Manuels scolaires :
Le pied de nez de Luc Chatel
François Jarraud
cafepedagogique.net du lundi 21 juin 2010
Qui va payer le prix politique de la rentrée scolaire des lycéens ? Pour Luc Chatel si possible les autres ! Le ministre répond aux demandes des régions et des parents en leur renvoyant la balle. Pire il donne à penser qu'il y a bien une volonté d'obliger les régions à ne plus financer les manuels scolaires.
La réforme des lycées implique le remplacement des
manuels scolaires des lycéens de seconde en 2010, première en 2011 et terminale en 2012. Pour la rentrée 2010,
cela pose à la fois une question technique et financière compte tenu des très faibles délais donnés aux éditeurs et du volume des manuels à remplacer. Reçues au cabinet le 16 juin, les
associations de parents d'élèves et l'ARF (association des régions) avaient demandé des aménagements, par exemple que le ministre demande aux chefs d'établissement d'étaler les renouvellements
sur plusieurs années. On leur avait promis une prompte réponse. Elle est arrivée sous la forme d'un communiqué le 18 juin.
"Le renouvellement des programmes est un processus normal", rappelle Luc Chatel qui mentionne aussi avoir contacté les éditeurs en décembre 2009. "A la rentrée de septembre, les enseignants et les élèves disposeront des versions électroniques de leurs manuels, en attendant que toutes les versions imprimées soient disponibles. Ils disposeront ainsi de l’ensemble des ressources nécessaires à une mise en œuvre satisfaisante des nouveaux programmes d’enseignement", estime le ministre. "Quant aux régions qui ont choisi d’accompagner les familles dans la scolarité de leurs enfants au lycée", poursuit-il, "Luc Chatel ne peut accepter les propos de la commission éducation de l’Association des Régions de France (ARF), selon lesquels "le gouvernement veut les obliger, une nouvelle fois, à mettre la main à la poche", propos pour le moins inexacts, puisque les régions ne sont aucunement tenues par la loi de financer les manuels scolaires".
Le ministre nie la réalité du problème technique. Il est clair que la majorité des classes ne sont pas en état d'utiliser les manuels numériques. Celles qui pourront le faire, à travers un vidéoprojecteur ou un TBI, ce sera uniquement grâce aux efforts financiers des régions qui effectivement sont allées heureusement au-delà de leurs obligations.
Il ne veut pas voir le problème financier. Or le renouvellement de tous les manuels représente une charge que les régions ne pourront pas prendre en charge dans la situation actuelle. Elle risque de retomber sur les familles ce qui va poser un problème à certaines et plus globalement aussi aux enseignants. Car dans cette situation comment pénaliser un enfant qui n'aura pas son manuel ?
Enfin il confirme la volonté gouvernementale de remettre en question la clause de compétence générale des régions. C'est parce que les régions ont le droit d'aller au-delà de leurs obligations que les établissements peuvent avoir du matériel informatique, des aides pour monter des projets pédagogiques, du personnel pour entretenir les réseaux etc. La formule ministérielle est particulièrement grave. Elle fait plus que demander aux régions de ne plus aider les familles. Elle souhaite que disparaisse le dernier soutien dont dispose l'Ecole : les collectivités locales.
On a du mal à croire que le ministre en reste à une déclaration aussi provocante sur un sujet qui ne devrait pas être conflictuel. D'autant que le système éducatif aurait tout à gagner d'un réel partage des tâches entre Etat et collectivités locales. Mais il est à craindre que même la question des manuels scolaires soit devenue hautement politique.
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