Article paru dans la Marseillaise du vvendredi 6 novembre 2009
Photo archives LM
L'enquête du Secours catholique révèle que les femmes sont de plus en plus victimes de la
pauvreté. « Ce n'est pas nouveau », explique un responsable. « Mais la tendance s'accélère ». Mélanie témoigne à cœur ouvert.
Dans l’ensemble de la population française, le nombre de familles monoparentales a été multiplié par
2,5 depuis quarante ans ; elles représentent aujourd’hui environ 9 % des ménages. Selon l’Insee, le taux de pauvreté des familles monoparentales est de 32,4 % et il atteint 64,4
% pour les mères seules sans activité professionnelle, qui sont ainsi, de loin, les plus menacées par la pauvreté.
Les situations rencontrées par le Secours catholique confirment amplement cette fragilité et son évolution : la proportion de parents isolés est passée de
22,8 % en 1989 à 29,4 % en 2008 ; leur part est donc aujourd’hui 3,4 fois plus élevée dans la population rencontrée que dans l’ensemble de la population française. Si la
monoparentalité est très largement féminine, il faut noter que la monoparentalité masculine a progressé ces dernières années de façon significative.
L'enquête du Secours catholique révèle que les femmes sont de plus en plus victimes de la pauvreté. « Ce n'est pas nouveau », explique un responsable de
l’organisation. « Mais la tendance s'accélère », constate-t-il.
Les chiffres le prouvent : sur l'année 2008, les femmes représentent 54,4 % des personnes accueillies par l'association, alors qu'elles n'étaient que 51 % en 1999. Parmi elles,
90 % vivent en dessous du seuil de pauvreté (900 euros par personne). Et leurs situations sont d'autant plus critiques que six femmes sur dix accueillies par l'association
vivent seules, avec ou sans enfant. Elles sont nombreuses dans cette situation. Souvent, par humilité ou crainte, elle ne veulent pas témoigner de cette détresse qui les étreint
et des durs combats qu’elles doivent mener pour vivre et faire vivre leurs enfants.
Mélanie Dalval, pourtant a accepté de témoigner pour l’AFP, à visage découvert,
dans le cadre du rapport du Secours catholique. Elle dit son espoir de s'en sortir, avec ses trois enfants, grâce à une formation de maçon. On peine à imaginer cette femme
fluette de 28 ans une truelle en main, un casque de chantier sur la tête, perchée sur un échafaudage, comme elle le raconte dans son modeste logement d'Auxonne, en Côte-d'Or.
Depuis six mois, avec cinq compagnons de travail, "dont quatre hommes", Mélanie restaure le château Louis XI d'Auxonne, vestige de cette ancienne place forte militaire, pour
"700 euros et 104 heures" par mois. La bétonnière, les sacs de ciment, la poussière et les intempéries "ne font pas peur" à cette mère soucieuse de "sortir de la galère" et de
changer le regard de ses enfants sur elle.
"Je ne voulais pas de l'assistanat et je ne pouvais plus vivre avec mes seules allocations" familiales, explique cette jeune mère de trois enfants, une des
catégories les plus touchées par la précarité, souligne le rapport du Secours catholique. "C'est sûr, c'est mieux que de rester toute la journée à la maison. Et puis maintenant
mes enfants sont fiers de moi", indique-t-elle dans un sourire.
Séparée de son compagnon depuis plus de cinq ans, Mélanie élève seule Léa, huit ans, Enzo, six ans et Marwane, cinq ans.
"Lui, il est né prématuré, à cinq mois et demi. Il était minuscule et ne pesait que 960 grammes", raconte-t-elle, en mimant le bercement du bébé dans ses
bras.
L'arrivée de ce troisième enfant a coïncidé avec son début de "galère", la jeune mère se retrouvant
"du jour au lendemain" sans compagnon et sans ressources.
"Il m'a fallu déménager et faire une croix sur mes projets" de trouver un emploi grâce à un CAP d'horticulture et un BEP en animalerie. De Gray, en Haute-Saône, elle s'établit à
Auxonne, d'où ses parents sont originaires.
D'un premier logement, "insalubre et très humide et sans chauffage l'hiver", elle garde des "douleurs de dos et dans les muscles" qui l'obligent à "avaler une
tonne de médicaments".
L'année 2007 "fut la pire" : "avec le loyer, les charges et les autres factures, il ne me restait que 200 euros" par mois pour la nourriture, se souvient-elle.
Des pâtes, du riz, de la purée "mais toujours un peu de viande et une fois par mois le MacDo. Histoire d'être une famille normale", souligne-t-elle.
Sa chance, c'est d'être entrée dans la permanence du Secours catholique "pour y acheter des vêtements aux enfants".
Prise en main par des bénévoles, elle découvrira ces stages en maçonnerie. Avec ses trois enfants, elle est partie en vacances "pour la première fois", à l'été 2009, dans le
Jura, grâce au Secours catholique.
Un exemple parmi d’autres qui témoigne de cette pauvreté qui s’étend et se féminise. C’est dire s’il reste du chemin à parcourir pour lutter efficacement
contre la pauvreté, pour garantir l’égalité professionnelle entre hommes et femmes, que ce soit au niveau des rémunérations, de l’accès à la formation ou du statut d’emploi.
« La pauvreté au féminin ».
Statistiques d’accueil 20078 www.secours-catholique.org
|