Pourquoi les inondations qui ont touché une partie du Var mardi dernier ont-elles été
aussi meurtrières ? Cette catastrophe aurait-elle pu être évitée ? Ou est-ce la faute à un phénomène météorologique exceptionnel ?
« Cet événement climatique est rare mais pas exceptionnel », corrige Benoît Hartmann, coordinateur du pôle aménagement durable du territoire de France Nature Environnement (FNE). Et de
lâcher : « La crue d’un fleuve comme l’Argens est normale. Ce qui l’est moins, c’est que ça tue des gens. » Le responsable de l’association FNE met en cause « les villes qui s’étalent,
les terres qu’on imperméabilise, les rivières qu’on endigue, la spéculation foncière forte » qui pousse à la construction là où il ne faudrait pas. « Nous avons oublié que nous ne sommes
pas les maîtres de la nature », résume-t-il.
Pas assez exigeant
Et surtout, dénonce-t-il clairement, on savait. On connaissait les dangers dus à l’eau dans le Var. La preuve : depuis 1982, une dizaine d’arrêtés de catastrophe naturelle à la suite
d’inondation ont été pris à Draguignan, ville qui fait partie des 11 % des communes les plus touchées de la région. « On préfère prendre des arrêtés, indemniser que
prévoir. Va-t-on passer ainsi notre temps à mettre des emplâtres sur une jambe de bois ? » s’interroge-t-il sur un ton vif.
Certes, un PPRI (plan de prévention des risques prévisibles d’inondation) a été pris en 1995 à Draguignan, « mais un PPRI, indispensable, n’est pas un document assez ambitieux, ni
exigeant », poursuit Benoît Hartmann. « On représente les risques sur une carte, ça sert à informer, c’est tout. Et ensuite, on fait des exceptions pour pouvoir construire. Savez-vous par
exemple que l’hôpital Pompidou à Paris est construit en zone rouge ? Le PPRI devrait être un vrai outil de survie. Ce n’est pas le cas. » Et de conclure : « Si on arrêtait de loger les
populations dans les zones inondables, on aurait moins de victimes. D’accord, il faut trouver des toits pour les gens, mais pas là. Ca coûte trop cher en vies humaines. »
Ce responsable n’incrimine pas pour autant les élus uniquement qui signent les permis de construire. « Il y a une chaîne de responsabilités. La société entière est coupable. Il faut changer
toute la culture de l’urbanisme ».
Josette Fays, présidente de VIE (Var Inondations Écologisme) va dans le même sens. Pour elle aussi, on savait. Et depuis longtemps. « Il faut arrêter d’accuser la fatalité, lance-t-elle. La
réalité, c’est qu’il n’y a pas, dans ce département, de volonté politique de changer la situation. Voilà dix ans que nous alertons les autorités, que ce soit sur les dangers concernant la
vallée du Gapeau, Roquebrune ou ailleurs. Des études sont faites. Des rapports rendus. Mais chaque élu tire de son côté. Il n’y a aucune solidarité entre eux. Rien n’avance »,
martèle-t-elle avec colère. Josette Fays réclame la création d’une « instance départementale spécifique inondations », « afin d’envisager les problèmes à l’échelle de plusieurs
bassins ». Pour elle aussi, les PPRI ne sont pas suffisants, car « ils n’imposent pas de travaux de prévention, ni de rétention d’eaux pluviales ».
« Dans le Var, personne ne s’intéresse aux inondations. On lutte contre les incendies, ça oui. Mais l’eau… », conclut-elle, amère.
Et de rappeler qu’en décembre 2009, son association a écrit aux élus de la vallée du Gapeau pour les prévenir qu’à la prochaine inondation, elle irait en justice. Pour la région dracénoise, la
menace vient trop tard.
source: http://www.varmatin.com/article/var/un-varois-sur-quatre-vivrait-en-zone-inondable
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