Le G20 de Toronto, ce week-end : une nouvelle mascarade ?
Par Dominique Plihon, économiste, président du conseil scientifique d'Attac.0258
Le quatrième G20, qui se tient à Toronto aujourd'hui et demain, sera-t-il aussi décevant que les précédents ?
On peut le craindre. Les décisions qui seront prises - ou ne le seront pas - risquent de ne pas être à la hauteur des enjeux et des risques actuels, alors que la crise économique et
financière internationale continue de s'approfondir. Deux sujets devraient être au centre des négociations. D'abord, la question de la sortie de crise. Sur ce point, il apparaît qu'à la
veille du sommet de Toronto, les gouvernements des grands pays industrialisés sont divisés. Le président américain Barack Obama a écrit une lettre à ses collègues européens pour leur
demander de soutenir la croissance et de ne pas mener des politiques de « consolidation des finances publiques » trop restrictives. Les Européens, emmenés par le gouvernement Merkel, ont
déjà fait savoir qu'ils ne comptent pas renoncer à leurs politiques d'austérité. même si celles-ci doivent amener l'Union européenne et la zone euro vers le gouffre de la déflation.
Le deuxième sujet du G20 sera celui de la réforme de la finance internationale. Là aussi, il n'y a guère de raisons d'être optimiste. On est loin de l'objectif de « créer un nouvel ordre
économique mondial », proclamé haut et fort en avril 2009, lors du G20 de Londres. Constatons en effet qu'aucune des réformes envisagées à Londres n'a encore été menée à bien. Le
communiqué du G20 de Londres avait annoncé des mesures pour brider les hedge funds (fonds spéculatifs) et les marchés de produits dérivés. Or, la crise spéculative qui s'est abattue sur
la dette publique grecque et sur l'euro en 2010 a montré que les hedge funds continuent de spéculer en toute liberté, et que les marchés de gré à gré (non contrôlés), où s'échangent les
principaux instruments de spéculation - tels les credit default swaps (CDS) -, continuent de fonctionner sans aucune entrave. De même, il avait été décidé à Londres de mettre de l'ordre
dans les paradis fiscaux en classant ces derniers en trois groupes : blanc, gris et noir. Ce classement revenait à considérer qu'il y a de « bons paradis fiscaux », ce qui relevait de la
supercherie. C'est ainsi que Monaco est devenu un paradis fiscal « blanc » - sans reproche - en signant une demi-douzaine d'accords de coopération sur les échanges d'informations, dont la
moitié avec d'autres paradis fiscaux !
L'une des grandes innovations du G20 de Toronto devait être la mise en place de taxes financières globales. Le Fonds monétaire international (FMI) avait été mandaté pour faire des
propositions à ce sujet. Le FMI a commencé par décréter qu'il y aurait trop de difficultés à instaurer une taxe globale sur les transactions financières qui aurait généralisé la taxe
Tobin à l'ensemble des marchés financiers (notamment la Bourse et les produits dérivés). Le FMI s'est contenté de proposer la création de deux taxes globales sur les institutions
financières. La première, dite « contribution à la stabilité financière », serait assise sur les risques excessifs pris par les institutions financières ; la seconde, dite « taxe sur
l'activité financière » (Financial Activities Tax FAT, en anglais), sur les profits et les rémunérations de l'ensemble du secteur financier, assureurs et hedge funds compris - elle
pourrait alimenter le budget général des États et des institutions internationales.
En se limitant aux institutions financières, les propositions du FMI sont très en retrait par rapport à la proposition, portée notamment par les altermondialistes, d'une fiscalité globale
sur l'ensemble des transactions financières internationales. Ces taxes n'auraient eu qu'un impact limité sur la spéculation qui se déroule sur les marchés de gré à gré, qui échappent à
tout contrôle et qui auraient dû devenir des marchés organisés et contrôlés si les promesses du G20 de Londres avaient été tenues. Aux dernières nouvelles, les principaux membres du G20
ne seraient pas d'accord sur la mise en ouvre des taxes sur les institutions financières proposées par le FMI. En fin de compte, la perspective d'une avancée sur la taxation des
transactions financières lors du G20 de Toronto semble compromise. Ce n'est pas une surprise, car ceux qui nous gouvernent ont montré, à l'occasion de la crise, qu'ils cherchent à «
rassurer les marchés » plutôt qu'à les « désarmer ».
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