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L’Editorial de l’Humanité du mercredi 21/04/2010

Victor Hugo n'aurait pas pu imaginer…


Sarkozy veut supprimer les allocations aux parents et supprime les postes de profs pour les enfants


Par Jean-Paul Pierot


Ministre de l’Intérieur, il vouait les habitants de la cité des 4000 à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) à un nettoyage au « Karcher » et traitait de « racaille » les jeunes d’un quartier pauvre d’Argenteuil (Val-d’Oise). Président de la République en mal de popularité, il est revenu hier sur les lieux de sa démagogie. En allant introniser en personne à Bobigny un membre de son cabinet comme préfet de Seine-Saint-Denis, il annonce, sous couvert de lutte pour la sécurité publique, la guerre contre les familles les plus pauvres, des pères et des mères, et souvent des mères seules, épuisées par la précarité, fragilisées et démunies sous l’effet du chômage. Aux hommes et aux femmes qui ont besoin d’un soutien pour élever leurs enfants, il menace de supprimer les allocations familiales alors qu’ils manquent déjà de tout dans les ghettos sociaux où le libéralisme les tient confinés.

Le motif de la mesure de représailles prêterait à rire, ou plutôt à pleurer : la lutte contre l’absentéisme scolaire ! Si la cause est juste, l’homme qui occupe encore l’Élysée est sans doute le plus mal placé pour punir les parents, lui qui supprime année après année des dizaines de milliers de postes d’enseignants, ne remplace qu’un fonctionnaire sur deux lors des départs à la retraite. « Ouvrez une école, vous fermerez une prison », disait Victor Hugo. Le poète, qui tonnait contre Napoléon-le-petit, n’aurait pu une seule seconde imaginer qu’un siècle et demi plus tard, un chef d’État républicain s’appliquerait à faire l’inverse.

Les habitants de la Seine-Saint-Denis connaissent dans leur majorité l’insécurité, mais celle-ci prend des formes qui ne se résument pas aux effets de la délinquance de jeunes gens en dérive. Ils subissent l’insécurité sociale, l’insécurité d’un lendemain qui se confond avec la fin du mois et c’est là que l’on trouve le terreau des actes de violence inacceptables que l’on rencontre trop souvent. Mais aussitôt une question se pose : qui était ministre de l’Intérieur depuis 2002, puis chef de l’État depuis 2007 ? Nicolas Sarkozy a fait de cette question le thème préféré de sa communication politique. Lui qui parle avec tant de faconde de la politique de résultat, ! Les chiffres sont accablants : les agressions ont augmenté de 3,2% entre 2008 et 2009, soulignait hier le président du conseil général, Claude Bartolone (PS). Le président Sarkozy a-t-il eu jamais l’intention de combattre l’insécurité ? Tout se passe comme si certains départements ou « les quartiers », comme on dit en se bouchant le nez du côté de Neuilly sont maintenus dans un état de discrimination et servent à l’occasion pour la propagande réactionnaire sur le thème toujours fécond des classes et des catégories sociales dangereuses. Et alors la sécurité des citoyens devient un prétexte, quand il s’agit de raconter une histoire à un électorat de droite craintif et désemparé.

La Seine-Saint-Denis ne se plaint pas, elle porte plainte, disait Hervé Bramy, ancien président communiste du conseil général du département. Des centaines de personnalités signaient en ce sens un appel « nous sommes la Seine-Saint-Denis ». Le 93 porte plainte contre les transferts de charges de l’État, contre la réduction des services publics. Le département vient de voter un budget de résistance, une ville comme La Courneuve, sous l’impulsion de son maire Gilles Poux (PCF) se dresse contre les discriminations. Aujourd’hui elle refuse l’instrumentalisation.


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Tag(s) : #Politique
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