Une cérémonie empreinte d’émotion et de respect. PHOTO MIGUE MARIOTTI
Obsèques. Une foule nombreuse a rendu un dernier hommage à l’élue communiste des quartiers Nord.
Jeanine Porte repose désormais au cœur de ces Quartiers Nord de Marseille qu’elle a
passionnément incarnés pendant des décennies. Ils étaient plusieurs centaines, hier après-midi au cimetière de Saint-Louis, à accompagner celle qui fut députée et
conseillère générale pour son ultime voyage en ces terres du Marseille populaire. Dans cette foule, la tristesse et l’émotion de perdre un être cher se mélangeaient à la
fierté d’avoir connu une femme à l’humanisme contagieux.
Parmi eux, des personnalités et des élus communistes, socialistes, de gauche qui ont partagé ses combats. Présents ou excusés mais ayant adressé un message, tous
évoquent chez Jeanine Porte « le courage et l’intégrité. « Une femme aux qualités humaines exceptionnelles, une élue attachée au service de ses concitoyens » se souvient
le président du Conseil général, Jean-Noël Guérini. « Rien ni personne ne pouvait faire reculer Jeanine dans la défense des droits des salariés » considère Jean-Marc
Charrier, le président du groupe communiste au conseil général dont Jeanine Porte fut membre pendant 35 ans. « Une combattante infatigable et généreuse », souligne la
sénatrice communiste Isabelle Pasquet. « Une féministe résolue », précise Marie-George Buffet. « Une militante passionnée qui s’est élevée contre toutes les répressions
» remarque Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF.
Parmi eux encore, des militants communistes, des syndicalistes, des animateurs d’association, et beaucoup de gens « d’en bas », de ce « petit peuple de Marseille » dira
le secrétaire de la fédération communiste, Pierre Dharréville dans son discours d’hommage. Avant lui, Marie-Jo Cermolacce rappelle que Jeanine Porte a « su garder
intactes ses capacités de révolte » au milieu « du peuple qui travaille, qui souffre mais qui lutte pour son dû ». En 1978, lorsque Jeanine Porte prend le relais de Paul
Cermolocce à l’Assemblée nationale, elle « n’a jamais oublié les travailleurs du Port » dont elle est le porte-parole assidu à la tribune du Palais-Bourbon.
Pendant tant d’année, ajoute Pierre Dharréville, « elle a incarné un formidable espoir enraciné dans le quotidien. (…à Sa vie était pleine de celle des autres. Jeanine,
c’était quelqu’un comme on dit chez nous ». Il évoque la trajectoire de « cette fille d’immigré italien, coutière et femme de métallo de La Cabucelle» devenue « une
dirigeante nationale » du PCF. « Je ne dis pas cela pour raconter une belle histoire qui érigerait le mérite en valeur, précise Pierre Dharréville. Je le dis parce que
c’était sa place de femme du peuple d’être là. Je le dis au moment où l’on voit à l’œuvre une certaine manière de pratiquer la politique, à rechercher les petits
arrangements et à se lover dans les bras des puissants ».
Pendant toutes ces années, ajoute Pierre Dharéville « Jeanine a écrit des pages glorieuses pour notre République. Elle a fait rayonner l’idéal communiste et l’espoir
d’un monde plus juste, débarrassé des pulsions de domination et du capitalisme. (…) Je veux dire ici que ce combat n’est pas achevé et que nous saurons le poursuivre,
ici-même, en nous nourrissant de la force de Jeanine, de son courage, de ses racines ».
C.D.
Les personnalités présentes
n Impossible de citer toutes les personnalités présentes aux obsèques de Jeanine Porte. Parmi elles, on citera André Molino, maire de Septèmes, Jean-Marc Coppola,
vice-président du conseil régionale, Michel Pezet, Lucien Weygand, ancien président du conseil général, les conseillers généraux socialistes Michel Pezet, Denis Rossi,
Jean-François Noyes, Rebia Benarioua ; Jean-Marc Charrier président du groupe communiste du conseil général ; Joël Dutto, ancien conseiller général communiste; Nathalie
Lefevre et Alain Hayot, conseillers régionaux communistes ; Roger Ruze, adjoint du 8ième secteur qui représentait la maire du secteur Samia Ghali ; Robert Allione,
ancien vice-président du conseil régional ; Louis Minetti, sénateur honoraire ; Pascal Posado, ancien maire du 8ème secteur ; Paul Biaggini, ancien directeur de La
Marseillaise ; Sophie Celton, membre du conseil national du PCF ; les conseillers municipaux communistes de Marseille Frédéric Dutoit, Marie-France Palloix, Valérie
Diamanti, Marion Honde, Marc Poggiale…
La boussole de son
action
Billet
En regardant le beau portrait de Jeanine Porte placé au centre de la cérémonie, je n’ai pu m’empêcher de penser à ce flot d’informations qui depuis les premières heures
de la matinée n’évoquaient que corruption, conflit d’intérêt, consanguinité entre grosses fortunes et une partie des élites politiques. Jeanine Porte aurait détesté ces
dérives nauséabondes de la société du fric-roi. Pour des raisons de justice, d’éthique, de morale. Mais pas seulement. Ce n’était pas son monde. Peut-être, même,
aurait-elle eu des difficultés à comprendre que des hommes et des femmes puissent s’abaisser à pareil détournement de l’intérêt général. Tant ces agissements se situent
à des années lumière de sa conception de la vie en société, du développement de l’Humanité. Pour ceux qui pouvaient encore en douter, la vie de Jeanine Porte a montré
que le communisme est avant tout un humanisme. Dans son sens le plus simple : rien n’est plus important que l’épanouissement des hommes et des femmes. Dirigeante du PCF
ou élue des quartiers Nord de Marseille, cette conviction arrimée au plus profond d’elle-même a été sa boussole pour l’action. La politique politicienne, ce n’était pas
son affaire. Sa mission la conduisait, partout et toujours, aux côtés des plus démunis, des locataires expulsés, des salariés licenciés, des femmes maltraitées, des
enfants abandonnés. Mais attention, elle n’organisait pas la charité. Elle poussait à la lutte, à la remise en cause du système, à la quête d’un monde plus juste. Chez
Jeanine Porte, le discours politique et l’action quotidienne ne faisaient qu’un. Sans hiérarchie de l’un sur l’autre. Très rigoureuse, exigeante avec elle comme avec les
autres, elle savait, elle la couturière, qu’ambitionner de transformer le monde demande de le connaître. D’où sa soif de savoir, de connaissance, de travail. Je la
revoie encore, dans son bureau, écrire et réécrire des discours, prendre des pages de notes sur un article, un livre, une réunion. Dirigeante nationale du PCF dans ces
années 70 et 80 où la crise du parti se met en place, elle n’a pu en analyser ni les raisons ni la profondeur. Comme beaucoup d’autres. Mais jamais, elle n’a tremblé
dans la défense de son idéal et de sa conception de la politique. C’est pourquoi Jeanine Porte restera un exemple pour tous les militants de la transformations
sociales.
CHRISTIAN DIGNE
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