Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

"Du résidu pour résidents sans toit"

paru dans La Marseillaise du 16 avril 2007

Friches. Sans logement, des familles se rabattent sur des caravanes qu’elles installent dans des terrains insalubres et voisinent les Roms qui investissent le bâti en ruine. Qui a la solution ?

Traverse Mardirossian, les projets d’extension de voirie sont en stand by depuis des années. Au niveau du numéro 53, face à l’entreprise de ferronnerie SPT, le bâti vide s’est tellement dégradé que ses ruines accueillent aujourd’hui tout un amalgame de pneus usés et de détritus divers. Seuls les murs de l’ancien cinéma qui donne sur la rue de Lyon restent debout. Un terrain vague insalubre sur lequel se sont installées des caravanes. " Cela fait des années que les caravanes sont là, jauge un riverain, mais ce qui est plus nouveau, ce sont les Roms qui squattent le ciné ".

la politique de la "

patate chaude "
Devant les squats de terrains en friches qui se multiplient à Marseille, la seule réponse apportée jusque là par la Ville et la Préfecture: l’expulsion. Ni humain, ni efficace. Les mairies de secteurs des quartiers Nord demandent l’ouverture d’une table ronde pour poser le problème avant de se faire déborder par la situation.
Traverse Mardirossian, Roger Ruzé, l’adjoint à l’urbanisme des 15/16 explique : " nous avons demandé la démolition. Des murs ont été conservés pour ne pas laisser des espaces trop libres, mais les gens sont revenus, par la porte latérale. C’est toujours pareil, on les fait partir d’ici, on les retrouve ailleurs. Chemin des Tuileries à Saint Antoine, on les a également vu s’installer plus loin… ". Même soucis avec l’ancienne station Shell de la Belle de Mai. " Au grand dam des habitants et sans compter les soucis sanitaires pour eux. Il faudra bien trouver une solution d’accueil ". Une rencontre avec la Ville et la Préfecture a été demandée d’urgence, " mais pas seulement dans le cadre des Contrats Locaux de Sécurité ", précise l’élu qui reste encore sans réponse.
Dans le 14e, à Sainte Marthe, c’est l’ex-école Barrelier qui est occupée par des Roms. Après avoir interpellé le Préfet, le maire du secteur, Garo Hovsépian, le sénateur Robert Bret et la députée Sylvie Andrieux réitèrent leur demande, la réponse de Christian Frémont faisant procéder à un examen du dossier et " ne manquant pas " de les tenir " informés de la suite réservée à cette démarche ", " ne saurait " les " satisfaire ". Ces gens n’étant ni régularisables, ni expulsables, survivent sans perspective d’accès de résident, ni d’emploi, Ils demandent la mise en place d’une politique d’accueil plutôt que persévérer dans le jeu de la " patate chaude ".

M.G.



Dans sa caravane achetée 50 euros (et à ce prix là, on fait l’impasse sur l’étanchéité) Dolorès Gribel est inquiète : " le week-end dernier, le feu a pris dans les pneus juste à côté de la caravane de mon beau-frère. On s’est retrouvé avec des seaux d’eau pour éteindre à 4 heures du matin, les pompiers sont arrivés ensuite, mais pas la police ". Le pire a été évité. Les familles se chauffent à l’aide de bouteilles de gaz. " Nous sommes venus ici parce que c’était en friche ". Dolorès et son mari vivaient jusqu’il y a 5 ans chez leurs parents, puis ils ont eu deux enfants. Agé de moins de 25 ans, le couple ne touche pas de Rmi, juste 750 euros d’allocations familiales.
Même chose pour Joseph et Jessica Santiago et leurs deux enfants, pour Laurent et Marie Santiago et leurs six enfants. Quant à Manuel Camacho, 45 ans et Rmiste, suite au décès de sa mère chez qui il était hébergé, c’est dans une vieille camionnette de travaux publics qu’il a installé un radiateur électrique, un lit et une table. " Mes enfants sont chez leur mère, je ne peux même pas les recevoir ", plaide le monsieur. " Voilà des années que ces familles font des demandes de logements sociaux sans rien obtenir " explique André Scanga de l’Indecosa CGT Nord.
Et ils ne sont plus seuls ici. Plus bas, les ruines de l’ex cinéma servent depuis quelques mois d’abri à un groupe de Roms. L’entente avec le voisinage n’est pas des meilleures. " Nous avons été alertés par l’Indécosa. Cette situation est alarmante pour la sécurité et la santé de ces gens ", estime la mairie des 15/16. Mais on connaît les réflexes de la Ville et de la Préfecture à cet égard : l’expulsion. qui ne fait que repousser le problème au coin de rue suivant.

L’Indécosa alerte


L’urgence sanitaire : les conditions d’hygiène dans lesquelles vivent les familles sont inquiétantes. " L’eau utilisée pour tous usages, y compris alimentaire, est celle destinée au nettoyage urbain, note André Scanga, des maladies cardiaques et pulmonaires sont aussi décelées ".

Mardirossian : Un terrain communal

blocage : Les terrains en friche de la Traverse ont été acquis par la Ville. Elle possède presque l’essentiel des parcelles. Les toitures et armatures ont été détruites. Un projet d’élargissement de la voie est en question depuis des années mais n’avance pas. Il doit mettre en liaison la Traverse avec la place des Abattoirs et la rue de Lyon. Inscrit dans la Zac Saint Louis, qui date de 1999 mais qui a été modifiée il y a quelques mois. L’enquête publique est en cours. Les murs de l’ancien ciné avaient été conservés pour éviter le squat. Pas vraiment réussi. Et le chantier n’est pas sécurisé.
Il faudra pourtant bien répondre à ce double problème avant d’être submergé : quel accueil pour les populations venues de l’Est ? Quant aux gitans sédentarisés : la caravane est un dépannage qui ne peut constituer une réponse à la crise du logement.

MYRIAM GUILLAUME


photo: LAURENT SACCOMANO


 

 

Publicité
Tag(s) : #Logement
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :