Ce week-end, des milliers de citoyens, venus de tout le pays, vont reprendre le fameux maquis des Alpes. Rencontre avec quelques piliers du collectif Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, organisateur de ce rassemblement depuis 2007. Pour eux, il s’agit désormais de passer de l’indignation à l’alternative…(à lire: Les citoyens résistants ont rendez-vous au plateau des Glières [1])
Thorens-Glières, 17 heures. Devant la presse, les grands résistants, premiers signataires de l’appel de Thorens-Glières, brouillent un peu le message de leur affichage commun. Au cœur de la passe d’armes, «l’Europe», défendue comme horizon incontournable par Stéphane Hessel, et honnie en chœur par Léon Landini (résistant FTP-MOI à Lyon) et Pierre Pranchère (résistant FTP en Corrèze), dirigeants du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF).
«Comme le disait de Gaulle, la France est un grand pays, il faut que nous décidions tous seuls », lance, par exemple, Léon Landini. «Vous avez tout à fait raison de dire que l’Europe telle qu’elle fonctionne va dans le mur, mais elle n’est pas la seule, toutes les sociétés vont dans le mur, répond Stéphane Hessel. Nous devons donc y résister, mais nous ne nous en sortirons pas seuls, c’est un succès de ne plus nous déchirer, mais cette Europe ainsi construite doit devenir un lieu où les valeurs du CNR ne soient plus bafouées, mais appliquées…»
Thorens-Glières, 15h30. Tour à tour, sur une tribune de fortune, devant une forêt de parapluies, les résistants d'hier et citoyens lisent un morceau chacun de l'appel de Thorens-Glières.
- A lire: l'appel de Thorens-Glières:
"Le 8 mars 2004, treize vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France libre lançaient un « Appel aux jeunes générations » dénonçant notamment « la remise en cause du socle des conquêtes sociales de la Libération ». Cette tendance régressive s’accélère dramatiquement. Nombre de citoyennes et citoyens s’en indignent. Partout la prise de conscience que les valeurs, toujours actuelles, incarnées en 1944 dans le programme du Conseil National de la Résistance (CNR), ouvrent l’espoir qu’un mieux-vivre ensemble est possible."
"Il est aujourd’hui concevable de définir un nouveau "programme de la Résistance" pour notre siècle. Au lieu de cela, le débat public qui s’annonce avec les élections de 2012 semble privilégier les manœuvres politiciennes au service d’intérêts particuliers sans traiter des causes politiques des injustices sociales, des raisons des dérégulations internationales, des origines des déséquilibres écologiques croissants. Comme en 2004, nous souhaitons que tous les citoyens, tous les partis, tous les syndicats, toutes les associations participent à l’élaboration d’un projet de société du 21e siècle en repartant du programme du CNR, Les jours heureux, adopté le 15 mars 1944. Ce programme politique constitue toujours un repère essentiel de l'identité républicaine française.
Avec l’association Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui (CRHA), nous appelons tous les partis politiques, toutes les candidates et candidats à un mandat public dans le cadre des élections présidentielle et législatives de 2012 à prendre trois engagements qui mettront réellement en application la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité ». Lire ici la suite de l'appel de Thorens-Glières... [3]
Thorens-Glières, samedi 11h30. Organisé par le collectif Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui [1], le week-end de débats et de prises de paroles commence dans quelques heures. Alors que, demain, c’est la montée sur le plateau des Glières, aujourd’hui, toutes les activités se déroulent à Thorens-Glières. Dans la petite ville de Haute-Savoie, les participants commencent à arriver, des quatre coins du pays. Jean-Yves, un paysan corse qui tente de créer une petite « poche de résistance » près de Vico, à l’instar de ce qui se fait aux Glières, raconte qu’il a passé la nuit à « refaire le monde » : « C’est sûr que nous, on ne risque pas de le défaire ! »
A la fenêtre d'une caravane, sur le parking, le message est on ne peut plus clair. Il synthétise un peu l'esprit des Glières, déjà retrouver les valeurs essentielles: "Liberté, égalité, fraternité! Après, nous verrons..." C'est aussi peut-être la limite du rassemblement.
- A lire: Au Glières, la résistance se conjugue au présent [6]
Les citoyens résistants viennent souvent de loin. Ici, une chorale féministe en lutte, les Josettes rouges, débarquent du Havre (Seine-Maritime), en compagnie de Pierre Lebas, secrétaire de l'union locale CGT du Havre. Dans leurs bagages, ils ont pris quelques tracts pour l'anti-G8 de la semaine prochaine. Petite ironie de l'histoire, c'est lors de l'anti-G8 d'Evian en 2003 que quelques-uns des piliers hauts-savoyards du collectif Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui (CRHA) avaient noué quelques liens solides...
Au programme, aujourd'hui, au-delà de l'appel de Thorens-Glières, une conférence sur Ambroise Croizat par Michel Etiévent, une discussion sur les "résistances dans l'entreprise" avec Gérard Mordillat, Xavier Mathieu et Charles Piaget, une autre sur la désobéissance pédagogique des instituteurs avec Alain Refalo... Des projections au cinéma avec Robert Mencherini, historien, spécialiste des réquisitions de Marseille.
- à lire à propos de Robert Mencherini:
-->"Les grèves reconductibles ne sont pas une nouveauté sur le port de Marseille" [9], entretien avec Robert Mencherini
-->1944: Et Aubrac lança les réquisitions à Marseille [10]
Consigne impérative: "En cas de danger, appuyez sur le bouton rouge!"
A Thorens-Glières, dans l'entrée de la salle Tom Morel, du nom du chef du bataillon des Glières, un détail de l'exposition "Maquisarbres", montée avec des lycéens de Meymac (Corrèze). Sept jeunes ont fait le voyage [13], des maquis du Limousin à celui des Glières.
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