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Une bavure filmée au commissariat central de Marseille


Article paru dans La Marseillaise du mardi 26 octobre 2010

 
 

 

 

La scène dure 60 secondes. C’est pas « Midnight Express » mais çà fait mal. MARIE LAURE THOMAS
La scène dure 60 secondes. C’est pas « Midnight Express » mais çà fait mal. MARIE LAURE THOMAS

Justice. Un policier filmé en train de frapper un gardé à vue dans sa cellule. Scène un p’tit peu condamnée...

Il y a d’abord eu une relaxe. Pour insolite qu’elle fut, elle n’était que technique : convoqué par erreur, un pauvre commissaire de police a été innocenté. L’infortuné portait le même nom et le même prénom que son homonyme gardien de la paix reconnu coupable, lui, de « violences aggravées ». On a frôlé l’erreur judiciaire…
Sans erreur pour le reste, la 5ème chambre correctionnelle a considéré, mercredi, que les coups portés par un gardien de la paix sur un gardé à vue à l’intérieur des locaux du commissariat central de Marseille, n’étaient pas vraiment légitimes. Vraiment pas même.
Les faits s’étaient déroulés le 29 décembre 2009, à 3h38 du matin, une précision suisse qu’explique la production d’une vidéo. Car toute la scène a été filmée. Et pour cause, elle implique le fonctionnaire en charge de la vidéosurveillance des cellules du commissariat de la Canebière. Cette nuit-là de fin d’année, intrigué par des cris et peu convaincu par les explications qu’on lui donne, un officier de police judiciaire de permanence demande qu’on lui montre l’enregistrement des caméras braquées sur chacune des six cellules de garde à vue installées au premier étage du commissariat de la Canebière.

« Ces coups sont forcément illégitimes »


La scène dure 60 secondes. C’est pas « Midnight Express » mais çà fait mal. On y voit nettement le gardien de la paix, Stéphane B., 31 ans, cinq ans de service, sans histoire, surgir seul dans la cellule de dégrisement et tabasser illico Sébastien, arrêté soul sur la voie publique. Le jeune homme de vingt ans décrit comme muet, immobile et les bras ballants quand le police rentre, ne réplique jamais aux coups qu’il reçoit mais tente au contraire de s’en protéger. D’abord il se prend un direct du droit dans le teston puis quatre coups de poing dans le dos, une gifle encore appelée « cinq francs » en langage marseillais et pour finir une tentative d’étranglement.
Le policier a expliqué à l’audience du 29 septembre (cf. LM du 30) qu’il était intervenu dans l’intérêt du jeune homme qu’il venait de voir sur l’écran de surveillance avaler un bout de shit. Et s’il avait donné des coups, ce n’était que pour se « préserver face à l’agressivité de l’individu dans un contexte de tension » et même pas pour lui faire cracher la boulette…
Même l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) n’y a pas cru, concluant après visionnage du film que le fonctionnaire avait eu un « comportement non justifié et disproportionné ». « Ces coups sont forcément illégitimes », devait aussi reconnaître le ministère public, toujours gêné de stigmatiser les dérives policières. Le parquet avait donc férocement requis un mois de prison avec sursis.
La défense avait au contraire plaidé la légitime défonce, pardon défense, assurant que l’OPJ « avait mal interprété les images », qu’il s’agissait véritablement d’une « riposte proportionnée devant un péril imminent » de la part d’un policier « remarquablement réactif ».

Condamnation sans traces


Tout cela s’est conclu mercredi par un délibéré terrible. Le tribunal a asséné la très lourde peine de 15 jours de prison avec sursis au fonctionnaire qui reste affecté à la vidéosurveillance – pardon, à la vidéoprotection des gardés à vue. Et pour ne pas en rajouter sur cette sanction dont la sévérité aveugle n’a échappé à personne, les juges ont concédé une faveur au gardien de la paix : sa condamnation ne sera pas inscrite à son casier judiciaire. Pas de traces…
Pas de traces de la victime non plus qui n’avait pas déposé plainte. Sitôt l’incident connu, le frappé à vue était relâché, une fois auditionné. Le médecin de permanence qui l’avait ausculté n’avait remarqué aucune blessures dignes d’être mentionnées. Seules preuves du passage à tabac, les photographies prises par l’OPJ qui montre que le jeune homme porte traces de coups sur le visage, les bras, le genou. Qui s’étonnera de ce que la procédure initialement ouverte à l’encontre de ce dangereux troublion du nouvel an a été abandonné ? Il pourra toujours se faire dédicacer les photos.


DAVID COQUILLE

 

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Tag(s) : #Société
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