Total : « On veut un véritable projet énergétique »
Les salariés de la raffinerie Total des Flandres, menacée de fermeture, ont envahi le site hier matin. Aujourd’hui, un mouvement de grève aura lieu dans les cinq autres raffineries du groupe.
Dunkerque, envoyé spécial
À l’entrée, une inscription : « TOTALement lamentable ». Sur la pelouse, une tombe : « Ici repose la raffinerie des Flandres ». Les locaux de la direction, eux,
portent les traces de la lutte qui s’y est déroulée hier matin. « Ça a poussé un peu pour rentrer, mais pas plus qu’un jour de carnaval à Dunkerque », plaisante Mickaël, installé dans
le bureau du directeur. « Ils ont fait 90 badges anonymes, pour les vigiles qui sont arrivés dans la nuit de dimanche à lundi. Ils ont tenté de nous retenir mais on est passé »,
raconte Christophe, opérateur extérieur. « C’est honteux, poursuit-il. Ils sont 90 à avoir accès à la raffinerie alors qu’ils n’ont aucune formation de sécurité. » Après plus d’un
mois de grève, l’intersyndicale SUD-CGT-FO de ce site classé Seveso a décidé de passer à la vitesse supérieure. En jeu : près de 380 emplois directs et 400 emplois indirects. Les
syndicats réclament en premier lieu « le retrait des vigiles, la mise en place d’un médiateur et le maintien de la direction du site hors des locaux ». « On ne leur fait plus
confiance, lance Sébastien, employé de la raffinerie depuis neuf ans. Quand ils ont arrêté l’activité en septembre, ils nous ont dit que c’était juste conjoncturel. Alors, on est passé à
l’abordage. »
La fermeture n’est toujours pas
officielle
Les grévistes veulent aussi que Total mette cartes sur table car la fermeture n’est toujours pas officielle. La direction a convoqué pour le 29 mars un comité central d’entreprise
extraordinaire pour examiner la situation du site. Pour les salariés, c’est avant tout un moyen de gagner du temps, à l’approche des élections régionales. Car il y a un indice de taille, qui
confirme leur crainte : le « grand arrêt pour maintenance », prévu pour mars, a été annulé. Et s’il n’a pas lieu, la raffinerie n’obtiendra pas les autorisations de reprendre la
production. La confiance est donc rompue entre le groupe pétrolier et ses salariés du Dunkerquois.
Total a promis de reclasser tout le monde et de revitaliser le site en y implantant une école de formation aux
métiers du raffinage et un centre d’assistance technique. Pour David, opérateur spécialisé, « ce sont soit des promesses provisoires, soit un moyen d’épurer progressivement les
salariés ». « Une école et un centre technique, c’est bien, estime Hervé, animateur de formations. Mais pour quelles raffineries ? Total se désengage de la filière en
Europe. » « Nous, ce qu’on veut, c’est un véritable projet énergétique », souligne Philippe Wullens, secrétaire SUD du comité d’entreprise du site.
La riposte se met en place
Hier après-midi, une cellule de crise se réunissait à la sous-préfecture, tandis que les élus du personnel mettaient au point une riposte aux lettres d’assignation que Total pourrait envoyer à
certains salariés pour assurer la sécurité du site. « S’ils tentent un coup comme ça, cela va mal se passer : ça existe le droit de grève ! », déclarait Marc Pigeon, élu
CGT. En solidarité, un mouvement de grève devrait avoir lieu aujourd’hui dans les cinq autres raffineries françaises du groupe.
Medhi Fikri
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