Publié sur l'Humanité (http://www.humanite.fr)
Woerth, un pas vers la sortie ?
Éric Woerth est «un innocent», selon le ministre de l’Immigration, Éric Besson. Christian Estrosi, à l’Industrie, loue «sa droiture». La double casquette de ministre et de trésorier de l’UMP ? «Il n’y a pas de conflit d’intérêts», clame Luc Chatel, ministre de l’Éducation et porte-parole du gouvernement. «Il était trésorier bien avant d’être membre du gouvernement», glisse-t-il, passant un peu vite sur la relation de cause à effet…
Du silence dans lequel il s’est désormais claquemuré – il n’a même pas répondu lors de la séance à l’Assemblée nationale –, le ministre du Travail doit apprécier. «Les fantassins de la sarkozie», dixit Marianne, ont fait bloc autour de lui. À commencer par le chef de l’État. Lors de la traditionnelle réception des députés UMP à l’Élysée, il a affirmé qu’il ne lui demanderait pas de démissionner : « Si je dis à Éric de partir, ça voudrait dire qu’il y a quelque chose ».
C’est qu’Éric Woerth, personnage clé du dispositif Sarkozy, pour la réforme des retraites comme à la gestion de la cagnotte de l’UMP, est attaqué de toutes parts à cause justement de cette double casquette. Mardi soir, sur TF1, Ségolène Royal a signé un fracassant retour dans le débat politique en dénonçant «un pouvoir qui profite d’une totale impunité», un «système Sarkozy corrompu».
Hier, c’est Jean-Marc Ayrault, chef de file des députés PS, qui a présenté une proposition de résolution visant à créer une commission d’enquête sur l’affaire Bettencourt. Selon lui, il s’agit de «faire la lumière sur la gestion» de son dossier fiscal «par les services des ministères du Budget et de la Justice, sous l’autorité» d’Éric Woerth, de François Baroin et de la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie. «La logique veut que la justice fasse son travail, mais, comme la ministre de la Justice ne veut pas enquêter au-delà de ce qui est engagé, la Parlement doit faire son travail», a-t-il dit. Fine connaisseuse de ces affaires, l’ancienne ministre de la Justice Élisabeth Guigou a porté le coup le plus dur, évoquant une «prise illégale d’intérêts» qui tomberait sous le coup de l’article 432-12 du Code pénal (jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende – NDLR).
Mais dans la majorité, on commence également à trouver encombrante la double activité d’Éric Woerth. Alain Juppé avait souligné les «difficultés» qu’elle pourrait poser. Mardi, Dominique de Villepin parlait «d’incompatibilité» entre les deux fonctions – bien qu’ayant accueilli Woerth dans son propre gouvernement en 2004. Surtout, son ancienne ministre de tutelle Christine Lagarde déclarait que le gouvernement avait «tout intérêt à clarifier ce qui constitue un conflit d’intérêts». Hier, c’est le gourou libéral Alain Minc qui, sous couvert de suivre les rails de la «moralisation» que Nicolas Sarkozy a fait semblant de poser, estimait que «ce serait très bien que les listes de donateurs soient publiques. Ce serait pour tous les partis politiques une très bonne chose».
L’opposition ne dira pas le contraire. Informée de l’existence d’un parti au nom du ministre Éric Woerth (lire ci-contre), elle a demandé hier lors des questions au gouvernement des éclaircissements sur son financement, qui pourrait lui aussi avoir bénéficié des largesses de Liliane Bettencourt. Le monde est petit.
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