Pauvreté en Europe : "En Hongrie, on emprisonne les SDF"
Rédaction Web
16 Avril, 2013
La criminalisation des sans-abri augmente partout en Europe, alertent les associations d’aide aux sans-abri qui lance une campagne "la pauvreté n’est
pas un crime".
La seule main tendue aux 400 000 sans-domicile recensés en Europe est souvent celle d’un policier. Avec pour seule intention, souvent, de les chasser vers un
autre trottoir, une autre parcelle de macadam, un autre porche ou une autre sortie de garage. N’importe où pourvu que l’on ne voit plus la misère de notre monde. Une triste réalité
dévoilée par le clip de la campagne européenne « la Pauvreté n’est pas un crime », relayée depuis une semaine en France par le mouvement Emmaüs.
Car « la criminalisation des sans-abri augmente dans la majorité des Etats-membres », alerte Freek Spinnewijn, directeur de la Fédération
européenne d'associations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA) : « On emprisonne même les sans-abri dans certains pays. Comme en Hongrie, où
le gouvernement de Viktor Orban [1] a fait changer la constitution pour interdire à toute
personne le fait de dormir dans l’espace public. » Des mesures en totale contradiction avec la Convention européenne des droits de l’homme, la Charte des droits fondamentaux de
l’Union européenne ou même la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées ont dénoncé vendredi à Budapest la FEANTSA, le réseau Housing Rights Watch [2], et la Ville
est pour tous [3], une association hongroise d’aide aux personnes sans-abri.
Cette répression de la misère n’est pas une spécialité magyare. Mendier devant un distributeur de billet ou les façades de magasins à Dublin peut se traduire
par des amendes allant jusqu’à 500 euros, depuis une loi du 11 janvier 2011. Même chose à Ljubiana ou Vilnius.
« Ailleurs, reprend Freek Spinnewijn, le phénomène est assez invisible, car il reste au niveau local. » Le règlement de police de Rotterdam
interdit par exemple le vagabondage, et d’autres villes néerlandaises ont proscrit la consommation d’alcool dans la rue pour faire fuir les sans-abri. Des mesures similaires ont été
prises par des landers en Autriche, jusqu’à une décision contraire de la cour constitutionnelle datant de janvier 2013. La France n’est pas en reste, avec des arrêtés
« anti-mendicité », « anti-bivouac » ou « anti-glanage » qui fleurissent dans de nombreuses villes (Argenteuil, Boulogne-sur-Mer, Bordeaux, Chartres,
Colmar, Marseille…). Ces textes, souvent illégaux, sont si nombreux qu’il est extrêmement difficile pour les associations de les recenser de manière exhaustive... (1)
« Ces pratiques ne servent strictement à rien, et compliquent même l’insertion future des SDF, qui doivent parfois rembourser des amendes dès
qu’ils parviennent à sortir de la rue », dénonce Freek Spinnewijn. Pourquoi un tel acharnement ? Punir les SDF n’a selon lui qu’un seul but : « masquer la
faillite de leur propres politiques d’insertion et surtout rendre invisible la montée de la pauvreté. »
La tentation est grande. Le « sans-abrisme » a explosé avec les plans d’austérité. En Grèce, des centres d’hébergements ont vu afflué 30 % de
demandes supplémentaires depuis le début de la crise, et ce, alors qu’ils manquaient déjà de places suffisantes. En Espagne, l’agence de statistiques officielle a recensé une augmentation
des personnes à la rue de 15,7 % entre 2008 et 2011, près du double à Barcelone. Même dans la « vertueuse » Allemagne, leur nombre est passé 227 000 à 248 000 sur
la même période (soit une hausse de 10 %).
Des solutions existent, plaide pourtant la FEANTSA, qui cite en exemple l’Ecosse ou la Finlande, où d’ambitieuses politiques sociales ont permis, malgré la
crise, de diminuer drastiquement la part de SDF.
La commission européenne, elle même, a appelé fin février à cesser de pénaliser les sans-abri, adoptant même une recommandation « pour
que les États membres développent des stratégies dirigées vers le logement ». Mais voilà. « Ce texte préparé par Laslò Andor, commissaire aux affaires sociales, que l’on appelle
Paquet Investissements sociaux en faveur de la croissance et de la cohésion, est en parfaite contradiction avec les plans d’austérité soutenus par Olli Rehn, le commissaire
européen aux affaires économiques », dénonce Freek Spinnewijn. Une incohérence que l’on retrouve au Parlement européen, où la majorité des 600 députés ayant voté une résolution
pour une stratégie européenne intégrée sur le sans-abrisme ne se sont pas opposés aux mesures d’austérité...
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Emmaus appelle les Français à signaler de telles pratiques sur le site de la campagne nationale.
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En vidéo : la campagne d'Emmaüs, "la pauvreté n'est pas un crime"
[4]
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Pierre Duquesne
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