Sida : quand les pays riches rognent sur le financement
Vingt-six ans que le sida tue. Symptôme des inégalités Nord-Sud, la maladie dévaste les pays pauvres. Si la mobilisation a permis des progrès notables en termes de prévention et de soins, la crise économique menace les efforts accomplis. Les pays riches rechignent à honorer leurs promesses.
L’inquiétude est considérable. Associations et scientifiques sont en alerte. Début novembre, un appel « pour une riposte d’urgence » est lancé par 400 chercheurs et médecins, dont le
prix Nobel de médecine, Françoise Barré-Sinoussi. La crise économique mondiale menacerait dangereusement les programmes de prévention et de traitement du VIH. Pis, elle risquerait d’annihiler
les efforts accomplis dans la lutte contre la maladie.
Selon le rapport annuel de l’Onusida, en huit ans, le taux de nouvelles contaminations a baissé de 17 % de par
le monde du fait de la prévention et d’un accès plus aisé aux traitements. Progrès rendus possibles par le développement successif des aides internationales. Toutefois, aujourd’hui, eu égard à
la conjoncture, cette dynamique semble marquer le pas. Foulant ainsi au pied les promesses des pays industrialisés du G8 d’aboutir à une prise en charge universelle des malades pour 2010.
Principales victimes, les pays du Sud, notamment l’Afrique qui demeure le continent le plus touché par le virus avec 22,4 millions de malades.
Une stagnation des aides d’ores et déjà annonçée
De leur côté, les associations de lutte contre le sida comme Act Up, Aides, Sidaction parlent de « coupes budgétaires de 25 % dans les programmes sida des pays pauvres ». De son
propre aveu, Michel Kazatchkine, directeur du Fonds mondial de lutte conte le sida, dans une interview accordée à TV5 Monde, se dit très préoccupé : « Pour la première fois, le fonds
mondial ne pourra répondre à toutes les requêtes (…). Cette année, il nous manquera pratiquement 300 à 400 millions d’euros pour répondre à la demande 2009. » Et d’ajouter :
« Pour 2010, ce sont plusieurs milliards de dollars qui peuvent nous manquer. »
Au rang des premiers responsables, les pays riches, principaux pourvoyeurs de fonds. La crise a engendré une
frilosité chez ces derniers, qui peinent à honorer leurs engagements. Ainsi, aux États-Unis, le plan d’urgence du président pour la lutte contre le sida (Pepfar) a d’ores et déjà annoncé une
stagnation de ses aides, soit 18,8 milliards de dollars pour les deux prochaines années.
Une amertume partagée par les associations
Côté français, les tentations de désengagement sont également présentes. Le 31 octobre, Henriette Martinez, députée UMP, se proposait de réduire la contribution nationale de 5 % au Fonds
mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Objectif de l’opération : dégager des fonds pour les mettre à disposition d’opérateurs français. Les associations de lutte
ont aussitôt dénoncé « un chauvinisme déplacé alors que cet organisme affronte d’importantes difficultés financières ». Devant le tollé, l’élue des Hautes-Alpes retirera sa
proposition d’amendement. Autre tentative, autre sujet de crispation, Unitaid, la taxe de solidarité sur les billets d’avion initiée par les présidents Lula et Chirac. Après une participation à
hauteur de 160 millions en 2008, le gouvernement entend diminuer de 30 % l’affectation française. À ce sujet, vingt parlementaires, dont Marie-George Buffet, ont lancé un appel pour exiger
de la France qu’elle tienne ses engagements (tribune de l’Humanité du 28 novembre). L’Hexagone étant le deuxième pays au monde en termes de fonds alloués, il y a fort à parier qu’un
désengagement de celui-ci impacterait la santé des malades. Et Act Up de rappeler que le VIH tue dans le monde 6 000 personnes par jour ! « Cette situation dramatique est avant tout
liée aux promesses non tenues des leaders des pays riches. » Face à une telle hécatombe, une amertume largement partagée par les associations, s’impose : « Des milliards pour
les banques ; or, si le sida demeure une préoccupation politique, on trouverait les financements adéquats. La crise a bon dos. »
Lionel Decottignies
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