Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Société - Article paru le 8 octobre 2009 dans l'Humanité

 

Immigration : « Des vies sont mises en danger à des fins électoralistes »

Fin connaisseur de la situation des migrants à Calais, le cinéaste Sylvain Georges réclame une campagne contre les expulsions dans des pays non sûrs.


Cinéaste et activiste politique, Sylvain Georges travaille aux côtés des migrants qu’il filme depuis plusieurs années à Calais, à Paris et sur le continent africain (1). Observateur aguerri des mobilisations qui les soutiennent et de la répression à laquelle tous sont exposés, il analyse l’annonce de ce charter pour l’Afghanistan à la lumière de son contexte politique de criminalisation des migrations et des mouvements sociaux.


Quel est le bilan pour les migrants de la destruction de la jungle ?


Sylvain Georges. Quand on va maintenant dans la jungle à Calais - et j’y suis allé-, c’est le désert ou presque. Les migrants qui sont encore là et ont vécu cette évacuation ont été touchés dans leur intégrité physique et psychologique. Leurs droits les plus légitimes n’ont pas été respectés. Il est impossible de dire, comme Éric Besson l’a fait, que la destruction a été menée avec délicatesse. Des enfants pleuraient, des militants ont été maltraités… La jungle a été « nettoyée » de la même manière qu’il y a quelques années Nicolas Sarkozy réclamait qu’on « nettoie » la banlieue « au Karcher ». On voit très clairement la continuité de cette politique. Tout a été rasé dans un mépris total des personnes. On leur dit qu’il y a mieux que des bidonvilles. Mais que leur propose-t-on d’autre ? Rien.


Où en est la situation aujourd’hui à Calais ?


Sylvain Georges. D’autres destructions ont suivi, parfois symboliques. Il y a quelques jours, Éric Besson s’est rendu dans le squat - trois cabanes- des Soudanais et des Érythréens. Ce matin même (hier matin - NDLR), les cabanes qui étaient de l’autre côté du quai où l’association Salam donne à manger aux migrants ont été détruites. Et les migrants qui y étaient, arrêtés. Il y avait déjà un harcèlement permanent dans les jungles, il redouble aujourd’hui, dans chacun des lieux où les personnes essayent de se réfugier pour dormir : sous les ponts, dans les taillis. Après Sangatte, on a assisté à une dissémination des migrants sur tout le nord du littoral, et quand on fait le compte, on arrive à exactement la même population qu’avant. La question n’a donc pas été réglée mais déplacée avec des conséquences dramatiques. Les personnes sont confinées à l’invisibilité, se répartissent dans de petits endroits. Et vont être exposées aux différentes mafias de passeurs, alors même que l’objectif officiel était de les démanteler.


Comment avez-vous réagi à l’annonce du charter ?


Sylvain Georges. À présent, de grandes démocraties peuvent violer leurs engagements au vu et au su de tous, et expulser des gens qui sont en danger de mort. L’Angleterre préfère payer des amendes plutôt que respecter ses engagements dans le cadre de la Convention de Genève et la France s’aligne sur cette position-là. Toute personne sensée ne peut pas ignorer que l’Afghanistan est un pays en guerre. Quelle que soit la position par rapport aux politiques migratoires, on ne peut pas accepter que des vies soient mises en danger à des fins électoralistes. En 2008, un charter avait été annulé officiellement pour raisons diplomatiques, mais l’annulation était bien évidemment due à la mobilisation. Le gouvernement a reculé, cela montre l’inanité de sa position politique.


C’est aussi une preuve de l’efficacité de la mobilisation…


Sylvain Georges. Oui, ces mobilisations qui sont le fait d’associations, de groupes, souvent minoritaires, s’avèrent efficaces. Le gouvernement sait qu’en face de lui, il a des personnes correctes, droites, déterminées, et cela le met un peu mal à l’aise. Ensuite, il faut rester très vigilant. Demain, les reconduites dans des pays non sûrs pourraient se faire, non pas par des charters, mais de façon plus discrète, sur le même mode que les arrestations de sans-papiers, lors de petites opérations ciblées mais multiples. Il faut que les partis politiques et les grosses associations se mobilisent, dans une campagne massive contre ces retours dans des pays non sûrs.


(1) Son film, l’Impossible, pages arrachées, sera projeté le 13 novembre prochain au 104, 11 bis, rue Curial, Paris 19e (www.104.fr).

Entretien réalisé par Anne Roy

Notre dossier Immigration

Publicité
Tag(s) : #Société
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :