Affaire Woerth-Bettencourt : révélations et rebondissements
Jeudi 10 juin
Olivier Metzner, avocat de Françoise Meyers-Bettencourt révèle dans Le Nouvel Observateur qu’un « document explosif » [1]risque de faire basculer les Français dans le camp de la fille de la milliardaire dans le procès contre le photographe François-Marie Banier. Le suspense est entier jusqu’à la semaine suivante.
Mercredi 16 juin
Le site internet Mediapart publie les transcriptions d’enregistrements [2] pirates de conversations entre Liliane Bettencourt et le gestionnaire de sa fortune Patrice de Maistre. Ils révèlent des "opérations financières destinées à échapper au fisc", des "relations avec le ministre Woerth et son épouse", alors chargée de la gestion de la fortune de Liliane Bettencourt (de 2007 à début 2010) et une ingérence de l’Elysée dans ses affaires. On y apprend notamment que l’ancien ministre du Budget a permis à Liliane Bettencourt d’obtenir un bâtiment de l’hôtel de la Monnaie. Elle aurait également signé des chèques à l’adresse de Valérie Pécresse, Eric Worth et Nicolas Sarkozy.
Jeudi 17 juin
Mediapart accuse le couple Woerth de conflits d’intérêts. Pour illustrer cette accusation, le journal publie un extrait où Patrice de Maistre parle d’évincer Florence Woerth contre une somme d’argent, pour ne pas froisser le ministre.
Lundi 21 juin
Mediapart persiste et signe en publiant directement les fameux extraits sonores [3]. De son côté, Liliane Bettencourt affirme qu’elle va procéder à la régularisation fiscale de « l’ensemble de [ses] avoirs familiaux qui seraient encore à l’étranger », confirmant notamment l’existence d’un compte en Suisse. Eric Worth annonce officiellement la démission de sa femme de la société Clymène, gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, justifiant du même coup les accusations de conflits d’intérêts.
Mercredi 23 juin
Le Nouvel Observateur révèle qu’Eric Woerth, en 2008, a remis la Légion d’honneur [4] à Patrice de Maistre, alors que le ministre s’efforce depuis le début de l’affaire de montrer l’absence de relations personnelles avec lui.
Vendredi 25 juin
Par le biais du site Bakchich.info, on apprend qu’Eric Woerth ne pouvait « rien ignorer des manigances » [5] entre François-Marie Banier et l’héritière de L’Oréal, puisque le premier faisait l’objet d’une enquête par le fisc depuis 2008. Eric Woerth est alors obligé de s’expliquer : il avait lui-même autorisé, en 2009, le contrôle fiscal du photographe.
Mardi 29 juin
Mediapart, coriace, s’aperçoit de l’existence d’un obscur parti politique [6], « l’Association de soutien à l’action d’Eric Woerth ». Sans pouvoir prouver d’où vient son financement, le site affirme que la formation a bénéficié de subventions de l’UMP, dont Eric Woerth est trésorier.
Mercredi 30 juin
Le Nouvel Observateur révèle la destination de quatre chèques [7] signés par Liliane Bettencourt. Un chèque de 7.500 euros à l’association de financement de l’Association de soutien à l’action politique d’Eric Woerth (AFASAPEW). Deux autres chèques de 4 .600 et 7.500 euros auraient été adressés à l’association de soutien de Valérie Pécresse (dont un seul débité) et le dernier serait directement allé à l’association de financement de l’UMP. Un autre conflit d’intérêts est alors souligné par le Canard Enchaîné concernant l’affaire Wildenstein, collectionneur et marchand de tableaux mort en 2001, qu’Eric Worth a laissé passer alors qu’il revendique lutter contre l’évasion fiscale.
Le soir, à l’Assemblée [8], les députés de l’opposition multiplient les questions au ministre du travail sans que celui-ci ne daigne y réponde. François Baroin, ministre du budget, Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur et François Fillon se succédent pour défendre Eric Woerth. Interrogé au Sénat par un député PS sur un risque de « confusion des genres » à propos du cumul des fonctions de ministre et de trésorier du parti d’Eric Woerth, le porte-parole du gouvernement, Luc Châtel exclut de les rendre incompatibles. Au 20 heures de France 2, François Baroin annonce sa décision de saisir l’Inspection générale des finances [9] pour qu’elle réalise un rapport qui sera à « la disposition d’une éventuelle commission d’enquête parlementaire ».
Jeudi 1er juillet
Lemonde.fr révèle qu’un dîner a eu lieu chez Liliane Bettencourt [10] le 30 janvier 2008, en présence d’Eric Woerth. Quelques jours plus tôt, ce dernier avait remis la Légion d’honneur à Patrice de Maistre. Le Point [11] révèle que l'Elysée aurait recommandé en 2009 aux proches de la milliardaire de prendre pour avocat Me Paul Lombard, en raison de ses liens avec le procureur de Nanterre Philippe Courroye. Ce dernier a classé l'enquête de la brigade financière, alors qu’elle révélait des soupçons d'"abus de faiblesse" au préjudice de Liliane Bettencourt. La présidente du tribunal de Nanterre, la juge Isabelle Prévost-Desprez a ordonné un supplément d’information et donc le renvoi du procès pour « abus de faiblesse » intenté par Françoise Meyers-Bettencourt à François-Marie Banier. Le Point indique par ailleurs que TF1 a procédé à l’enregistrement d’une interview de Liliane Bettencourt, qui sera diffusé ce week-end.
Heure par heure, l’affaire continue de rebondir : vers 16 heures jeudi après-midi, le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer estime qu'Eric Woerth sera «probablement» le dernier à pouvoir cumuler un portefeuille ministériel avec la fonction de trésorier de parti. Dans la foulée, le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant juge «gravissime» les accusations lancées par la gauche contre le ministre du Travail, estimant qu'il n'a «rien à se reprocher» dans un entretien à paraître dans Le Figaro Magazine. [12]
Dernier rebondissement : Mediapart affirme que Liliane Bettencourt aurait reçu de l'Etat en mars 2008 une somme de 30 millions d'euros [13]au titre du bouclier fiscal alors qu'Eric Woerth était encore ministre du budget. La propriétaire de L'Oréal n'aurait par ailleurs fait l'objet d'aucun
contrôle fiscal depuis au moins quinze ans.
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)