Article paru le 26 avril 2010 dans l'Humanité
Une semaine décisive pour Nice Matin
La démission, vendredi dernier, du PDG de Nice-Matin, Éric Debry, est interprétée par la CGT comme le signe d’un « durcissement » de la direction du Groupe Hersant Média (GHM), qui a mis en vente, sans prévenir, les murs et le siège du quotidien régional de Nice. Une démission qui intervient après que les grévistes, auteurs de multiples actions spectaculaires, notamment l’édition d’un huit pages intitulé SOS Nice-Matin, ont été menacés de poursuites judiciaires.
Aux manettes depuis quinze mois, Éric Debry avait notamment engagé la modernisation de l’imprimerie et, en privé, ne cachait plus ses désaccords avec Philippe Hersant. Ce dernier, à la tête d’un groupe qui aurait accumulé 200 millions d’euros de dettes, ne cherche, selon les syndicats, qu’à plumer l’un des rares quotidiens bénéficiaires en France, quitte à mettre son existence en péril. Il doit, dès le 30 avril prochain, rendre des comptes à ses banquiers. « Il a le couteau sous la gorge, ce qui n’annonce rien de bon de sa part pour le conseil d’administration de ce mardi », estime Gérard Pitocchi, délégué syndical CGT de Nice-Matin. Au cours de cette réunion, les représentants salariés de la Sapo (Société coopérative à participation ouvrière, actionnaire minoritaire) vont à nouveau demander à Philippe Hersant de retirer son projet de vente à la découpe. Ils seront appuyés par les 1 200 salariés qui, imprimerie, rédaction et administration confondues, sont appelés par l’intersyndicale (CGT, SNJ et CGC) à se rassembler dès le matin sur le parking du journal. « Nous avions pensé à un rassemblement avec nos familles, mais vu le manque de respect dont fait preuve Hersant, notre manifestation aura une autre tonalité, sans doute plus combative », indique Gérard Pitocchi, au nom de salariés « plus unis et motivés que jamais ». Leur lutte, il est vrai, ne baisse pas d’intensité. Après quatre jours de non-parution, Nice-Matin est revenu en kiosque le week-end dernier, mais en trois éditions seulement (deux pour Var-Matin, une pour les Alpes-Maritimes) contre seize « locales » habituellement. Pendant que le bras de fer Hersant-syndicats se durcit, quelques requins montrent le bout de l’aileron dans la baie des Anges. Vincent Bolloré, qui vient d’obtenir la concession à Nice d’une TV locale, aurait démenti devant la rédaction de son gratuit Direct Matin être intéressé par l’achat de Nice-Matin. Mais le bulletin spécialisé LettreA.com croit savoir que c’est en tant qu’actionnaire du groupe italien RCS qu’il se « tiendrait en embuscade ». Le fonds de pension irlandais Mecom, qui s’était fait souffler l’affaire par GHM il y a deux ans, serait lui aussi à l’affût. Tous deux attendant que Hersant coule… ?
Philippe Jérôme
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