Le 23 juin 2011, le Parlement européen a voté en première lecture un texte qui renforce le pacte dit de stabilité et de croissance, accroît la surveillance des budgets nationaux, et augmente les sanctions à l’encontre des pays qui ne respecteraient pas les règles de l’austérité. Les 23 et 24 juin, les chefs d’État et de gouvernements de l’Union européenne (UE) ont tenu un Conseil européen où ils ont confirmé la fuite en avant néolibérale, par exemple en s’engageant à accentuer la soumission générale de leurs différents pays à l’exigence de compétitivité internationale et en exprimant leur «détermination à faire avancer le processus de libéralisation des échanges». Dans ce cadre, ils ont rappelé que la recherche et l’enseignement supérieur «nécessiteront des mesures supplémentaires». Une semaine plus tard, ce jeudi 30 juin, la Grèce doit entériner un nouveau plan d’austérité imposé par l’UE.
Cette Union européenne, construite sur les principes de la concurrence généralisée, au bénéfice du pouvoir et des privilèges de l’aristocratie capitaliste, ne pouvait que mener à la dégradation sociale et à la dévastation de l’environnement, et déboucher sur une crise majeure, qu’annonce de longue date de trop rares économistes ayant échappé à la stérilisation de la pensée par une mathématisation outrancière croisée aux dogmes néolibéraux. Une crise majeure, lourde de conséquences humaines. Nous y sommes, et la révolte monte, sous la forme du mouvement des Indignés, de plus en plus déterminés.
Bien sûr il faudra libérer l’Europe de la puissance des marchés financiers. Des propositions, hier qualifiées d’irréalistes, occupent aujourd’hui le devant de la scène : taxation des transactions financières ; emprunt des États directement auprès de la Banque centrale européenne (BCE), etc.
Mais, cela ne suffira pas à libérer les pays membres de l’UE du poids d’une dette partout excessivement élevée au regard du potentiel de croissance, car cela ne brisera pas le dumping intra-européen sur la fiscalité des entreprises, et plus largement sur les prélèvements obligatoires opérés sur le capital. Les services publics et la protection sociale resteraient ainsi victimes de la crise des finances publiques. Il est urgent de libérer l’Europe de ce dumping, et donc de fermer les paradis fiscaux, de mettre en place un taux d’imposition minimal sur les bénéfices des entreprises, etc.
Restera alors la concurrence, ce principe cardinal de l’UE, dont le marché intérieur n’a souvent d’intérieur que le non, puisque les biens et services sont toujours plus nombreux à être échangés librement sur un marché mondial, au demeurant sans règles fiscales, sociales ou environnementales. D’où une pression sans cesse aggravée des marchés mondiaux sur les politiques de l’UE et de ses États membres. Pour y mettre un terme, doit être mise en œuvre une autre politique d’échanges internationaux, basée sur des coopérations et la satisfaction des besoins réciproques des populations, dans un esprit de solidarité, à l’antipode des dominations impérialistes.
L’UE a été un fer de lance de la mise en place de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avec pour objectif la disparition des marchés nationaux ou européens au bénéfice d’un vaste marché mondial, couvrant de plus en plus de secteurs, dont la santé, l’éducation, voire la culture. D’où le slogan altermondialiste «Le monde n’est pas à vendre». Lequel n’a rien perdu de son actualité. Aujourd’hui, opérant une symétrie salvatrice, l’Union européenne doit être le moteur d’une libération de l’humanité du joug de la concurrence généralisée.
Pour ce faire, une condition nécessaire sera de réduire le volume des importations, dès lors qu’elles sont sources de tensions géopolitiques. En particulier, une certaine indépendance énergétique est à construire, notamment à l’égard des énergies fossiles. L’Union européenne n’a que trop tardé à prendre à bras-le-corps la question du développement des énergies les moins polluantes et celles de l’efficacité et de la sobriété énergétiques. Ainsi, en ces domaines, la recherche et l’investissement public restent dérisoires au regard de l’enjeu du réchauffement climatique et de celui des conflits et guerres du pétrole.
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