Français, vous n’êtes pas seuls !
Les signes de solidarité internationale affluent. Le plus beau geste nous vient de nos voisins belges. Mardi, des syndicalistes de la Fédération générale des travailleurs belges (FGTB) ont bloqué l’accès aux dépôts de carburants de Feluy (tenu par le groupe Total) et de Tertre (de la société JP Martens). «La direction de Total a choisi son camp, celui de Sarkozy», affirme Manu Morais, du Syndicat des employés, techniciens et cadres. Les syndicalistes avaient constaté que le flux de camions était passé de 450 à 500,«une mise en concurrence entre travailleurs français et belges». Le blocage a été levé mais après qu’il a été obtenu de la direction qu’elle cesse «d’alimenter la France depuis la Belgique». À Bruxelles, un comité Belgique-France Solidarité a été fondé. Il regroupe syndicalistes et membres de différents partis de gauche et il a annoncé un prochain rassemblement devant l’ambassade de France.
La Confédération générale du travail publie, sur son site, de nombreux messages d’encouragement. Dans une lettre, Michael Sommer, président, et Anneli Buttenbach, secrétaire de la centrale allemande DGB, apportent «leur soutien». Et ils enfoncent le clou : «Les expériences en Allemagne ont montré que l’allongement de l’âge du départ à la retraite n’a pas rendu la retraite plus sûre.» Pour preuve, «seulement une partie des salariés parviennent à tenir jusqu’à l’âge du départ à la retraite». C’est en s’emparant de cet argument (le taux d’emploi des plus de soixante ans n’est que de 33%) qu’IG-Metall a annoncé une série de manifestations pour remettre en cause l’augmentation de l’âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans entre 2012 et 2029 outre-Rhin.
Les messages de soutien arrivent également d’Afrique, d’Amérique latine. En Europe, entre autres, les Commissions ouvrières des Asturies (Espagne) adressent leurs «félicitations pour le succès (de la) dernière journée de grève et des six précédentes». Le 16 octobre, les grèves françaises ont été vivement applaudies Piazza San Giovanni, à Rome, à l’occasion de la manifestation nationale des métallurgistes, qui a rassemblé 500 000 personnes.
Comme les Français, les autres salariés européens sont sous le coup des politiques d’austérité. Celles-ci font suite à l’endettement record des États pour renflouer les banques, en 2008. Outre ces politiques «d’assainissement» des comptes publics, dans certains pays, sont mises en œuvre des réformes du marché du travail. Ne voulant pas investir dans l’innovation et de nouveaux produits, les entreprises veulent baisser les coûts salariaux. Partout en Europe, c’est un même modèle qui est en panne, et contesté. Celui qui marie austérité budgétaire et flexibilité du travail. Il n’est pas étonnant, dès lors, que dans les autres peuples, les salariés expriment leur mécontentement par procuration, en soutenant les Français, ou en manifestant directement. Ils étaient 80 000, hier, à Bucarest, entre autres contre les baisses des salaires des fonctionnaires décidées par le gouvernement roumain.
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