Un document historique : quand Sarkozy soutenait le dictateur Ben Ali.
Tunis (Tunisie) - Lundi 28 avril 2008.
Dîner d’État offert par Zine el-Abidine BEN ALI, président de la République tunisienne.
ALLOCUTION DE LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE NICOLAS SARKOZY :
"Monsieur le Président de la République,
Signataire des grandes conventions des Nations unies, votre pays s’est engagé dans la promotion des droits universels et des libertés fondamentales, en respectant — et, Monsieur le Président de la République, j’y suis très sensible parce que c’est une question qui m’a toujours passionné — un moratoire strict sur la peine capitale, à laquelle naturellement j’ai toujours été opposé à titre personnel. Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse.
Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer et qui font écho à ce que disait déjà feu le président Bourguiba lorsqu’il confiait : « Je suis réaliste. Être réaliste, c’est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible. » Je sais d’où vous venez, Monsieur le Président de la République, d’où vient la Tunisie et la Tunisie peut se comparer sans rougir à tant d’autres pays.
Ces signaux, ces réformes s’inscrivent sur un chemin, étroit et difficile, mais essentiel, celui de la liberté et du respect des individus sans lesquels un pays n’est pas un grand pays.
Ce chemin, aucun pays ne peut prétendre l’avoir entièrement parcouru et personne ne peut se poser en censeur. Je viens d’un continent dont l’histoire, y compris l’histoire récente, recèle des tragédies abominables et je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons. J’ai pleinement confiance dans votre volonté de voir continuer à élargir l’espace des libertés en Tunisie. Nous en avons parlé vous et moi.
Je veux dire pour terminer ma conviction que sur la base de la relation de confiance qui existe entre la Tunisie et la France à laquelle je suis très attaché, nous pouvons bâtir ensemble un avenir meilleur. C’est l’enseignement que nous devons conserver d’un Tunisien illustre, le poète latin d’origine berbère TÉRENCE, qui avait coutume de dire : « Je suis un Homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger. »
Un avenir meilleur pour nos enfants, qui passe par le règlement des conflits au Proche-Orient. Il ne faut pas que l’espoir retombe ; je l’ai dit à mes amis israéliens : la sécurité d’Israël passe par l’arrêt complet de la colonisation (être un ami, c’est dire ce que l’on pense) ; cela passe aussi par la création d’un État palestinien moderne et viable ; cela passe également par la sécurité garantie à l’État d’Israël. Je n’ai pas deux discours, un discours à Paris et un autre discours dans d’autres capitales.
Je veux aussi et enfin rendre hommage, Monsieur le Président de la République, à votre lutte déterminée contre le terrorisme, qui est le véritable ennemi de la démocratie. Et croyez bien que pour la France, la lutte contre le terrorisme engagée ici, c’est important. Car qui peut croire que, si demain, après-demain, un régime de type taliban s’installait dans l’un de vos pays, au Nord de l’Afrique, l’Europe et la France pourraient considérer qu’elles sont en sécurité ? Et j’appelle chacun à réfléchir à cela. C’est bien la raison pour laquelle je souhaite que l’énergie du futur, le nucléaire, des pays comme le vôtre puissiez y accéder parce que, grâce à l’énergie du futur, on aura le développement et la croissance donc la misère reculera.
Vous savez parfaitement que les terroristes se nourrissent de la misère et de l’exploitation des peuples et c’est par le savoir et par la croissance qu’on luttera contre les terroristes. Je sais aussi qu’on ne combat pas les terroristes (j’ai été ministre de l’Intérieur) avec les méthodes des terroristes et c’est pourquoi je suis si attaché à la coopération entre nos services.
La France est fière d’être le premier partenaire de la Tunisie dans tous les domaines. Soyez convaincu, Monsieur le Président de la République, qu’elle entend rester résolument aux côtés de la Tunisie pour vous aider à poursuivre l’œuvre de modernisation et de développement qui est la vôtre. Et je mesure bien ce que cela peut représenter comme effort dans un pays comme le vôtre que de tirer toute la société vers le développement, vers le savoir et vers le respect des individus. La relation entre nos deux pays est faite de confiance, de respect, d’estime et d’amitié. Elle est tournée vers l’avenir.
C’est fort de cette conviction, Monsieur le Président de la République que je veux lever mon verre à votre bonheur personnel, au bonheur de votre famille, si cruellement endeuillée il y a peu de temps, lever mon verre au bonheur de votre peuple et de la Tunisie et vous dire, Monsieur le Président de la République, au nom de la délégation que je conduis et, si elle le permet, au nom de mon épouse, combien nous avons été sensibles à la chaleur de votre accueil.
Mesdames et Messieurs, vive la Tunisie ! Vive la France ! Vive l’amitié entre les peuples tunisien et français !"
Nicolas Sarkozy.
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