Pour sa première déclaration après sa désignation à la direction générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde a appelé lundi soir la droite grecque à accepter le nouveau plan d’austérité du gouvernement socialiste, imposé par l’Union européenne et le FMI. Elle s’est également engagée à œuvrer dans la continuité de son prédécesseur Dominique Strauss-Kahn. « Il est évident que le libéralisme (...) tradition du Fonds monétaire international, a été très nettement atténué par des changements, des réformes, une approche différente qu’a mis en place et qu’a soutenus Dominique Strauss-Kahn. Cela me paraît correspondre à ce que j’appelle le libéralisme tempéré, dont je me réclame », a-t-elle ajouté. Le propos indique une volonté de prendre en compte la nouveauté de la situation mondiale depuis la crise de 2007-2008 qui a montré clairement la nécessité d’une intervention publique massive face à la folie des marchés. Certes, des changements ont été opérés au FMI sous la direction de Dominique Strauss-Kahn, mais comme le notait récemment dans nos colonnes Pedro Paez, président de la Commission pour la nouvelle architecture financière régionale de l’Equateur, « cette réforme n’est pas allée jusqu’à changer la nature, l’essence du rôle du FMI qui est de domestiquer les économies nationales en faveur de la hiérarchie financière internationale ».
On touche là aux limites de ce que pourra être l’action du FMI sous la houlette de l’ancienne ministre française de l’économie. En raison même de l’organisation actuelle du Fonds, de la prédominance de l’idéologie néolibérale au sein des élites dirigeantes mondiales, l’exigence d’une transformation radicale du FMI et de son action sera dans les années qui viennent principalement portée par des forces qui ne sont représentées que très indirectement en son sein : les peuples eux-mêmes. Ainsi, les résistances à travers le monde aux politiques visant à faire payer aux populations l’addition de la crise, celle notamment des Grecs, la demande insistante même si elle est souvent désordonnée des pays émergents à être mieux représentés au sein du FMI, les débuts de remise en cause de l’hégémonie du dollar, contribuent bien davantage à « bouger » l’institution que les discours passés de Dominique Strauss-Kahn et ceux à venir de Christine Lagarde.
Cette dernière s’est engagée la semaine dernière, devant le conseil d’administration du Fonds, à « adapter sans relâche la représentation des pays au sein du FMI (…) à l’évolution des réalités économiques ». Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait en premier lieu en finir avec l’hégémonie des Etats-Unis au sein des instances de l’institution. Avec 16,5 % des droits de vote, ils ont la possibilité de mettre leur veto à toute décision stratégique qui, selon les statuts, doit recueillir au moins 85 % des suffrages. Deuxième impératif, lié au premier : la nécessité de dégager le système monétaire international de la domination du dollar, actuellement monnaie de référence. Grâce à ce statut unique du billet vert, les Etats-Unis peuvent vivre à crédit aux dépens du reste du monde.
Ce privilège du dollar commence à être remis en cause. En 2009, les autorités chinoises ont réclamé la création d’un nouvel instrument de réserves international à partir des droits de tirage spéciaux du FMI. Plusieurs grands pays émergents ont soutenu cette demande. La constitution de zones de coopération monétaire dans plusieurs parties du monde traduit également cette volonté d’en finir avec l’hégémonie monétaire des États-Unis. En Amérique latine, la constitution d’une monnaie commune, le SUCRE, par les pays de l’« Alliance bolivarienne pour les peuples des Amériques » (Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua, République dominicaine, Equateur) a ainsi un caractère fortement progressiste. Pour s’émanciper complètement du dollar cependant, ces zones monétaires ont besoin de coopérer entre elles. Pour cela, il leur faut travailler à l’élaboration d’un instrument monétaire commun, autre que le dollar. L’obstacle à une telle perspective n’est pas technique mais politique. Instaurer un pouvoir des peuples sur les décisions relatives aux relations monétaires mondiales, ce ne peut être que le résultat de luttes.
Attac ne succédera pas à DSK
De boutade, sa candidature est devenue symbole. Sans surprise, Aurélie Trouvé, coprésidente d’Attac, ne succède pas à Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI. « Cette décision élude tout débat sur une réorientation radicale du Fonds », a commenté Attac après la nomination de Christine Lagarde. L’association maintient la candidature Trouvé du fait des soupçons judiciaires qui pèsent sur l’ex-ministre de l’Économie. « Le fonctionnement de l’institution est resté le même. C’est toujours : un dollar = une voix, si bien que les États-Unis, avec plus de 17 % des voix, disposent d’un droit de veto qui leur permet de contrôler le FMI, où les grands pays de l’Union européenne jouent aussi un rôle majeur. »
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