La chronique de Pierre Ivorra
Suppression de la taxe professionnelle : péril pour l’emploi
La réforme de la fiscalité locale engagée par le gouvernement impliquant notamment la suppression de la taxe professionnelle est pour l’emploi grosse de dangers qui ne sont pas toujours suffisamment cernés. Impôt payé par les entreprises bénéficiant à la fois aux communes, aux départements, aux régions, leur rapportant quelque 28 milliards d’euros par an, la taxe professionnelle représente à elle seule un peu plus de 44 % des recettes de la fiscalité directe locale. Loin d’être imbécile, cet impôt est en vérité le seul qui taxe les biens accumulés par les entreprises (locaux, équipements) et qui, de fait, a pour vertu de pousser les directions à économiser le capital plutôt que le travail. L’incitation n’est pas banale. Elle va en effet à l’encontre du mouvement naturel de la production capitaliste, du type de productivité dont celle-ci est porteuse qui, dans son essor, tend à remplacer l’homme par la machine, à développer l’accumulation de capitaux matériels et financiers pour le profit maximum, au détriment de la croissance et de l’emploi. On comprend dès lors pourquoi cette taxe est depuis longtemps la cible de la droite. Elle est en toute modestie, avec ses limites, un empêcheur d’exploiter en rond. Elle a certes ses insuffisances. C’est la raison pour laquelle les communistes, pour leur part, proposent d’élargir la base de l’impôt aux immobilisations financières des entreprises de façon à dissuader les tentations spéculatives.
La suppression de la taxe professionnelle va avoir d’autres effets anti-emploi. Elle s’inscrit dans une politique d’ensemble de Nicolas Sarkozy de réduction des prélèvements sur les entreprises favorisant leur irresponsabilité sociale, leur appétit pour les profits faciles, la spéculation.
L’impôt prévu en remplacement ne sera pas du même rapport pour les collectivités, qui vont ainsi perdre des ressources. Afin de préserver leur capacité d’investissement elles risquent de se tourner davantage vers les marchés financiers pour emprunter.
Alors que précédemment elles disposaient d’une capacité de financement positive, depuis 2003 elles manquent d’argent et sont donc contraintes de s’endetter. Certaines d’entre elles ont d’ailleurs été conduites à réduire leurs dépenses de fonctionnement et notamment celles de personnel pour rembourser des emprunts « voyous » à des taux exorbitants que des banques sans scrupule leur ont placés. La réforme envisagée compromet le rôle des élus locaux, y compris ceux de droite, comme acteurs du développement de leurs territoires et de l’emploi de leurs concitoyens. C’est aussi pour cela que cela coince.
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