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Article paru le 19 juin 2010 dans l'Humanité

 

Comment le Nigeria s’est retrouvé seul face au pétrole, depuis cinquante ans ?

Depuis des décennies, le pays africain subit des marées noires à répétition, sans que rien ne soit fait pour stopper le phénomène. Ni même nettoyer la souillure.

L’émoi que provoque une marée noire est à géométrie variable. Le 1er mai dernier, alors que le monde se mobilisait contre celle survenant dans le golfe du Mexique, au large du Nigeria, un oléoduc se brisait, laissant s’échapper 4 millions de litres de brut en une semaine. Une catastrophe pour la population locale qui voyait ses côtes ravagées. Une habitude, aussi, quand cela se produit continuellement dans le delta du Niger. En juillet dernier, Amnesty International publiait un rapport qualifiant le phénomène de tragédie des droits de l’homme. « On estime que depuis cinquante ans, il y a chaque année, dans le delta, une marée noire comme celle de l’Exxon Valdez », notait le texte. La pollution se repère à vue d’œil, poursuivait-il. Trente et un million de personnes « pataugent dans le pétrole, l’air et l’eau sont pollués par le torchage, les pêcheurs capturent des poissons intoxiqués aux métaux lourds ».

N’Nimo Bassey, président des Amis de la Terre au Nigeria, ne décolère pas « Nous avons de nouvelles marées noires quasiment tous les jours », explique-t-il. « Certaines durent plusieurs mois, sans que rien ne soit fait pour les stopper ni qu’aucunes mesures ne soit prise pour nettoyer les côtes. »

Réserve maritime la plus importante du continent africain, le delta du Niger est aussi l’une des trois plus grandes zones d’exploitation offshore de la planète. Total, Exxon, Chevron et surtout Shell  : les compagnies s’y bousculent, qui mettent en cause les sabotages et les attentats perpétrés par les groupes de rebelles locaux. Cache misère, selon Amnesty, qui estime que la corrosion des oléoducs est généralement à l’origine des fuites et dénonce le non respect des règles de sécurités. « Les compagnies profitent de la faiblesse des réglementations au Nigeria », souligne ainsi l’accord.

Car foin de réglementation internationale en matière de forage offshore. « Le transport pétrolier est encadré par une convention définie par l’Organisation maritime internationale », rappelle Yann Rabuteau, juriste spécialisé. « Mais l’offshore ne dispose que de très peu d’instruments encadrant ses conditions d’exploitation. » À chaque État de fixer ses règles et de les faire respecter. Idem pour ce qui est des réparations. « Il y a trente ans, une convention, dite convention Clee, avait été élaborée par les instances de l’OMI. » Elle n’a jamais été finalisée, faute de réussir à fédérer les intérêts divers.


Marie-noelle Bertrand

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Tag(s) : #Environnement
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