mercredi 2 décembre 2009 / "le Patriote"
Dans son dernier rapport « Le transfert aux régions du transport express régional : un bilan mitigé et des évolutions à poursuivre », paru le 25 novembre, la Cour des Comptes se prononce en faveur de l’ouverture à la concurrence du réseau des transports express régionaux (TER). Un choix, au final, qui appartient aux régions. Gros plan sur la région PACA.
"Je ne suis pas un fanatique de la privatisation !". N’empêche que Patrick Allemand, premier vice-président de la région Paca, regrettant le manque de fiabilité sur les lignes TER, jette un pavé dans la marre : "Nous continuerons à travailler avec la SNCF, mais il est clair que cette nouvelle donne va forcer cette entreprise publique à améliorer ses performances d’exploitant ". En somme, l’ouverture à la concurrence du TER serait un mal pour un bien. Des propos dérangeants dans la bouche du président de la majorité PS de la Région, mais qui ne surprennent guère Gérard Piel, vice-président PCF de PACA délégué aux transports : "Au second tour, il faudra nous rassembler. Plus le score du Front de Gauche sera important, mieux ce sera pour défendre nos positions". Certaines régions PS, à l’exemple de celle de Rhône-Alpes, penchent ouvertement pour la concurrence : "Bernard Soulage, vice président Rhône Alpes délégué aux transports, est en faveur d’un fret géré par le secteur marchand des transports routiers". D’ores et déjà ce sujet constitue un enjeu majeur pour les élections régionales de mars, comme l’a souligné Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat délégué aux Transports, lors des 22e rencontres nationales du transport public à Nice : "Comment ouvrir de façon expérimentale le réseau TER à la concurrence : ce sera le grand débat en mars. Le TER est épouvantablement déficitaire. L’ouverture à la concurrence présente une bonne adéquation à la réalité sociale et financière de nos régions". Une position confortée par le rapport de la Cour des comptes. Un rapport qui tire à boulet rouge sur la SNCF. Alignant une succession d’arguments qui tendent à un seul but : la privatisation du TER. Même le prix des billets y supportent pas leur part de l’augmentation constatée des coûts".Tablant par là même sur l’abandon de certaines lignes au profit de l’autobus. Pas de doute, le transfert du TER aux régions constitue "une opération coûteuse" : trois milliards d’euros investis par la région PACA depuis 2004. Car le véritable scandale pour Gérard Piel "c’est que l’Etat n’a pas tenu ses engagements financiers en transférant le TER aux régions". Une dépense, pour autant, qui ne s’en justifie pas moins : "Comme le tramway de Nice, le transport ferroviaire constitue une nécessité pour l’écologie et pour l’économie. Les collectivités font vivre en grande partie les entreprises. Ce sont l’achat de nos rames qui ont évité des licenciements chez Alstom et Bombardier à Valenciennes !" Un TER traîné dans la boue ! En outre, la Cour des comptes affirme que le taux de remplissage des TER n’atteindrait seulement 26 %. Un contre-sens selon Gérard Piel : "Parler de taux de remplissage est une aberration ! Le même train qui part bondé de Nice et qui monte vers Breil, va se désemplir peu à peu à partir de Drap. En revanche, dans les rames circulant entre Marseille, Toulon et les Arcs, il est rare de trouver des places assises. D’ailleurs c’est pour cette raison que lundi, 7 décembre, je ferai voter la suppression de la première classe dans les trains régionaux pour augmenter davantage la capacité à un coût moindre". Et le bilan carbone dans tout ça ? Pas assez vertueux. Bien au contraire, selon le rapport : 90 % des lignes de TER ne sont pas électrifiées, et le gazole représente la moitié de l’énergie consommée. "Dans la région PACA, seule la ligne Drap-Breil n’est pas électrifiée, ce qui représente moins de 5% du réseau. En cas d’ouverture à la concurrence, on risque de voir des compagnies privées faire circuler des trains dans le genre de celui d’ECR Cargo, une société de fret privée : un vieux train diesel, qui relie quotidiennement Cannes et Vintimille. D’autre part il y a des accidents en France avec des trains de fret privés, car les règles de sécurité ne sont pas respectés", avertit Gérard Piel. Côté direction de la SNCF, pas une voix s’élève pour défendre l’entreprise. Et pour cause. "Dès 2009, le transport ferroviaire pur va être minoritaire dans le chiffre d’affaire du groupe", affirme en passant son président, Guillaume Pepy, occupé qu’il est à faire changer la SNCF de voie.
Miriam BERGER
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