Une nuit à la rue, dans une France malade du logement !
« Quelle est cette hypocrisie qui consiste à bricoler dans l’urgence, à ouvrir des places d’hébergement dans des gymnases quand l’opinion est mobilisée ? Ce sont de solutions
pérennes dont nous avons besoin, pas de slogans. » Le ton était donné, hier, par Christophe Robert, directeur d’études de la Fondation Abbé-Pierre, lors de la présentation de la 2e Nuit
solidaire pour le logement qui se tiendra ce soir, place de la Bastille à Paris, et essaimera dans toute la France. Témoignages de mal-logés, prise de parole de Marie-Christine Barrault,
concerts (Pierre Souchon, Tcheky Karyo, Cali & the Hyenes, HK & les Saltimbanques…) mais aussi invitation à se restaurer et à dormir sur place en solidarité « avec ceux qui n’ont
pas le choix », précise Hervé de Ruggiero, le directeur général de la Fnars. De même, Emmaüs organisera une course « 100 pas pour toit » autour du bassin de l’Arsenal. « Un
circuit qui symbolise ces personnes qui tournent en rond sans que ne leur soient jamais proposés de véritables parcours d’insertion. »
Les organisations déçues
Malgré le caractère festif, un air d’exaspération flottait parmi les 31 organisations qui composent le Collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement des
personnes sans abri et mal logées. Constitué en janvier 2008, ce collectif a formulé 100 mesures, dont 98 sont restées lettres mortes, alors même que François Fillon déclarait le logement et
l’hébergement « grand chantier prioritaire ».
« Une personne sur six est aujourd’hui concernée plus ou moins gravement par la crise du logement. La France est gangrenée de l’intérieur et il ne semble pas que le gouvernement souhaite éviter la catastrophe sociale », relève Christophe Robert. Ainsi, le collectif déplore le manque de coordination interministérielle qui empêche d’avancer sur le front de la prévention. Même constat sur le droit au logement opposable, que les associations avaient appelé de leur vœu, et qui est aujourd’hui « en échec ». « L’absence de logements accessibles ne permet pas de le mettre en œuvre », regrettent les associations.
Au-delà de l’exaspération, c’est même une véritable incompréhension qu’éprouvent les organisateurs de cette nuit
solidaire. Comment concevoir en effet qu’un million d’euros soit dépensé chaque jour pour un hébergement « palliatif » en hôtel, quand l’accès au logement se révélerait moins
coûteux ? « On marche sur la tête », souffle Christophe Robert. Exaspérées parfois, mais pas à court de propositions, les 31 associations énoncent une série de quinze
mesures urgentes. En termes de prévention, elles proposent notamment de « garantir un hébergement ou un logement à toutes les personnes qui sortent de prison, de l’armée, d’un hôpital
psychiatrique… afin d’éviter les ruptures dans leur prise en charge » ou de « suspendre temporairement les expulsions locatives » pour les ménages de bonne
foi.
Investir 2 % du PIB
« C’est un peu comme si on se résolvait à ne pas fermer un robinet dont on sait qu’il coule », explique Hervé de Ruggiero. À leurs yeux, il est également nécessaire de créer des
places d’hébergement obligatoires dans chaque commune. Enfin, elles proposent de « porter les dépenses annuelles » pour le logement à 2 % du PIB. À travers cette nuit solidaire,
il s’agit donc, selon les mots de Christophe Robert, de « donner une expression citoyenne à la colère sociale. »
Lina Sankari
Le Chiffre : 10 millions de personnes sont touchées par la crise du logement. Parmi
elles, 6,5 millions sont hébergées chez un tiers ou en impayés de loyer.
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