Un appel à la vigilance anticolonialiste
Article paru dans l'Humanité du 10/04/2010
Cinquante ans après les indépendances africaines, pourquoi produire un manifeste anticolonial ? L’association Agir contre le colonialisme aujourd’hui (ACCA) part du constat que « loin de s’être arrêté avec la décolonisation, le colonialisme, comme processus en évolution, s’est perpétué sous d’autres formes » comme l’explique Philippe Paraire, son
vice-président. En ce sens, le « révisionnisme historique » a permi de justifier la poursuite de la domination.
Depuis les années 1980, des opérations de reconquête des anciens espaces coloniaux, via des opérations militaires, la mise sous tutelle financière (remboursement de la dette, politiques d’ajustements structurels du FMI), administrative ou politique, justifient un tel manifeste. « La loi de 2005 sur le rôle positif de la colonisation » est révélatrice de cette idéologie révisionniste. Il s’agit de réécrire l’histoire, de justifier l’ancienne colonisation afin de légitimer la nouvelle.
Après les interventions au Panama (1989), dans le Golfe(1991), en Serbie(1999), en Afghanistan (2001), en Irak(2003), la présence de 10 000 militaires français en Afrique, l’encerclement de l’Iran, l’ACCA observe un « mouvement de recolonisation militaire du monde. Nous soutenons l’idée que la France doit donner l’exemple du retour de tous les soldats basés à l’étranger. Les bases doivent être démantelées et non pas léguées aux pays qui menaceraient à leur tour leurs voisins. La vocation de l’armée réside dans la défense du territoire ni plus ni moins. » En quarante-cinq ans, la France a mené non moins de 27 opérations militaires.
Le président de l’association, Alban Liechti, appelle à la conclusion du « traité d’amitié entre les peuples algériens et français. » Guy Fischer, vice-président communiste du Sénat, rappelle le temps et l’énergie qu’il aura fallu pour obtenir enfin, un soir du 5 octobre 1999, l’adoption d’une proposition de loi remplaçant le vocable d’ « opérations » par le terme « guerre d’Algérie ». Auteur de « La question », le journaliste Henri Alleg note que la période actuelle « en rappelle d’autres où l’on préparait les esprits à la guerre. ». A propos du président Obama, qui déclare que les Etats-Unis n’attaqueront jamais un pays non détenteur de l’arme atomique, Henri Alleg note que pour le président des Etats-Unis, l’Iran est un cas particulier Ơpuisqu’en recherche du nucléaire… « Il est donc, par ce manifeste, nécessaire de faire sentir la gravité de la situation. »
Lina Sankari
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)
