Le dossier des retraites met le feu aux poudres
Article paru dans La Marseillaise du mercredi 13 octobre 2010
L’Hôtel de Ville du sous-ministre, symbole d’une politique anti-sociale. BRUNO ISOLDA
Manifestation. Trente cinq mille manifestants hier dans les rues de Toulon et un mouvement qui connaît un essor encore
insoupçonné.
Dites trente-trois ! La réforme des retraites, ça vous gratouille ou ça vous chatouille ? Pas besoin de docteur Knock ni de
calculettes pour estimer le flot impressionnant des manifestants hier dans le chef-lieu du Var. 33 000 manifestants selon les organisations syndicales, un peu moins selon la police ça va de soi,
mais surtout un cortège qui prend de court tous les qualificatifs : impressionnant, varié, imaginatif, jeune et surtout déterminé. Dès la mi-matinée place de la Liberté, les organisations
syndicales (CFDT-CFE-CGC-CFTC-CGT-FO-FSU-Solidaires-UNSA-UNEF-UNL) appelant à la manifestation et plus largement à la journée d’action de ce 12 octobre sont sûres d’une chose, sinon plus : la
réussite est au coin de la rue. Et le cortège sera immense, le plus puissant en tout cas recensé depuis le refus populaire du projet de réforme. Le corps vertébré de la manif est présent au
rendez-vous avec l’imposante déferlante des salariés de la Défense, seule grande industrie varoise encore en vie comptant bien « faire bouillir le bitume ». Très vite, on comprend que l’analyse
des syndicats attestant d’un élargissement populaire de la fronde est tout sauf un vœu pieux avec des milliers de jeunes étudiants et lycéens, des familles, un nombre impressionnant de salariés
du privé, Carrefour, Renault, Printemps, la totalité des services publics et une banderole de tête qui résume le problème avec sobriété : « Le projet de réforme, on n’en veut pas. Imposons un
système de retraite juste et solidaire ». Une heure et quart avant que le cortège ne s’ébranle via le « grand » parcours convergeant vers la mairie où un hommage spécial est réservé à l’UMP : tas
de fumier et dédicace à « Un monde pourri », les pompiers se réservant une apostrophe sur la barre du port : « Hubert, les pompiers en ont marre ». La « mère » de toutes les réformes a de toute
évidence enfanté le don de cristalliser toutes les colères. Une colère, oui, mais d’un genre responsable et d’une nature à s’inscrire dans la durée, peut-être tant qu’il le faudra. Jusqu’à samedi
et la nouvelle journée d’action, ça va de soi. Quelque chose se passe, d’inédit et de confortant.
JEAN-FRANÇOIS SICURANI
Les syndicats prennent date pour le 16 octobre
Encore un cran au-dessus. Avec 38 000 manifestants varois, le mouvement contre la réforme des retraites s’est encore élargi.
Mieux que les trois derniers rendez-vous. « Une fois de plus, le gouvernement s’est trompé et paie l’annonce, la veille, du vote du taux plein à 67 ans par le Sénat. La réponse des Français,
elle est dans la rue. Et aujourd’hui à Toulon, nous avons une mobilisation massive », commente Sylvain Brossaud, secrétaire général de l’UD CGT, qualifiant ce mouvement d’ « inédit et
historique ». Mobilisation qui est encore appelée à croître en vue de la prochaine manifestation prévue le samedi 16 octobre (à 14h30 à Toulon et le matin à Draguignan). « En attendant, la CGT
appelle à généraliser dans toutes les entreprises le processus de consultation, d’assemblées générales pour décider des formes d’action dans l’unité la plus large. Et donc de poser partout la
question de la reconduction de la grève », dira le leader syndical varois. Cela commence d’abord par les cheminots toulonnais qui ont décidé de reconduire la grève aujourd’hui, à La Poste où 5
bureaux ont voté la poursuite, ou encore aux Finances publiques (Impôts et Trésor) où le blocage des accueils au public est proposé dès aujourd’hui. Le débat est aussi ouvert du côté des
salariés de l’Energie, du Conseil général, de la Défense. Chez Solidaires, les syndicats devaient se réunir hier. « Il y a une convergence de beaucoup d’éléments pour que le mouvement prenne
encore de l’ampleur. Nous vivons une semaine décisive pour passer le braquet supérieur », estime Pascal Brun, porte-parole de Solidaires. A la FSU, on observe un maintien de la mobilisation. «
Aujourd’hui, deux enseignants sur trois sont grève. Pour nous, l’objectif est de mettre le maximum de gens dans la dynamique de mobilisation », explique pour sa part Emmanuel Trigo, secrétaire
général du Snuipp 83. Et puis il y a les jeunes… représentés par centaines dans les cortèges varois. Tous les lycées de l’agglomération toulonnaise étant bloqués (lire par ailleurs). « Nous
invitons tous les lycéens à la reconduction du mouvement sous toutes les formes possibles », affirme Maxime Martin, responsable de l’UNL 83 et porte-parole du collectif jeunes pour la défense
des retraites. « Nous demandons une réforme qui prenne en compte les années d’études effectuées et qui permette de réduire fortement les inégalités entre les hommes et les femmes », explique
Raphaël Perrin, président de l’UNEF 83 et lecteur de la prise de parole intersyndicale à Toulon, alors que le matin même, les amphis de la fac de Droit avaient été envahis. « Le combat du CPE
nous a enseigné que l’unité et la solidarité inter-générationnelle étaient facteurs de victoire, c'est ensemble et unis que nous gagnerons », ajoute-t-il. Dès jeudi, les étudiants participeront
à une AG à la fac de La Garde pour décider des suites à donner.