La régression sociale au programme de la droite paru dans La Marseillaise du 16 avril 2007 |
" Je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas, je ne vous trahirai pas ". Jeudi matin, sur Europe 1, Nicolas Sarkozy a dit en substance - et sans surprise - qu’il appliquerait le programme qu’il décline depuis son investiture en janvier. Si le candidat de l’UMP accède à la présidence de la République, nul ne pourra ensuite soutenir qu’il a été volé sur la marchandise. Sa lettre aux Français intitulée " mon projet " détaille un programme néo-conservateur qui allie mesures économiques ultra-libérales à une conception de la société qui puise dans le corpus idéologique de la droite la plus dure. Ces déclarations sur le caractère " génétique " de la pédophilie et du suicide des jeunes en sont un énième avatar. Salaire et pouvoir d’achat. Pour la droite, en plus d’être flexibles, les salariés doivent être corvéables pour espérer voir leur salaire augmenter. Pour relancer le pouvoir d’achat exsangue de la grande masse des Français, les deux candidats ont la même recette : augmenter les heures supplémentaires et réduire un peu plus les cotisations sociales des entreprises. Le " travailler plus pour gagner plus " est un slogan sarkozyste qui va comme un gant à Bayrou. Le premier veut que les heures supplémentaires soient payées " au moins 25% de plus que les heures normales " et qu’elles soient exonérées " de toute charge sociale et de tout impôt. " François Bayrou propose " de payer les heures supplémentaires 35% de plus que les heures normales (sans coûter plus cher à l’entreprise) ". Mais il est un fait que les deux candidats cachent aux électeurs : en octobre 2002, l’UMP et l’UDF ont augmenté le quota d’heures supplémentaires – une attaque contre les 35 heures- et voté une baisse de leur rémunération - qui était de 25% - (loi Aubry votée en 2000) à 10% ! Ils proposent aujourd’hui aux Français de revenir sur une mesure qu’ils avaient tous deux abolie mais en faisant un cadeau aux entreprises. Fiscalité. Dans le droit fil de ce que demande le Medef, les deux candidats sont pour un allégement de la fiscalité des entreprises. Nicolas Sarkozy propose de baisser l’impôt sur les sociétés (IS) et François Bayrou de " permettre à toutes les entreprises de créer deux emplois nouveaux en CDI, sans charges sociales (sauf 10% pour les retraites) pendant 5 ans. " Sarkozy et Bayrou soutiennent l’idée, fausse, que les entreprises croulent sous les charges Ils soutiennent l’idée - répandue par le Medef mais fausse - que les entreprises croulent sous les charges. Or, comme le faisait remarquer dans son édition du 12 avril le quotidien économique La Tribune, le taux effectif d’imposition des entreprises françaises " avoisine plutôt les 7% ". En 2005, les 6000 dispositifs d’aide aux entreprises ont coûté 65 milliards d’euros parmi lesquels 20 milliards d’allègement de charges sociales et ce sans effet sur le chômage ou l’embauche. Cet effort financier de la nation au bénéfice des entreprises est " plus important que celui consenti pour l’Education nationale et trois fois plus élevé que celui en faveur de l’enseignement supérieur et de la recherche. " La politique fiscale à l’égard des ménages est de la même eau et bénéficie aux classes supérieures : baisse de l’impôt sur la fortune (Sarkozy), suppression de l’impôt sur les droits de succession (Sarkozy et Bayrou). Autant de mesures qui vont considérablement affaiblir les ressources publiques et auront des conséquences sur les services publics. Sarkozy veut supprimer un fonctionnaire sur deux ; Bayrou évoque des " économies " dans ce qu’il nomme vaguement " l’administration de papier ". Et ce au nom de la lutte contre la dette publique dont les deux candidats font leur miel alors qu’ils n’ont cessé de l’alimenter et promettent, par leurs mesures, de la creuser un peu plus. Décryptage Françoise VERNA photo: marie-laure THOMAS |
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)