Il n’y aura pas de démocratie possible
tant que les femmes ne seront pas respectées
Humanité Quotidien
15 Juin, 2012
l'Humanité des débats Tunisie
Par Hamida Beji, Secrétaire générale de l’association Femmes Relais.
Je suis tunisienne d’origine, mais je vis à Liège, en Belgique et c’est là que j’ai été l’initiatrice de Femmes Relais, un mouvement de solidarité
avec les femmes tunisiennes qui nous alertaient sur les menaces de remise en cause de leurs droits acquis.
Il y a eu tout une succession d’alertes qui nous ont conduites à bouger et à manifester notre solidarité : on a parlé de rétablir la polygamie, de
remettre en place le mariage coutumier, on a détruit des marabouts (1), frappé des imams dans les mosquées parce qu’on les jugeait trop « libéraux ».
La ministre chargée des Droits de la femme a parlé du port du niqab comme d’une « liberté individuelle » et on a laissé un prédicateur tunisien connu
pour son extrémisme venir parler de l’excision… On voit se multiplier les appels à Ghanouchi, le chef d’Ennahdha, le parti du premier ministre, à sévir contre tous ceux qui touchent au
sacré. Tout cela nous inquiète, nous qui voulons garder en Tunisie l’islam tolérant qui a toujours été le nôtre.
Le 24 mai dernier, à Liège, Saida Garrache, de l’Association des femmes démocrates, nous a dit : « Je n’ai jamais été aussi inquiète pour les femmes
tunisiennes. » Il faut savoir qu’il y a en Tunisie environ 10 000 salafistes dont les femmes sont l’une des cibles favorites. Nous avons élaboré un programme de neuf mesures que le
gouvernement devrait prendre pour faire face à ces menaces et assurer la préservation des droits des femmes.Mais il n’y a pas que les salafistes qui traitent mal les femmes. Il y a
également les chefs d’entreprise qui les exploitent de manière éhontée. Allez un peu voir ce qui se passe dans les usines textiles de Sfax et d’ailleurs. Il y a là des femmes qui sont
souvent chefs de familles monoparentales, dont les maris sont chômeurs ou émigrés. Elles ont des salaires de misère, elles font des horaires d’une longueur incroyable, et elles subissent
souvent le harcèlement.
Nombre de ces usines appartiennent à des sociétés européennes qui ont délocalisé leur production. Alors, puisqu’on est dans le dialogue Sud-Nord, je
pose la question aux Européens : pourquoi se comportent-ils aussi mal ? Pourquoi, ici, ne respectent-ils pas un minimum de lois sociales, comme ils le font en Belgique, ou ailleurs en
Europe ? Améliorer la situation des travailleuses de ce pays, respecter leur dignité, c’est aussi participer à la construction de la démocratie.
(1) Ce sont les tombes des saints qui sont les lieux d’une ferveur populaire, considérée comme suspecte et illégitime par les intégristes. Cela
existe surtout au Maghreb.
Hamida Beji
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