Nobel paix 2009
Barack Obama, le lauréat de la Paix
Le prix Nobel de la paix 2009 a été attribué vendredi au président américain Barack Obama "pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples", a annoncé le jury du prix à Oslo.
A partir de 16h30, suivez en direct le discours du président américain, avec notre partenaire Public-Sénat.
La nouvelle est tombée ce matin à 11heures précises, heure française, Barack Obama reçoit le prix Nobel de la
paix qui récompense dans la tradition et selon les volontés définies par testament, d’Alfred Nobel « la personnalité ayant le plus ou le mieux contribué au
rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix". Le prix, initié en 1901, a été donné
au président américain "pour ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples", a précisé le comité
Nobel. Ses appels en faveur d’un monde sans armes nucléaires, ses actions diplomatiques au Proche et Moyen orient ont été saluées.
Surprise : Obama prix Nobel de la paix
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Il n’est pas le premier chef d’Etat ou de gouvernement en exercice à obtenir le Nobel de la paix : ce fut déjà le cas de Mikhaïl Gorbatchev, alors président soviétique, en 1990. Le
Premier ministre israélien Yitzhak Rabin avait partagé le Nobel de la paix avec le numéro un palestinien Yasser Arafat, en 1994.
Le message, c’est le « changement ». Dans son communiqué, le comité Nobel souligne le changement dans les relations internationales depuis l’investiture du président. "Obama, en tant que président, a créé un nouveau climat dans la politique internationale. La diplomatie multilatérale a repris une position centrale, avec l’accent mis sur le rôle que les Nations unies et d’autres institutions internationales peuvent jouer. Le dialogue et les négociations sont préférés comme instruments de règlement des conflits internationaux même les plus difficiles."
Obama incarne une rupture. Succédant à George W. Bush le 20 janvier 2009, il est le premier président Afro-Américain, un événement historique dans un pays qui a connu une ségrégation raciale jusque dans les années 1960. Sa "nobélisation" fait écho à celle de Martin Luther King en 1964, le pasteur qu’Obama réclame comme modèle. Le parcours de ce métis, fils d’un Kényan noir et d’une Américaine blanche du Kansas a suscité chez les électeurs comme dans les médias du monde entier beaucoup d’enthousiasme. "Il est très rare qu’une personne ait, dans la même mesure qu’Obama, capté l’attention du monde entier et donné à son peuple l’espoir d’un avenir meilleur." affirme le comité.
En effet la campagne des élections américaines a passionné le monde entier, et une véritable "Obamania" a traversé toute la planète. Le 20 janvier 2009, Barack Obama prête serment devant une foule estimée à plus de 2 millions de personnes, et sous les yeux de plusieurs centaines de millions de téléspectateurs dans le monde. Il reçoit également les félicitations de nombreux chefs d’Etat en dehors des alliés ordinaires du gouvernement américain comme Cuba, le Venezuela et l’Iran. Le prix Nobel de la Paix et ancien président Nelson Mandela l’a chaleureusement félicité de sa victoire.
En dehors du symbole, le comité Nobel a tenu à saluer le tournant diplomatique dans la politique américaine fondé "sur le concept que ceux en position de diriger le monde doivent le faire sur les bases des valeurs et des attitudes qui sont partagées par la majorité de la population mondiale."
- Désarmement et position anti-nucléaire :
"Le comité a attaché beaucoup d’importance à la vision et aux efforts d’Obama en vue d’un monde sans armes nucléaires", a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland. Dans son discours à l’Union Européenne, à Prague en avril 2009, au moment des tensions avec la Corée du nord, alors que l’Europe s’interrogeait sur l’affaire du bouclier anti-missile, Barack Obama avait promis d’œuvrer contre la prolifération nucléaire, pour la réduction des stocks d’armes et l’arrêt des essais. Le président américain affirmait que son pays était prêt à « prendre la tête » des efforts pour lutter contre le changement climatique."Les Etats-Unis, en tant que seule puissance nucléaire à avoir jamais utilisé une arme nucléaire, ont la responsabilité morale d’agir", avait-t-il déclaré. "En conséquence, aujourd’hui je souligne clairement avec conviction l’engagement des Etats-Unis et leur désir d’œuvrer en faveur de la paix et de la sécurité d’un monde sans armes nucléaires".
Le président a ainsi affirmé que son administration allait montrer sa "détermination" pour la ratification par
le Sénat américain du traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Le traité a été déjà ratifié par 148 pays et n’entrera en vigueur que lorsqu’il l’aura été par les Etats-Unis, la
Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël, l’Iran, l’Egypte, l’Indonésie et la Corée du Nord. Obama entend de plus négocier un nouveau traité international capable "de mettre fin
de manière vérifiable à la production de matériaux fissiles" à fins militaires, en souhaitant "la tenue d’un sommet mondial sur la sécurité nucléaire pour empêcher la
prolifération des armes ou matériaux dans ce domaine. Un sommet que les Etats-Unis accueilleraient dans le courant de l’année à venir", comme il l’avait laissé
entendre.
Environnement
A l’instar d’Al Gore, lauréat en 2007 récompensé pour « les efforts afin de mettre en place et diffuser une meilleure compréhension du changement climatique causé par
l’homme, et de jeter les bases des mesures nécessaires pour contrecarrer un tel changement ». Le comité salue cette année, les souhaits présentés par Obama pour lutter contre le
réchauffement climatique. Dans son pays, le président a su prendre des mesures inédites en proposant d’augmenter le prix de l’électricité, d’investir dans les biocarburants, les énergies
alternatives et se déclare favorable à l’instauration d’un marché du CO2 (obligeant les entreprises polluantes à racheter un « droit à polluer » auprès d’entreprises non
polluantes). "Le moment est maintenant venu de changer la façon dont nous utilisons l’énergie", avait-il déclaré."Ensemble nous devons faire face au
changement climatique, en mettant fin à la dépendance mondiale face aux énergies fossiles, en exploitant les sources d’énergie comme le vent et le soleil et en appelant toutes les nations à
assurer leur part des efforts". "Je vous promets que les Etats-Unis sont maintenant prêts à prendre la tête de cet effort mondial", Une affirmation qui présage de
bonnes perspectives en vue de la conférence de Copenhague en fin d’année (7 au 18 décembre) sur l’après-Kyoto. Yvo de Boer, le plus haut responsable du climat aux Nations unies a ainsi
commenté le choix d’Obama en espérant que "cela constituera un encouragement pour lui pour s’engager fortement à Copenhague".
Le conflit israelo-palestinien
Le 4 juin 2009, Obama prononçait son discours à l’Université du Caire. Un discours perçu comme un changement majeur dans les relations entre les États-Unis et les musulmans. Abandonnant
l’idéologie de croisade qui animait l’administration Bush, Obama tend la main vers l’Islam, en s’exprimant en faveur du voile. Et de commenter, « On ne doit pas
dissimuler l’hostilité envers une religion devant le faux-semblant du libéralisme ».En se montrant favorable à la création d’un Etat palestinien, Obama a su renouer le dialogue
entre les Etats Unis et la population palestinienne mis à mal sous les mandats de G.W. Bush. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne a d’ailleurs félicité Obama et espère un
Etat palestinien sous sa présidence. Rien n’est acquis.
Le début de sa présidence commence dans un contexte de guerre en Irak, de guerre en Afghanistan et d’une importante récession de l’économie américaine face à la crise financière et économique mondiale. Le retrait définitif des troupes n’est prévu que pour 2011 et la situation s’enlise en territoire Afghan. Il peut paraître paradoxal que le président américain reçoive le prix nobel de la Paix alors que les Etats-Unis sont actuellement en guerre.
De plus, il reste encore l’épineuse question de la fermeture du camp cubain de Guantanamo, prévue pour janvier 2010 encore reportée, comme l’a confirmé mardi 6 octobre, le ministre de la Justice américain Eric Holder."Ca va être difficile pour nous de nous tenir à la date butoir du 22 janvier".
Le comité Nobel a préféré récompenser l’espoir incarné par celui qui affirmait "’Aujourd’hui le moment est venu pour chacun d’entre nous de partager la responsabilité d’une réponse globale aux défis globaux.’" et qui a sans aucun doute réconcilié les États Unis avec l’opinion internationale.
Barack Obama devrait s’exprimer de manière imminente sur la télévision américaine.
Lucie Servin
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