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Article paru le 4 juin 2010 dans l'Humanité

Tribune & idées

Service public des personnes âgées, activités sociales et civilisation

 

Par Paul Boccara, économiste.


Comment conjuguer révolution de la longévité et révolution informationnelle ?

Avec l’opposition à la « réforme » de régression sociale sur les retraites, et des contre-propositions sur les financements, un véritable enjeu de civilisation est en cause.

La révolution de la longévité voit passer en France l’espérance de vie à 81 ans en 2010 tandis que les plus de 60 ans représentent 22,6% de la population et que près d’un habitant sur trois aurait plus de 60 ans en 2050. C’est considéré par les tenants de la domination des marchés comme une charge croissante. On peut, au contraire, penser que ce progrès fondamental converge avec la révolution informationnelle afin de permettre d’avancer vers une autre civilisation.

On instituerait un service public de sécurisation des personnes âgées, seniors en emploi, retraités en activité sociale, dépendants, et de promotion de leurs activités sociales et créatrices hors travail. L’emploi des seniors se rattache à la sécurisation des parcours professionnels, allant vers une sécurité d’emploi ou de formation. Cela demande d’autres crédits à taux très abaissés mais aussi des actions spécifiques contre le faible taux d’emploi des seniors de 50-60 ans tandis que l’âge moyen de cessation de travail est de 59 ans. Certes, des dispositions législatives et réglementaires, avec le plan senior 2010, poussent aux accords d’entreprise et de branche et à des plans d’actions en faveur du recrutement et du maintien en emploi des seniors. Ainsi, les entreprises et établissements publics d’au moins 50 salariés risquent une pénalité financière. Mais on doit avancer au-delà des limites des incitations étatiques et des pouvoirs de négociations.

Un service public peut aussi organiser des actions préventives, modifications de postes, etc., contre l’usure et la montée de la pénibilité au travail, dès 45 ans, outre les départs anticipés en retraite. Il peut soutenir des formations spécifiques et des mobilités sans disqualification. Il peut encadrer des mi-temps, des activités de tutorat et de transmission de compétences, à la différence de retraites couperet, ainsi que des activités adaptées hors travail.

Pour les retraités, la promotion de leurs conditions de vie et de leurs activités sociales concerne le niveau des pensions dès 60 ans, le relèvement des petites retraites et du minimum vieillesse. Avec la montée de leurs activités sociales, déjà s’amorce un renversement de portée révolutionnaire du modèle culturel des retraites. à l’opposé du désengagement, voire de l’exclusion, tout au contraire, se développeraient une disponibilité bien plus grande que dans la période de travail, un renforcement des relations sociales, plus choisies et créatrices.

Cela s’effectuerait, en relation avec la prolifération des associations, de la formation continue. Ainsi pourrait progresser un nouveau continuum tout au long de la vie des activités sociales hors travail : sport, culture, politique, et toutes sortes d’apports à la vie sociale, du local jusqu’au mondial.

Pour les très âgés, autonomes et dépendants, avec une expansion des institutions d’entretien et de soins, il s’agit de la poursuite de relations sociales et culturelles, intergénérationnelles, au lieu de la réduction aux traitements de personnels médicaux, paramédicaux et de soins physiques.

Il convient de dépasser l’opposition entre des effets d’annonce et des diminutions des dépenses publiques. C’est le cas avec le plan grand âge et le plan Alzheimer et les réductions des dépenses, à la suite de la loi Hôpital, patients, santé, territoires, en fermant des services de gériatrie. Pour le soutien des maisons de retraite, les budgets publics, en augmentation, restent bien au-dessous de besoins. Les services aux personnes âgées à domicile, qui augmentent, sont marqués par de graves insuffisances et les inégalités de la privatisation. Et cela malgré le rôle des associations à but non lucratif ou des services impulsés par des conseils généraux.

Le progrès formidable de la productivité de la révolution informationnelle devrait permettre, au-delà de la réduction du temps de travail dans la semaine et dans l’année, sa réduction relative aux deux bouts de la vie, pour l’allongement de la scolarité et pour la retraite active avec l’élévation de l’espérance de vie, dans une avancée de civilisation. Et les activités créatrices de soi et pour autrui, hors travail, favoriseraient encore la productivité nouvelle, en liaison avec un processus de dépassement du travail lui-même.

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Tag(s) : #Services publics
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