Article paru le 14 mai 2010 dans l'Humanité
Réussite scolaire : la Cour des comptes tire l’alarme
Sans concession. Dans un rapport publié mercredi, la Cour des comptes dresse un état des lieux inquiétant de notre système scolaire. Notamment dans ce qui est l’une de ses missions principales : la réussite de tous les élèves. Après trois ans d’enquête dans six académies et trois pays étrangers (Espagne, Royaume-Uni et Suisse), les sages de la rue Cambon en arrivent à une conclusion simple et directe : « La France est le pays occidental le plus éloigné de l’objectif d’égalité des chances. »
Un élève sur six quitte le système sans diplôme
Pour étayer ce constat, la Cour des comptes reprend les chiffres des enquêtes Pisa, publiées tous les trois ans par l’OCDE. En France, un élève sur cinq (21 %) éprouve des difficultés sérieuses en lecture au terme de sa scolarité. Une situation qui s’est aggravée depuis 2000, où ils n’étaient que 15 %. Un jeune sur six quitte actuellement le système scolaire sans aucun diplôme, soit environ 130 000 personnes par an, dont près de la moitié se retrouvent au chômage.
Tout aussi insupportable : la France est le pays où les origines sociales pèsent le plus fortement sur les destins scolaires. En 2008, 78,4 % des élèves provenant de catégories sociales favorisées ont obtenu un baccalauréat général, contre seulement 18 % des élèves d’origine sociale défavorisée. Un écart deux fois plus élevé qu’au Japon, au Canada ou en Finlande. Au final, seuls 24 % d’une génération atteint le niveau licence (bac+3), contre 41 % en Norvège ou 35 % aux Pays-Bas. « L’école en France n’a pas réussi à surmonter le défi de la démocratisation », résume le socialiste Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes.
Les solutions ? Elles ne se trouvent pas, selon la Cour, dans une hausse des moyens financiers et humains, pourtant en chute libre ces dernières années. Avec 3,9 % de son produit intérieur brut dépensés dans l’enseignement scolaire public (contre 4,5 % en 1995), la France se situe juste dans la moyenne des pays de l’OCDE. Cela ne dérange pas Didier Migaud. « Lorsqu’on rapporte les dépenses par élève, précise-t-il, les comparaisons internationales montrent que certains des pays les plus performants, comme la Finlande ou le Japon, figurent parmi les moins coûteux. »
Selon le rapport de la Cour, l’urgence n’est pas de dépenser plus mais de repenser l’organisation du système éducatif en partant, notamment, des besoins spécifiques des élèves. Elle préconise ainsi de « différencier fortement les moyens d’enseignement en fonction des établissements » après avoir « recensé les besoins d’accompagnement individualisé des élèves ». Dans la même logique, elle souhaite donner aux équipes éducatives de chaque établissement la responsabilité de répartir leurs moyens. La Cour veut également encourager la baisse des taux de redoublement : 40 % des élèves de quinze ans ont repiqué au moins une fois, alors que ce système est jugé « inefficace et très coûteux » (2 milliards d’euros par an). Les rythmes scolaires, trop denses, doivent être revus ainsi que les procédures d’affectation des enseignants, dont 48 % débutent sur des fonctions instables de remplacement et 18 % sur des postes difficiles d’éducation prioritaire.
Trop d’effets d’annonce
Enfin, la Cour des comptes prône « un effort exceptionnel » pour les établissements « confrontés à la plus grande difficulté scolaire ». Selon Didier Migaud, l’État se contente trop, en la matière, d’effets d’affichage. « La réalité, c’est que l’éducation prioritaire ne signifie en moyenne que deux élèves de moins par classe, ce qui n’est pas significatif. » Sa solution est toute proche de celle avancée récemment par Nicolas Sarkozy : systématiser les affectations « sur profil » des profs et des responsables.
Laurent Mouloud
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