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Article paru le 5 mars 2010 dans l'Humanité

Une droite en capilotade, victime de sa cécité sociale

Le parti présidentiel, adossé aux choix politiques d’un Nicolas Sarkozy à mi-mandat, sourd aux critiques sur son bilan et contraint à une posture d’éternel candidat, semble de plus en plus condamné à un sévère échec aux régionales.

L e scénario était écrit. Les régionales, pour la droite unie derrière Sarkozy, devaient être une promenade de santé pour une majorité présidentielle qui rêvait de reconquête en 2010, pour être à l’aise en 2012. « Mobilisation générale », s’époumone aujourd’hui le Premier ministre, François Fillon, tête de turc désignée pour une droite sarkozyste en capilotade  : le meeting national prévu dimanche prochain à Paris vient d’être annulé. Il bat cependant les estrades urbaines de province où on veut bien l’accueillir. Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, fait semblant d’y croire. Il court la campagne à la recherche de l’électorat de droite traditionnel. Même Jean-François Copé s’y colle  : « Il n’y a pas d’autre solution que d’être le nez dans le guidon. » Nicolas Sarkozy, quand il ne se tire pas une balle dans le pied en recadrant, par exemple, la tête de liste d’Île-de-France, Valérie Pécresse, donne l’impression de ne pas bien comprendre ce qu’il lui arrive. Alors il multiplie les effets d’annonce ou les opérations de communication, comme de vieilles recettes qui furent gagnantes. Comme au bon vieux temps de l’élection présidentielle. Qui osera lui dire que cette séquence est terminée  ? Qu’il est à mi-mandat. Que la configuration politique est bien différente.

On peut tromper une fois mille personnes. Pas mille fois une personne. La preuve par la crise que le chef de l’État n’a pas vu venir, et dont il croit être sorti politiquement plutôt bien. Tout avait mal commencé, par le bouclier fiscal pour les plus riches. Avec la crise, cela a mal continué, par les cadeaux aux banques. Lesquelles renouent avec les bénéfices et la financiarisation quand les salariés constatent qu’ils sont les dindons de la farce. Ce que la droite n’a pas saisi, c’est la contestation plus profonde qu’elle n’en a l’air du système où l’argent est roi. Le lien entre ce système et la nature des politiques libérales à l’œuvre dans les réformes sarkozystes prend forme. La casse des acquis sociaux et des services publics comme La Poste, la persistance d’un chômage de masse, ou la réforme des retraites à venir cimentent désormais sinon une aspiration à une nouvelle société, du moins une sarkophobie. Celle-ci est d’autant plus vive qu’elle alimente et accélère un réel ressaisissement de l’opposition sur une base de gauche affichée en voie de crédibilisation, bien qu’encore en quête de projet. Signe des temps  : le PS tend à récupérer ses déçus égarés chez Europe Écologie ou le Modem  : la donne politique en recomposition en est changée quand l’Élysée mise le tapis sur une gauche en fin de cycle.

N’ayant pas tiré les enseignements politiques de la crise économique et sociale, le sarkozysme n’en poursuit pas moins sur sa lancée. À défaut de gagner les élections, la droite a prévu de changer le mode de scrutin pour l’élection des futurs conseillers territoriaux. La panique s’empare pourtant de l’UMP, puisqu’il est de moins en moins certain – si l’on regarde les sondages prédictifs pour les régionales – que la droite puisse désormais arriver en tête et rafler ainsi la mise dans un scrutin à un tour. Même en changeant les règles du jeu le succès n’est pas assuré. A fortiori pour 2012. Ceci explique les velléités du Nouveau Centre de se présenter en autonomie en vue de constituer un matelas de réserves de voix. Lequel va faire cruellement défaut dans quelques jours.


Une résistance électorale imprévue


Enfermé dans son mépris de classe, Nicolas Sarkozy a sous-estimé, en réalité, une partie de la spécificité française. Ou plutôt a-t-il cru pouvoir à la hâte modifier idéologiquement celle-ci  : c’est le sens du débat sur l’identité nationale visant à en déporter les axes et les valeurs. Or, c’est précisément cette spécificité, construite notamment sur les services publics et les acquis sociaux, qui permet l’existence, momentanée ou pas, d’une résistance électorale plus forte qu’il ne l’avait envisagée.

Dominique Bègles

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Tag(s) : #Elections régionales 2010
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