Athènes, envoyé spécial.
Le gouvernement dépose son projet de loi sur les retraites. Qu’en pensez-vous ?
Nikos Boyiopoulos. Il ne s’agit pas d’un projet de loi de réforme de la sécurité sociale mais d’une suppression de la sécurité sociale. En matière de droits sociaux, elle renvoie les salariés 100 ans en arrière. En outre, cette loi passera conjointement avec une réforme du marché du travail. La situation qui se fait jour en Grèce est celle du Moyen-Âge.
Quelles sont les alternatives du KKE ?
Elles s’appuient sur un constat : en Grèce, et pas seulement dans ce pays, existe une richesse énorme, suffisante pour satisfaire les besoins des travailleurs, c’est-à-dire de ceux qui créent la richesse. Pourtant, elle n’est pas dans leurs mains. Au cours des dix dernières années, par exemple, le PIB de la Grèce a augmenté de 100%. Malgré tout, cette richesse n’a pas été retournée à ceux qui la produisent. Ces dix dernières années, encore, le peuple grec a payé 500 milliards en intérêts cumulés pour des prêts anciens. Et en même temps, ce gouvernement, la BCE, le FMI disent au peuple qu’il en doit encore autant. Ces dettes ne sont une conséquence ni de l’augmentation des salaires, ni de celle des retraites, ni, non plus, des conditions d’une vie meilleure – la santé, l’éducation… La Grèce se trouve à la dernière place de l’UE en matière sociale. Ces dettes correspondent donc à des richesses qui ont accaparées par ceux qui ne les ont pas produites et qui ne sont pas appelés à payer aujourd’hui pour cette situation catastrophique que révèlent la dette publique et l’économie sociale du pays. Dans ce cadre, la position du KKE est que cette richesse appartient au peuple qui l’a créée. Elle doit donc être une propriété populaire et sociale.
D’autant que les banques grecques ont dégagé d’énormes bénéfices cette année...
Les cinq dernières années, les réserves des banques en Grèce c’est-à-dire la richesse qu’elles détiennent ont augmenté de 300 milliards. Le montant de l’augmentation de la richesse des banques est exactement le même que celui de la dette publique grecque. En ce moment, la richesse globale des banques s’élève à ce montant astronomique de 600 milliards ! Malgré tout, le 21 juin, le gouvernement grec a annoncé qu’il offrait encore 10 milliards pour soutenir les banquiers, auxquesl il faut ajouter le paquet précédent de 2009 (29 milliards). Le total de ces sommes, soutien du gouvernement grec envers les banques et richesses des banques, dépasse l’ensemble de la dette publique. Ces richesses doivent être socialisées.
Le mouvement social peut-il reprendre de la vigueur à l’occasion de ces réformes ?
C’est la seule façon pour faire face à la situation ! Les Grecs ont la corde au cou. La seule façon de mettre un coup d’arrêt à cette attaque contre le peuple grec, c’est que le peuple grec envahisse les rues ; il faut une alerte nationale, une riposte de masse, politique, décidée, organisée et contrôlée. Une résistance avec le peuple comme acteur principal, contre ces mesures en train d’être prises, qui plombent le futur de la Grèce. Le peuple doit donc prendre cette question en main.
Comment voyez-vous l’avenir économique et social de la Grèce ?
L’économie grecque a une donnée de base : sa force humaine, une force productive importante que représentent l’ouvrier et le salarié grec. Malgré tout ce qui se dit, c’est celui qui travaille le plus dur en Europe. Son niveau est assez élevé, d’un point de vue technologique et d’un point de vue scientifique. C’est une force productive très en pointe sur laquelle ce pays peut s’appuyer. La Grèce dispose aussi d’énormes moyens en ce qui concerne la richesse du sous-sol. Ce qui est nécessaire en Grèce, c’est de prévoir l’organisation centrale de l’économie. Cette organisation doit reposer sur les besoins des gens et pas sur les bénéfices des usines, des multinationales, des monopoles, des armateurs et des banquiers. Nous voulons une économie qui ait pour objectif de satisfaire les besoins et les souhaits de ceux qui produisent la richesse. Avec cette idée en tête, la Grèce a les moyens de développer une réorganisation de la production qui se trouvera sous le contrôle public et populaire pour démontrer que les peuples n’ont pas besoin des grands patrons.
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