Reconduire la grève pour tenir jusqu’à mardi
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Article paru dans La Marseillaise du mercredi 6 octobre 2010 |
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A Marseille, le mouvement de grève dans les cantines est devenu un symbole dans la lutte contre la réforme des retraites.
« Il faut bien que ça parte de quelque part. Il y a urgence, nous ne sommes pas dans la jungle », lance Marie-Ange, salariée de la
crèche municipale de Pont de Vivaux à Marseille. En grève depuis le 23 septembre, la jeune femme parle sans hésiter de la force de son mouvement. Soutenu par une intersyndicale composée des
syndicats de territoriaux (SDU-FSU, CGT, Unsa, CFDT, CFTC), à l’exception de FO majoritaire sur la ville, le mouvement des personnels des cantines et des crèches municipales n’a pas faibli
depuis. Il a été reconduit jusqu’au 12 octobre, date de la nouvelle journée de grève et de manifestation pour le retrait de la réforme des retraites.
Hier encore, une centaine de cantines étaient totalement fermées sur les 367 que compte la ville. Sous les fenêtres du
sénateur-maire Jean-Claude Gaudin, toujours injoignable, les personnels municipaux, à majorité des femmes, ont été rejoints par des grévistes de l’enseignement. Réunis en assemblée générale le
matin, les profs (minoritaires) s’étaient prononcés pour la reconduction de la grève à partir du 12 octobre.
Cantines, crèches et bibliothèques fermées
« Nous avons peut-être ouvert la marche », pense Marie-Ange. Du haut de ses 29 ans, elle côtoie des femmes usées par le travail et
n’envisage pas de partir à la retraite après 60 ans. La grève est vite devenue une évidence parmi ces personnels : « Il nous faut surfer sur la vague des reconductibles pour aller à la rencontre
d’autres salariés. »
La grève essaime sur d’autres secteurs de la ville. Samedi dernier, les bibliothèques municipales étaient elles aussi touchées. « Il
y a plein de gens qui nous demandent ce que l’on peut faire », assure Raymond Romano de la bibliothèque de l’Alcazar. D’autres secteurs sont sur le qui vive : les ports, les marins, la Régie des
transports (RTM)…
La ville de Marseille qui feint d’ignorer le conflit a tellement senti la pression monter dans les écoles « qu’elle se déchaîne
depuis hier contre les agents », assure Pierre Godard du SDU-FSU. Et tape au portefeuille. Intimidations, retenues sur les heures de grève et non respect du droit de grève dévolu à la fonction
publique territoriale… Tout est fait pour impressionner ces femmes, qui font partie de ces 56% de salariés de la Ville de Marseille dont la pension ne dépassera pas les 860 euros par
mois.
Françoise Risterrucci, concierge et syndiquée à la CGT parle de forte pression exercée sur les agents, comme le retrait des
week-ends pour des grévistes « conscientes qu’elles devront se battre pour une issue favorable ». Une idée partagée depuis par d’autres. Aujourd’hui une majorité de Français rejette la réforme du
gouvernement et les soutiens se font plus larges, il n’y a qu’à entendre hier sur le Vieux-Port les nombreux signes d’encouragement adressés par les automobilistes et les
passants.
Un mouvement qui s’inscrit dans la durée
Nicole, 52 ans, agent des écoles dont c’est le premier combat syndical se déclare prête à de nouveaux sacrifices « On n’a rien sans
rien, c’est un choix que l’on fait ». Un choix certes fait de sacrifices. « L’important ce serait qu’il y ait un mouvement d’ampleur. » Pascale Beaulieux de la CGT des territoriaux et Nadine
Castellani de la CGT Educ’Action sont sur la même longueur d’ondes : « Nous avons intérêt à converger et à ne pas rester seuls dans nos secteurs ».
Territoriaux, assemblée générale de grévistes dans l’Education le matin... toutes les formes d’action sont bonnes à prendre pour
impliquer de plus en plus de salariés dans le mouvement de défense du droit à la retraite. « Nous allons nous retrouver le 12 et jusque-là, il y a un gros travail de mobilisation à mener dans nos
secteurs » souligne Nadine Castellani. Un mouvement qui pourrait bien dépasser celui de 2003, avec comme caractéristique « que cette fois-ci, il mobilise au-delà de la seule Fonction publique.
»
On l’a vu samedi dans la rue, la diversité était au rendez-vous. Et jusqu’au 12 octobre il va falloir ferrailler. « D’où
l’importance, a assuré Jean-François Longo, secrétaire général de la FSU de se rassembler et de soutenir les secteurs professionnels qui ont fait le choix d’enclencher l’action
».
En se réunissant hier après-midi l’intersyndicale devait fixer le cadre à la journée d’action de mardi 12 octobre. « Nous souhaitons
à nouveau des UD une expression qui préciserait les contenus à mettre à l’après 12 octobre » précise Jean-François Longo, persuadé que les rangs vont encore grossir et que « nous sommes engagés
sur une longue durée ».
Ce qui a changé, c’est que de plus en plus de gens sont persuadés qu’il est possible de faire reculer le gouvernement. « Ce serait
plus simple si l’unité était totale », a martelé Jean-François Longo au sujet du mouvement des territoriaux. Alors que sur le Vieux-Port, l’idée du « tous ensemble » continuait de faire son
chemin.
Reportage Catherine Walgenwitz
Photo : Robert Terzian
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