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Thaïlande

Scènes de guerre à Bangkok

L’armée a annoncé mercredi qu’elle mettait fin à l’opération lancée pour évacuer le quartier de Bangkok occupé par les "chemises rouges" à Bangkok, où le couvre-feu sera imposé dans la soirée, où des violences se poursuivaient.

L’armée thaïlandaise est parvenue mercredi lors d’une offensive à prendre partiellement le contrôle du campement fortifié que les opposants occupent depuis cinq semaines dans le quartier d’affaires de Bangkok.

Les militaires ont effectué une percée en forçant une barricade à bord de véhicules blindés lors d’une attaque qui a fait quatre morts, rapporte l’agence Thaï News.

Selon l’agence, deux journalistes ont éte blessés et au autre, un Italien , aurait été tué.

Le gouvernement a affirmé que certains dirigeants de l’opposition avaient fui les lieux et annoncé que les militaires contrôlaient désormais le parc Lumpini, situé dans la partie sud de la zone d’environ trois kilomètres carrés que les "chemises rouges" ont investie début avril pour demander le départ du Premier ministre Abhisit Vejjajiva et la convocation d’élections anticipées.

Même si l’armée parvient à reprendre l’intégralité de la zone, il ne fait guère de doute les "chemises rouges" trouveront d’autres quartiers de la ville ou de sa périphérie pour y tenir des rassemblements, qui risquent d’être de plus en plus violents.

Les militaires ne semblent pas toutefois pas décidés à combattre de front les opposants, ce qui se traduirait par de nombreux morts, mais plutôt à resserrer progressivement leur emprise sur les personnes retranchées.

Les militaires ont fait usage de gaz lacrymogènes et ont tiré à l’arme automatique en direction des manifestants alors que des blindés progressaient vers le campement où se trouvent environ 3.000 partisans de l’ancien chef du gouvernement Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d’Etat en 2006.

Deux manifestants ont été abattus par les soldats dont l’un a été touché à la poitrine alors qu’il tentait d’aider un de ses camarades. Au moins huit personnes ont été blessées, précise-t-on de source hospitalière.

Les opposants ont répliqué en tirant en direction des militaires, a rapporté un journaliste de Reuters. Certains ont mis le feu à des barricades faites de pneus et de bambous et arrosées d’essence, une épaisse fumée noire s’élevant au-dessous des immeubles alentour.

Un conseiller du Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva a exhorté les "chemises rouges" à la reddition mais son appel est resté sans réponse.

"La manifestation doit prendre fin immédiatement et ses dirigeants doivent se rendre et cesser la violence", a dit Korbsak Sabhavasu, chef des négociateurs du gouvernement et conseiller d’Abhisit.

RISQUE DE GUÉRILLA

Les soldats ont appelé les manifestants et les civils présents sur place à évacuer les lieux. "S’il vous plaît, quittez immédiatement la zone. Une opération est sur le point d’être lancée", a déclaré un militaire à l’aide d’un porte-voix.

Selon des témoins sur place, aucun des manifestants ne semblaient quitter le campement. "Nous combattons pour la démocratie", criait un homme muni d’un porte-voix dans un temple bouddhiste où s’étaient réfugiés des femmes et des enfants.

Dans une intervention à la télévision nationale, le porte-parole du gouvernement, Panitan Wattanayagorn, a expliqué que cette offensive visait à resserrer le cordon de sécurité autour du campement principal des "chemises rouges" et à "sécuriser des périmètres dans plusieurs zones de Bangkok". Il a précisé que l’opération allait se poursuivre tout au long de la journée.

Les dirigeants de la contestation ont appelé leurs partisans à ne pas céder à la panique et à ne pas essayer de pénétrer de force dans les immeubles voisins. "Nous ne devons pas provoquer la violence. Nous resterons ici ensemble et nous combattrons ensemble", a déclaré Nattawut Saikua, un des leaders du mouvement, s’exprimant sur une estrade du campement principal.

Deux bâtiments, une filiale de la banque Kasikornbak et un immeuble administratif, étaient en flammes à la périphérie de la zone occupée par les manifestants, rapporte la télévision thaïlandaise signalant la tenue de combats à proximité.

L’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra a déclaré redouter que l’offensive militaire contre ses partisans se transforme en une guérilla capable de se propager à l’ensemble du pays.

"Une théorie affirme que la répression militaire peut propager le ressentiment et les gens animés de ressentiment peuvent se transformer en rebelles", a déclaré Thaksin, joint au téléphone par Reuters.

L’ex-chef du gouvernement qui vit en exil a refusé de préciser l’endroit où il se trouvait actuellement.

Cette opération militaire intervient au lendemain de l’échec de négociations destinées à mettre fin à cinq semaines de troubles qui ont fait 39 morts et près de trois cents blessés.

Les manifestants, qui occupent le centre de Bangkok depuis le 3 avril, demandent la convocation d’élections anticipées et estiment que le chef du gouvernement Abhisit Vejjajiva est arrivé au pouvoir à la faveur d’un scrutin contestable en 2008.

 

Article paru dans l'Humanité le mercredi 19 mai 2010


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Tag(s) : #Monde
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