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Article paru le 15 juin 2010 dans l'Humanité

 

Les mesures qui dérangent les calculs de la droite

Le gouvernement tente de faire croire qu’il va mettre à contribution les hauts revenus et les entreprises afin de faire pièce aux propositions alternatives permettant de financer la retraite à soixante ans dans de bonnes conditions.

« Il y aura une contribution qui permettra à ceux qui sont les plus fortunés de notre pays de participer au financement des retraites », a déclaré le premier ministre, hier, à l’occasion d’une conférence de presse à Oslo. À Paris, Éric Woerth, ministre du Travail, a ajouté  : « Il y aura bien des ressources supplémentaires […] qui concerneront les entreprises. » La droite fait part depuis plusieurs jours de ses velléités d’agir dans cette direction sans pour autant préciser le détail de son projet. Cette mise en scène apparaît comme une tentative pour faire pièce aux critiques des organisations syndicales et des partis de gauche sur le caractère injuste des mesures envisagées, pour tenter d’établir un contre-feu vis-à-vis des propositions alternatives en faveur d’un maintien de la retraite à soixante ans dans de bonnes conditions. La droite sait qu’elle n’a pas convaincu l’opinion. Plusieurs sondages montrent qu’une franche majorité de Français est opposée au recul de l’âge légal après soixante ans. Un tel report va « accroître les inégalités » en défaveur « des salariés qui ont commencé à travailler jeunes et eu des métiers pénibles », a d’ailleurs répété hier François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, interrogé sur RMC/BFM TV hier. Martine Aubry a fait dimanche des déclarations dans le même sens sur France 5, affirmant que toucher aux soixante ans, « c’est la ligne rouge absolue ». « En même temps, on ne veut pas toucher les stock-options, le patrimoine, le capital, ceux qui s’en mettent plein les poches », a-t-elle ajouté. Hier, en écho, le Parti socialiste, par la voix de son porte-parole, Benoît Hamon, a souligné que « ce sont les salariés qui vont supporter la totalité du coût de cette réforme » qui « sera agrémentée d’un ou deux éléments de communication pour la rendre digeste ». C’est aussi le sentiment de Marie-George Buffet. La secrétaire nationale du PCF a fait remarquer hier que, « depuis des semaines », le « gouvernement amuse la galerie », veut donner à croire qu’il procède à une véritable concertation alors qu’il a son « projet dans la poche ». Elle a souligné également « qu’il y a des solutions alternatives » comme de « faire cotiser les revenus financiers au même niveau que les salariés, arrêter les exonérations de cotisations patronales ».

La volonté de promouvoir des mesures à la fois de justice et d’efficacité inspire les projets des deux formations de gauche ayant présenté les mesures les plus détaillées concernant le financement de la retraite, le Parti socialiste et le Parti communiste français. Pour sa part, le PS préconise de taxer les revenus financiers des particuliers  : bonus, stock-options, l’intéressement et la participation, et d’appliquer la CSG aux revenus du capital des ménages actuellement exonérés.


Le jeu du gouvernement et son théâtre d’ombre


Concernant les entreprises, ses propositions sont limitées. Il se prononce pour la remise en cause de la défiscalisation des plus-values sur les cessions de filiales et l’augmentation de la contribution sur la valeur ajoutée. Ces dispositions rapporteraient 19 milliards d’euros en 2010. Deuxième volet, le PS est favorable à « une augmentation modérée et étalée dans le temps des cotisations patronales et salariales à partir de 2012 » qui rapporterait 12 milliards d’euros en 2025. Il avance en outre d’autres mesures qui, selon lui, pourraient permettre de prendre en compte des besoins nouveaux et rapporter des ressources supplémentaires  : réactivation du Fonds de réserve des retraites créé par Lionel Jospin, amélioration de l’emploi des seniors, possibilité de retraite à la carte…

Le PCF entend, lui, taxer les revenus financiers des banques et des entreprises, un « pactole » de 305 milliards d’euros en 2009 qui, s’il était taxé comme le sont les salaires, pourrait rapporter chaque année 24 milliards d’euros. Mais le cœur de ses propositions touche à l’emploi. Il est favorable à réforme de l’assiette des cotisations et à une hausse des cotisations patronales. Partant du constat que c’est l’emploi qui permet à la fois de dégager des richesses et d’assurer le financement de la Sécurité sociale, il préconise un dispositif qui ne ferait pas seulement de la cotisation un prélèvement, mais aussi une incitation à créer des emplois, à favoriser l’élévation des qualifications et des salaires. Il faut rappeler que 100 000 emplois créés, c’est 1,5 milliard de plus pour la Sécurité sociale. Sa proposition revient à moduler les cotisations des entreprises en fonction de leur politique de création d’emplois utiles et de la part des salaires dans leur valeur ajoutée. L’impact de ces alternatives dans l’opinion explique le jeu du gouvernement et son théâtre d’ombre.

En principe on doit en savoir davantage dans la soirée d’aujourd’hui, lors de la remise des propositions gouvernementales aux syndicats. Éric Woerth doit présenter publiquement le projet mercredi.

Pierre Ivorra

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Tag(s) : #Retraites
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