classes supérieures : baisse de l’impôt sur la fortune (Sarkozy), suppression de l’impôt sur les droits de succession (Sarkozy et Bayrou). Autant de mesures qui vont considérablement affaiblir les ressources publiques et auront des conséquences sur les services publics. Sarkozy veut supprimer un fonctionnaire sur deux ; Bayrou évoque des " économies " dans ce qu’il nomme vaguement " l’administration de papier ". Et ce au nom de la lutte contre la dette publique dont les deux candidats font leur miel alors qu’ils n’ont cessé de l’alimenter et promettent, par leurs mesures, de la creuser un peu plus.

Décryptage Françoise VERNA

photo: marie-laure THOMAS


 

 

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Tag(s) : #Battre la droite
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