société, question à…
Non à la suppression de l'histoire et de la géographie en terminale S
ANNE JOLLET, DES CAHIERS D’HISTOIRE.
HISTORIENNE, RÉDACTRICE EN CHEF DES CAHIERS D HISTOIRE
Comment réagissez-vous à la suppression des cours d’histoire-géographie en terminale
scientifique ?
ANNE JOLLET. Nous sommes dans un contexte d’économies globales : supprimer des cours dans une terminale qui accueille beaucoup d’élèves peut, de leur point de vue, être particulièrement
économique. Mais une discipline qui n’est plus au bac en est particulièrement affaiblie. Et quoi qu’on en dise, cette mesure met en cause l’histoire-géographie dans la fi lière S. Toutes les
expériences de cours qui s’interrompent en première montrent qu’il est plus diffi cile de développer un enseignement d’assez haut niveau, ambitieux. Les jeunes mûrissent beaucoup entre dix-sept
et dix-huit ans. C’est un âge où ils entrent dans la citoyenneté. Ce n’est sûrement pas à ce moment-là qu’il faut abandonner ces enseignements.
Quel est le rôle des cours d’histoire ?
ANNE JOLLET. On sait que c’est un enseignement qui offre beaucoup d’armes, qu’il s’agisse du vocabulaire ou des possibilités d’analyse des sociétés. Interroger les fonctionnements passés et
présents permet de prendre de la distance par rapport à la société dans laquelle on vit. Voir comment les sociétés se transforment, par quels heurts et quels rapports de forces elles évoluent,
permet de comprendre le présent. Si on veut que les citoyens soient égaux, il faut une formation dans ces disciplines, il faut que les jeunes disposent des grilles de lecture et d’analyse qui
sont fournies par ces savoirs – pas uniquement par l’histoire-géographie. L’an dernier, ce sont les sciences économiques et sociales qui ont été remises en cause, la philosophie il y a quelques
années. C’est une façon de retrancher toutes les matières qui permettent de se construire une réfl exion personnelle sur le monde.
Quelle est la part de choix économique et de choix idéologique dans cette
suppression ?
ANNE JOLLET. Nous sommes dans une période de suppression massive d’emplois – autour de 40 000 suppressions de postes dans l’enseignement au cours des dernières années ; 16 000 de plus sont
prévues cette année. Mais l’histoire, c’est aussi critiquer des sources. Or, les productions sociales du monde dans lequel nous vivons sont les sources des futurs
historiens.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNE ROY
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