Lundi 7 décembre, à Marseille, comme dans de nombreux IUFM de France, des débats étaient organisés
et des tracts diffusés pour sensibiliser l’opinion publique. Photo MM
Après les directeurs
d’IUFM, la mobilisation pourrait rapidement s’étendre à toute l’éducation. L’avenir de la formation des enseignants est bien plus qu’une question de choix politique et de coupe
budgétaire.
Dix-huit mois après que Nicolas Sarkozy a annoncé que la mastérisation des enseignants prendrait
effet le 1er septembre 2010, le débat s’enlise sur les modalités de recrutement des enseignants, mais pourrait rapidement devenir explosif. Après l’importante mobilisation des
universités l’hiver dernier, les directeurs d’IUFM (Institut de formation des maîtres ) sortent à leur tour de leur réserve. Hier, dans les 32 IUFM que compte l’hexagone s’est
déroulée une journée, sur le thème « Enseigner, un métier qui s'apprend ». Tous les sites IUFM de l’académie d’Aix-Marseille étaient impliqués.
Des enseignants sans formation
professionnelle face aux élèves
Par cette journée commune, les IUFM souhaitaient alerter l'opinion publique sur
des mesures qui hypothèquent l'avenir scolaire et l'éducation des enfants. « Si les annonces ministérielles du 13 novembre se confirment, ce sont des enseignants sans formation
professionnelle qui pourront être face aux élèves, de l'école primaire au lycée. Les professeurs titulaires d'un master disciplinaire ou généraliste, et sélectionnés par un
concours très peu professionnel, ne seront pas formés à la transmission des savoirs », ont jugé les directeurs d’IUFM.
Comme l’a longuement démontré hier Jacques Ginestié directeur de l'IUFM d’Aix-Marseille devant un amphi archi comble, « Il s’agit d’un système que nous
voulons arrêter ». Après un mouvement de 17 semaines dans les universités, des réunions techniques, « le choix qui a été retenu par le gouvernement est le pire » a déclaré
Jacques Ginestié, qui dénonce la fin de la formation des enseignants.
Actuellement il y a 3500 candidats pour 200 postes. Avec un concours de plus en plus sélectif, les futurs enseignants devront dans la même année réussir
master (Bac + 5) et concours, sans possibilité de redoubler et assurer un stage de 108 heures. Les choses risquent de se compliquer, le remplacement des enseignants se
complexifier. La fin de l’année de stage va entraîner la disparition des stages filés, ceux-là même qui permettent d’assurer le remplacement des directeurs des écoles à quatre
classes.
Mais au-delà, c’est la conception même du métier qui est attaquée. Car si tout le monde s’accorde sur une nécessaire revalorisation, ce qui est le plus à
craindre c’est que la formation ne devienne plus qu’une coquille vide.
Les
jeunes enseignants se montrent dubitatifs
« N’est-il pas trop tard ? » lance une jeune stagiaire du haut de l’amphi. « La
machine est en route depuis la création des IUFM », a assuré son directeur. Depuis les années 80, l’éducation n’a jamais réellement trouvé sa place dans la société. Serions-nous
arrivés à la fin d’un processus, qui consisterait à aller droit dans le mur.
Dans la salle, les jeunes enseignants se montrent dubitatifs, n’osent pas vraiment y croire. Quand des représentants syndicaux de Sud, de la FSU et du Snuipp
appellent chacun avec leur propre point de vue à tout mettre en œuvre pour faire reculer le gouvernement sur la réforme de la formation des enseignants. Alain Barlatier de la
FSU plaide pour un vrai master qui permette la poursuite d’études. Si les points de vue divergent parfois : la revalorisation va t-elle accompagner la fin des IUFM ? Tous
s’accordent à vouloir agir ensemble pour la défense de la formation d’un métier, dont l’accès sera de moins en moins démocratisé. « Il y a un risque de se trouver en rupture
avec le cadre national », développe Jacques Ginestié. « Là où les IUFM se sont fait laminés on a décidé de les intégrer dans les plus petites universités, quand les grandes se
faisaient la guerre entre elles. »
Pour le représentant de Sud Education, le problème essentiel reste la baisse du nombre de poste au concours pour, dit-il, « démanteler le statut des
fonctionnaires ».
« On ne
naît pas professeur, on le devient »
« Il faut se battre pour l’avenir de l’école », lance une formatrice, qui
explique que la crise est plus profonde. « On ne naît pas professeur, on le devient », le slogan porter par les directeurs d’IUFM risque de rencontrer un certain écho.
Christian Reymonet, formateur IUFM et membre de la FSU, s’est lui félicité, que des gens qui n’avaient pas tout compris l’année dernière et s’étaient laissé
endormir par la revalorisation de carrière promise par un président de la république se présentant comme le président du pouvoir d’achat, se retrouvent à parler un même langage.
« Le 15 décembre, il n’y a pas d’ambiguïté, tout le monde y sera » a affirmé Jacques Ginestié.
Reportage
Catherine Walgenwitz
Photos Robert Terzian
|